Le poète et écrivain Georges-Emmanuel Clancier est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/07/2018 à 15H11, publié le 04/07/2018 à 15H02
Le poète et écrivain Georges-Emmanuel Clancier (2005)

Le poète et écrivain Georges-Emmanuel Clancier (2005)

© PHILIPPE MATSAS / Opale / Leemage

Le poète Georges-Emmanuel Clancier est décédé le 4 juillet à l'âge de 104 ans. Il était l'auteur d'une œuvre variée d'où émergeait "Le Pain noir" (1956), début d'un cycle romanesque enraciné dans le terroir limousin où il était né.

Romans, poésie et essais

Georges-Emmanuel Clancier, qui dirigea pendant longtemps les programmes de l'ORTF, savait donner à ses histoires, grâce à une écriture classique très maîtrisée, un climat poétique, tendre et simple. Il a reçu de nombreuses récompenses, comme le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre, le Goncourt de la poésie ou le prix de littérature de l'Académie Française.
Portrait de Georges-Emmanuel Clancier (France 3 Nouvelle Aquitaine)
L'auteur avait à son actif une douzaine de romans, comme "L'éternité plus un jour", une vingtaine de recueils de poésie, des essais, dont un "Panorama critique de la poésie française". Son dernier livre était "Le temps d'apprendre à vivre" (2016), quatrième tome de son ambitieuse autobiographie.

OEuvre naturaliste aux accents néo-romantiques, "Le Pain noir" - qui, comme la madeleine de Proust, fait resurgir un lointain passé - racontait la vie difficile, inspirée de sa famille maternelle, des paysans et des ouvriers de la région limousine entre 1875 et le début du 20e siècle. De sa grand-mère, bergère illettrée, il dira : "je lui ai appris à lire, elle m'a appris à vivre".

Raymond Queneau, éditeur chez Gallimard et pourtant ami de Clancier, refusa ce roman, jugeant qu'il contenait "trop de campagne". Défendu par Louis Aragon, il parut finalement chez Robert Laffont. Ce livre, qui donne son nom à la fresque, fut suivi de trois autres (1957, 59 et 61). Leur succès fut mitigé.

Mais, en 1974, l'histoire, adaptée par Françoise Verny pour la télévision, a été mise en images en huit épisodes par Serge Moati. Cette fois, les livres trouvèrent leur public, furent réédités et traduits en plusieurs langues, y compris en chinois. "Clancier est tellement du Limousin, tellement d'ici, de ce ciel, de ces arbres, de cette pluie, qu'il en devient universel", disait Moati.
"Le Pain noir" de Serge Moati (1974) d'après Georges-Emmanuel Clancier (extrait)

Marié pendant 75 ans

Georges-Emmanuel Clancier est né le 3 mai 1914 à Limoges (Haute-Vienne) dans une famille de sabotiers, de métayers et d'artisans porcelainiers. "Mes parents, de culture orale, m'ont légué l'émotion des mots", disait-il. Lycéen, il écrit ses premiers poèmes.

Il épouse en 1939 une étudiante en médecine qui avait sillonné le Limousin pour sa thèse sur "la mentalité primitive" dans la région. Elle deviendra une psychanalyste connue, Anne Clancier. Le couple aura deux enfants et vivra ensemble trois quarts de siècle avant le décès d'Anne en 2014, à l'âge de 101 ans.

Pendant la guerre, Georges-Emmanuel Clancier ne peut être mobilisé à cause de la tuberculose qui l'oblige à suspendre ses études. Mais il devient correspondant clandestin de la revue littéraire "Fontaine", dirigée à Alger par Max-Pol Fouchet.

A la Libération, il reprend le chemin de la faculté, à Poitiers et Toulouse, écrivant pour des revues, nouant des dialogues fructueux avec Queneau, Michel Leiris ou Pierre Seghers, se passionnant pour la peinture. Il devient chargé des programmes de Radio-Limoges puis journaliste au "Populaire du centre".

En 1955, il s'installe à Paris où il sera secrétaire général des comités de programmation de la RTF puis de l'ORTF jusqu'aux années 70.

Ancien président du PEN club français, Georges-Emmanuel Clancier vivait depuis longtemps dans un appartement parisien du Trocadéro, envahi de livres, cahiers et photos.

Au journaliste Jérôme Garcin, de l'Obs, qui lui a rendu visite en 2013, ce très vieil homme soigné, à l'esprit encore vif et aux mains tremblantes, disait avoir préparé sa dernière demeure : "ce sera au cimetière Montparnasse, dans une tombe sur laquelle sera gravée, en guise d'épitaphe, un distique tiré d'un de mes poèmes: ‘Nous qui sommes trace éphémère/ Dans la merveille et dans l'effroi’".