"Les naufragés de la Méduse" : l'effroyable quotidien sur le radeau maudit

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/05/2016 à 21H50, publié le 04/05/2016 à 17H34
"Le radeau de la Méduse" de Géricault, exposé au musée du Louvre

"Le radeau de la Méduse" de Géricault, exposé au musée du Louvre

© France 3 / Culturebox

C'est sans doute l'un des plus fameux tableaux du musée du Louvre. Deux cents ans après le naufrage qui allait inspirer à Géricault "Le Radeau de la Méduse", Jacques-Olivier Boudon publie "Les Naufragés de la Méduse". Fruit d'un important travail d'archives, son ouvrage retrace l'histoire de cette funeste odyssée et les affrontements politiques qui suivirent.

C'était en 1816, il y aura 200 ans le 2 juillet prochain. Ce jour là, la frégate La Méduse s'échoue sur le banc d'Arguin, au large de la Mauritanie, à deux jours de mer de la côte. Faute de canots en nombre suffisant, seuls les nobles embarquent. Pour les 147 malchanceux restants, il faudra se contenter d'un radeau, construit à la hâte lors de l'échouage pour tenter de délester le bateau avant qu'il ne se couche.

La frégate La Méduse lors de son échouage

La frégate La Méduse lors de son échouage

Commence alors ce qui allait se transformer en une véritable tragédie humaine. Le radeau s'enfonce et les rescapés ont de l'eau jusqu'aux cuisses. Terrorisés, persuadés qu'ils vont mourir de soif et de faim, incapables de manoeuvrer leur embarcation, ils vont s'entretuer et... se nourrir des morts, à peine 48 heures après le début de leur errance. Lorsque le vaisseau l'Argus les retrouve au bout de 10 jours, ils ne sont plus que 15 à bord, dont 5 mourront peu après.
Version du tableau à laquelle Géricault a finalement renoncé en raison de la scène de cannibalisme

Version du tableau à laquelle Géricault a finalement renoncé en raison de la scène de cannibalisme

© Musée du Louvre
Fasciné par cette tragique odyssée qui déchaina les passions à l'époque jusqu'à contraindre Louis XVIII à traduire le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys en justice, Géricault se lance dans la réalisation de ce qui allait devenir une oeuvre majeure : "Le Radeau de la Méduse".
Pour cette huile sur toile de 7 mètres sur 5 qu'il mettra un an à achever, le jeune artiste ne ménage pas ses efforts: il rencontre deux des survivants, se rend à la morgue pour affiner ses représentations de cadavres, construit un modèle réduit du radeau...

La réputation de Géricault

Présentée au salon du Louvre de 1819, la peinture, à l'image de son sujet, fait grand bruit et divise partisans et détracteurs. Son exposition à Londres dans la foulée établira la réputation de Géricault. Pour les critiques du 19e, l'oeuvre de ce peintre aux idées progressistes représente aussi "le naufrage de la France" et de sa monarchie fraichement restaurée.
Deux cents ans plus tard, l'effet sur le spectateur est toujours aussi saisissant. "Tout est fait pour que le radeau arrive à fleur de la toile, pour que d'un pas, le visiteur franchisse la distance qui nous sépare d'eux et qu'on soit embarqué dans cette galère" observe Côme Fabre, conservateur des peintures XIXe au musée du Louvre.

Reportage : M.Berrurier / V. Kamli / J.Lons / E.Truchat

https://videos.francetv.fr/video/NI_694789@Culture

L'historien Jacques-Olivier Boudon s'est lui aussi passionné pour ce drame de la marine française que le pouvoir de l'époque avait souhaité étouffer. Pour "Les Naufragés de la Méduse" qui vient de paraître aux éditions Belin, il a retrouvé des archives et des témoignages parfois inédits qui lui ont permis de raconter les 10 jours de l'enfer du radeau . 
A travers plus de 300 pages d'une histoire à rebondissements, il replace l'événement dans son contexte social et politique mouvementé et suit certains des "héros" de la tragédie.

Une histoire qui fait malheureusement écho aux naufrages vécus ces derniers mois par les migrants qui tentent de fuire leurs pays en guerre et qui le payent bien trop souvent de leur vie.
"Les naufragés de la Méduse" de Jacques-Olivier Boudon © Editions Belin