Estelle-Sarah Bulle : "Patrick Chamoiseau m'a montré que le créole pouvait être une langue romanesque"

Par @Culturebox
Publié le 12/09/2018 à 17H29
Estelle Sarah Bulle

Estelle Sarah Bulle

© France Ô / Culturebox

C’est à la fois une belle histoire d’édition et un beau premier roman. Avec c, Estelle-Sarah Bulle a réussi son rêve : être publiée. Le bonus : elle a déjà un prix, le Prix Stanislas, qui a récompensé à Nancy, en ce début septembre, lors du "Livre sur la place" "le meilleur premier roman de la rentrée". Rencontre avec une auteure heureuse.

A 44 ans, Estelle-Sarah Bulle a quitté son travail pour vivre ce conte de fées dans l’édition. "Là où les chiens aboient par la queue" (qui désigne un lieu très reculé, l'équivalent de l'expression "un coin ravitaillé par les corbeaux") raconte un demi-siècle d’exil intérieur avec quatre personnages entre un lieu isolé de la Guadeloupe et Paris et Créteil. Un roman inspiré de son histoire familiale.

"L'exil intérieur c'est pas quelque chose d'univoque, ça peut être vécu de façons très diverses. Je voulais montrer que les Antillais qu'on voit comme une entité ce sont des personnes comme tout le monde qui peuvent vivre les choses de façons différentes, contradictoires. Certains vont avoir un exil heureux d'autres une expérience malheureuse ou ambigue. Je tenais à ce qu'il y ait plusieurs voix pour raconter cette expérience" 

Chamoiseau : la révélation

Estelle -Sarah Bulle a été très imprégnée par d'autres voix créoles, comme celle de Patrick Chamoiseau : "Texaco" a été une illumination de mes 20 ans. Avec ce roman j'ai eu la confirmation, pour la première fois, que le créole pouvait être une langue extrémement romanesque, littéraire, poétique. Ça a été comme une vanne qui s'ouvrait et me disait qu'enfin, cette langue qui m'avait toujours plu avait sa force et pouvait être utilisée."

Reportage : Christian Tortel, Philippe Hernando, Odile Darmostoupe. Montage : Odile Coisman. Mixage : Augustin Luquet

"Là où les chiens aboient par la queue", Estelle-Sarah Bulle
(Liana Levi – 260 pages – 19 euros)