"Tous les hommes désirent naturellement savoir" de Nina Bouraoui : "Un long chemin vers la liberté"

@Culturebox

Rédacteur en chef adjoint de Culturebox

Publié le 24/10/2018 à 17H56
Nina Bouraoui invitée du Soir 3

Nina Bouraoui invitée du Soir 3

© France 3 / Culturebox

"Tous les hommes désirent naturellement savoir", c'est le titre du nouveau roman de Nina Bouraoui paru chez JC Lattès. L'écrivain y évoque son enfance algérienne près de la nature, son adolescence dans un pays où l'onde de choc de la révolution iranienne commence à se faire sentir. Elle y parle aussi de son homosexualité. Nina Bouraoui était hier l'invitée du Soir3.

Dès son premier roman, "La voyeuse interdite" (Gallimard), Nina Bouraoui avait séduit puisqu'il lui avait valu le Prix du Livre Inter. Quatorze ans plus tard elle obtenait le Prix Renaudot pour "Mes mauvaises pensées" chez Stock. Dans son seizième livre, Nina Bouraoui s'interroge sur le sens de l'éternelle quête humaine :

Nous voulons tous savoir, qui nous sommes? Qu'est ce qui nous constitue? Quel est notre héritage qui parfois ne nous appartiendra jamais? C'est un livre sur la liberté. 

La fascination pour le premier Homme

"Je suis fasciné par le premier Homme et la première Femme. J'ai toujours pensé que nous venions de ce brasier là, de ces séismes, de leurs terreurs. Le livre évoque les peintures rupestres du Tassili et j'ai toujours pensé que nous étions ces femmes et ces hommes avec ces arcs et ces flèches et que toute une vie servait à dompter notre part sauvage".

"Tous les hommes désirent naturellement savoir" est fortement imprégné de la propre histoire de Nina Bouaraoui, de son enfance entre  Algérie et France, de son homosexualité; un long chemin vers la liberté :

J'ai été élevée dans un milieu très tolérant et très proche de la nature. la nature me permettait d'être l'enfant sauvage.


"Après l'indépendance, ma mère est une des rares Françaises à faire le chemin inverse quand les Français quittent l'Algérie, elle arrive dans un pays très troublé, qui a traversé une guerre très cruelle, très injuste aussi."

Une mère française plus algérienne que son père

Dans un pays enfin libre il y a une histoire à construire et les parents de Nina Bouraoui vont la construire : "Ma mère va embrasser ce pays comme on embrasse un homme et va devenir plus algérienne que mon père. Elle va nous faire découvrir ce pays dans une sorte de fascination pour la nature et la beauté."

Mais à la fin des années 70, le vent tourne, le modèle iranien court dans les rues d'Alger, les robes se rallongent, les jupes aussi.

La difficulté d'être différent

Dans un contexte actuel où les actes homophobes se multiplient, Nina Bouaraoui évoque son homosexualité dans son livre : "C'est très dur de quitter la norme, d'être différent. Il faut être courageux, il faut être armé mais c'est aussi un don parce que quand on n'est pas comme les autres, on est peut-être plus tolérant. La parole de liberté s'est ouverte mais la parole de haine aussi. C'est peut-être encore plus dur quand on est dans les régions, dans les quartiers; c'est dur lorsqu'on est enfant." 

Un homosexuel a aussi une enfance homosexuelle et une adolescence homosexuelle. Quand on est jeune on ne veut pas être différent. Il faut beaucoup de force et d'abnégation pour soutenir la violence des autres car le rejet de soi vient du rejet des autres"

Et Nina Bouraoui de conclure : "Si ce livre entre dans la chambre et la solitude d'un adolescent, j'ai déjà gagné."

Extrait

" J'écris les travées et les silences, ce que l'on ne voit pas, ce que l'on n'entend pas. J'écris les chemins que l'on évite et ceux que l'on a oubliés. J'étreins les Autres, ceux dont l'histoire se propage dans la mienne, comme le courant d'eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu'ils cessent de me hanter. J'écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s'ils avaient été des enfants ".