Le Goncourt à Pierre Lemaitre : le roman populaire récompensé

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/11/2013 à 14H37, publié le 04/11/2013 à 12H51
Pierre Lemaitre, chez Drouant, montre son roman, "Au revoir là-haut", pour lequel il a reçu le prix Goncourt (4 novembre 2013)

Pierre Lemaitre, chez Drouant, montre son roman, "Au revoir là-haut", pour lequel il a reçu le prix Goncourt (4 novembre 2013)

© Eric Feferberg / AFP

Le prix Goncourt 2013 a été décerné à Pierre Lemaitre pour "Au revoir là-haut" (Albin Michel), un formidable roman sur l'après-guerre de 14-18.

Pierre  Lemaitre a été sacré au terme d'un vote très serré : l'auteur, qui était un des favoris, a été choisi par le jury au douzième tour par six voix contre quatre à Frédéric Verger pour son premier roman, "Arden" (Gallimard). Cela faisait dix ans que les éditions Albin Michel n'avaient pas décroché le Goncourt.

L'attribution du Goncourt, ainsi que celle du Renaudot, a été annoncée comme le veut la tradition au restaurant parisien Drouant, dans une grande bousculade de journalistes. Le Goncourt reste le prix littéraire le plus convoité, consécration suprême et jackpot pour le lauréat et son éditeur.

"Au revoir là-haut" est un époustouflant roman sur une génération perdue, celle des démobilisés de la Première Guerre mondiale, sacrifiée par une France exsangue après quatre ans d'horreur dans les tranchées. La Grande Guerre est d'ailleurs l'objet d'un déluge de publications, à l'approche de la célébration de son centenaire.

Le titre du livre est emprunté aux derniers mots écrits à sa femme par un  poilu, fusillé pour traîtrise en décembre 1914 et réhabilité en janvier 1921. "Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts  depuis longtemps". Le ton du roman est donné.

Pierre Lemaitre : je suis le plus heureux des hommes
Pierre Lemaitre, auteur de romans noirs reconnu, fait avec ce livre sa première incursion hors du polar. Il s'est déjà vendu à 38.400 exemplaires papier et 1885 en version numérique, et fait déjà partie des meilleures ventes de la rentrée.

"Je suis le plus heureux des hommes. C'est un moment unique dans la carrière d'un écrivain. C'est comme une naissance, un mariage heureux", a-t-il déclaré. "Ce que l'Académie Goncourt a bien voulu couronner, c'est un savoir-faire qui vient du polar, du roman populaire, et c'est une bonne nouvelle pour la littérature populaire", a-t-il ajouté, confiant avoir pleuré à l'annonce de sa victoire.

"J'ai écrit 22 versions (du) premier chapitre! ", sourit l'auteur qui avait commencé ce roman en 2008 puis l'avait mis de côté pour terminer une trilogie policière.  "Je n'ai pas voulu faire un roman historique, être de nouveau mis dans une case. J'avais envie d'écrire un roman picaresque, de faire rire et pleurer. Un  romancier, c'est quelqu'un qui fabrique de l'émotion", ajoute-t-il.

Bernard Pivot salue un roman populaire au "bon sens du terme"
Bernard Pivot, membre du jury Goncourt, a salué le lauréat, vantant "le mélange d'une écriture très cinématographique" dans ce "roman populaire, dans le bon sens du terme". Pierre Lemaitre "écrit à la fois  lentement et vite, parce qu'il prend son temps pour raconter un geste ou une action mais avec des mots fulgurants", a dit Bernard Pivot. Il a souligné l'importance du choix de l'après-guerre de 1914 comme contexte, qui montre que "l'horreur continuait" après la guerre dont on s'apprête à célébrer le  centenaire.

Avant l'annonce des prix, alors que journalistes et photographes se bousculaient, une petite dizaine de militantes du mouvement féministe La Barbe ont brièvement pénétré dans le restaurant Drouant pour lire un manifeste de protestation contre le manque de femmes dans les jurys et la liste des  candidats.

Quant au prix Renaudot, il a été décerné à Yann Moix pour "Naissance" (Grasset). Cet ouvrage monstre de près de 1200 pages débute avec la venue au monde de l'auteur, sous les insultes de ses parents.