Le conseil de Percival Everett : « Méfiez vous des apparences »

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/12/2012 à 15H02, publié le 19/12/2012 à 11H40
Everett Percival

Everett Percival

© Bruno Nuttens

Il vous faudra aller jusqu’au bout de la lecture de « Montée aux enfers » dernier opus de Percival Everett, écrivain protéiforme américain, pour comprendre que vous aviez raison de vous méfier des évidences. Elles vous mettent en confiance sur chaque personnage au fil du livre... et pourtant, méfiez vous des apparences !

C’est l’histoire d’Ogden Walker, un shérif adjoint d’une petite ville du nouveau Mexique. Nous sommes loin des clichés des super héros détenteurs de la force publique et de la vérité toute scientifique du parfait enquêteur. Ici tout est un peu lent, figé, sans histoire. Alors quand l’assassinat d’une vieille dame vient bousculer le quotidien de cet adjoint, pêcheur à la mouche devant l’éternel, il se met au travail mais sans fièvre, sans excitation.

Ce vieux garçon passe embrasser sa mère avant de pousser son enquête jusqu’à Denver dans les milieux de prostituées et hippies de la montagne environnante. Ogden Walker est un type bien élevé, allant jusqu’à user de politesse excessive en direction de malfrats : « Pourriez-vous s’il vous plaît, laisser tomber votre pistolet ? ».

Les personnages imaginés par Percival Everett ne relèvent pas de ces enquêteurs testostéronés à l’honneur de petits coqs. Le patron d’Ogden est avant tout comme il se définit lui-même « un vieux trop gros qui n’aime pas les mystères », Ogden, lui, un « couillon d’adjoint de leur putain de Nouveau Mexique », comme le dit l’un de ses collègues de l’Etat voisin. Avec une économie de détails sur le contexte de chacun, Percival nous laisse imaginer le cadre de vie de ces hommes peu expansifs.

Comment voulez vous que les enquêtes avancent dans ce contexte ? Et pourtant l’air de rien au fil des cadavres, les histoires s’éclaircissent. Mais les enquêtes sont presque secondaires, inachevées à l’instar des nouvelles de Raymond Carver. L’atmosphère et les caractères prennent le dessus sur l’histoire policière. L’univers complexe des romans de Percival Everett domine le style de littérature qu’il aborde, donnant ici au polar, un mauvais goût au quotidien néo-mexicain.
 
« Montée aux enfers » de Percival Everett (Actes Noirs, Actes Sud) 21,80 euros