"La disparition de Josef Mengele" d’Olivier Guez, prix Renaudot 2017

Mis à jour le 06/11/2017 à 13H46, publié le 26/10/2017 à 16H53
Le romancier Olivier Guez

Le romancier Olivier Guez

© JOEL SAGET / AFP

Le prix Renaudot a été décerné à Olivier Guez pour "La disparition de Joseph Menguele" chez Grasset. Plonger dans l’après seconde guerre mondiale pour suivre la vie de l'un des pires criminels nazis évanoui dans la nature, c'est le sujet de "La disparition de Josef Mengele", qui a réussi le pari de raconter la cavale de l’ange de la mort d’Auschwitz sans en faire ni un héros, ni une victime.

"La disparition de Josef Mengele" (Grasset) est un roman hallucinant mais vrai sur les dernières années du médecin tortionnaire d'Auschwitz, Josef Mengele. Pour parler du docteur Mengele, un "sale type", connu pour ses expériences sur les jumeaux qu'il sélectionnait sur la rampe des chambres à gaz, "il n'était pas question de faire de la métaphore", confiait récemment à l'AFP l'écrivain et scénariste âgé de 43 ans. 

Trois ans d'écriture et de recherches, notamment au Brésil - où Guez a retrouvé la ferme où Mengele s'était terré -, ont été nécessaires pour aboutir à "La disparition de Josef Mengele". Se coltiner "personnage abject et médiocre" n'a pas été une sinécure. "Ça a été compliqué de cohabiter avec Mengele. Mais à un moment il faut monter sur le ring. L'affronter". 

Olivier Guez, qui succède à Yasmina Reza, s'est imposé après six tours de scrutin.

Traqué mais jamais jugé 

Le pari était risqué : raconter l’après-guerre à travers les yeux d’un criminel de guerre nazi, et humaniser, en quelque sorte, Josef Mengele, le tortionnaire, médecin du camp d’extermination d’Auschwitz, qui s’acharnait sur les enfants, les femmes, les vieillards juifs et tziganes au nom de la science. Un homme qui n’a pas cessé de hanter les survivants bien après la libération des camps. Cette histoire, Olivier Guez l'évoque à travers quelques flash-back, mais ce n'est pas le sujet de son livre. L'écrivain ne s'est pas penché sur le nazi des camps de la mort. C'est la fuite en Amérique latine qu'il raconte, l’homme peu courageux, le fuyard, incapable de vivre seul.

L’histoire de cette longue cavale est relatée dans les moindres détails : ses planques, ses réseaux, ses "amis" qui l’aident à se cacher mais pour qui il n’aura jamais aucune reconnaissance. Paranoïaque, il redoute toute sa vie d’être rattrapé et d’affronter les tribunaux. Le Mossad, les services secrets israéliens, le retrouvent pourtant au Paraguay mais ne l’arrêtent pas. Trop risqué sur le moment. Des affaires internes obligent le Mossad à suspendre la traque. Il ne sera jamais interpellé. Il meurt mystérieusement noyé au Brésil.
"La disparition de Joseph Menguele" d'Olivier Guez, édition Grasset, prix Renaudot 2017

"La disparition de Joseph Menguele" d'Olivier Guez, édition Grasset, prix Renaudot 2017

© Grasset

Aucun remords, aucun regret

En 1977, son unique fils, Rolf, lui rend visite au Brésil. Ce fils avocat  qui le croyait mort jusqu’à ce qu’il fasse la une des médias. Une question le hante : son père est-il  réellement coupable des crimes dont on l’accuse ? Il prend l’avion pour obtenir des réponses. "Tu as tué, papa ? Tu as torturé et jeté des nouveau-nés dans le feu ?" Son père lui répond qu’il "n’a jamais fait de mal à personne". Rolf Mengele veut confronter son père aux accusations dont il fait l'objet, mais n’obtient rien de cet homme "buté et incurable". Il abandonne et rentre en Allemagne avec l'idée que son père est bien un criminel de guerre. Il change de nom et demande au peuple juif de "ne pas le haïr à cause des crimes perpétrés par son père".

Olivier Guez dresse le portrait d’un homme égoïste et  foncièrement mauvais. L’homme n’exprime aucun remords, aucun regret. Si, un seul : celui de ne pas avoir complètement exterminé les juifs. C'est en 1958, soit 13 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, que le médecin des camps de la mort commence à avoir peur quand son nom fait la une des journaux. Jusque-là, il vivait sereinement  planqué dans l’Argentine péroniste. Il ne comprend pas pourquoi il mérite de vivre caché. Qu’a-t-il fait de mal ? Lui qui s’est juste battu afin de défendre "des valeurs traditionnelles incontestables" et n’a jamais tué personne. Il a même l’impudence de penser qu’il a sauvé des vies en épargnant "ceux qui étaient aptes au travail".

Un livre dense et ambitieux

Trois ans d’écriture, de nombreuses recherches et enquêtes en Allemagne et en Amérique latine, Olivier Guez a dû vivre avec ce bourreau pour écrire ce livre rythmé, mêlant de très nombreux faits historiques aux sentiments du personnage principal : Josef Mengele.

La profusion de  détails historiques aurait pu entraver la fluidité de la lecture, il n'en est rien. Le romancier inscrit son histoire dans l'actualité de l'après-guerre avec notamment le point de vue de Mengele sur les politiques en Amérique latine. Olivier Guez n’a pas choisi la forme subjective mais recourt fréquemment aux guillemets pour rapporter les propos de Mengele. Une aide précieuse pour ne pas décrocher quand les noms, les dates, les situations géopolitiques s’enchaînent à un rythme soutenu. Mieux vaut rester néanmoins bien concentré car le roman, en lice pour Goncourt et du Renaudot, est assez dense.
 
 "La disparition de Josef Mengele", Olivier Guez
(Grasset -240 pages-18,50 euros)