La romancière Leïla Slimani s'insurge contre "la liberté d'importuner" dans une tribune de Libération

Par @Culturebox
Publié le 12/01/2018 à 14H29
Leila Slimani, janvier 2018

Leila Slimani, janvier 2018

© Lionel BONAVENTURE / AFP

La romancière Leïla Slimani répond avec virulence à La Tribune des 100 femmes "défendant une liberté d'importuner" publiée dans Le Monde du 9 janvier. "Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée" répond l'écrivaine, prix Goncourt 2016, dans Libération du 12 janvier.

Leïla Slimani réagit à nouveau dans la Tribune du Libération du 20 janvier où elle écrit : "Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser. Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi".

La prix Goncourt 2016 ajoute encore : "Car au fond se cache, derrière cette soi-disant liberté d’importuner, une vision terriblement déterministe du masculin : "un porc, tu nais". Les hommes qui m’entourent rougissent et s’insurgent de ceux qui m’insultent". 

Leïla Slimani : "Je ne suis pas une victime. Mais des millions de femmes le sont" 

Enfin, l'écrivaine termine : "Et en moi, palpite la peur de toutes celles qui, dans les rues de milliers de villes du monde, marchent la tête baissée... Dans les rues du Caire, de New Delhi, de Lima, de Mossoul, de Kinshasa, de Casablanca, les femmes qui marchent s’inquiètent-elles de la disparition de la séduction et de la galanterie ? Ont-elles le droit, elles, de séduire, de choisir, d’importuner ?".

La romancière franco-marocaine, grande défenseure de la cause féminine, avait déjà estimé jeudi "inopportune" la tribune du Monde. "C'est complètement inopportun dans le moment actuel où, vraiment, on est en train de vivre quelque chose d'assez extraordinaire pour la défense des femmes, de leur dignité, de leur liberté sexuelle, de dire non, de dénoncer". 

100 femmes pour une "liberté d'importuner"

Dans une tribune du Monde, un collectif de 100 femmes - parmi lesquelles l'écrivaine Catherine Millet, l'éditrice Joëlle Losfeld et les actrices Ingrid Caven et Catherine Deneuve - avaient clamé leur rejet du "puritanisme" surgi avec l’affaire Weinstein et d’un certain féminisme qui exprime une "haine des hommes". 

Ce texte, publié le 9 janvier 2018, prenant le contrepied de la libération de la parole des femmes consécutive à l'affaire Harvey Weinstein qui a éclaté, à automne 2017, quand le producteur américain est tombé sous le poids d'accusations de harcèlement sexuel et viols.