"Chanson de la ville silencieuse" : dans son dernier roman, Olivier Adam se glisse dans la peau d'une fille de rock star

Mis à jour le 08/02/2018 à 14H21, publié le 01/02/2018 à 16H57
Le romancier Olivier Adam publie "Chanson de la ville silencieuse"

Le romancier Olivier Adam publie "Chanson de la ville silencieuse"

© Astrid di Crollalanza / Flammarion

Olivier Adam, l'auteur des "Lisières" publie "Chanson de la ville silencieuse" (Flammarion), un nouveau roman dans lequel il fait le récit d'une disparition, celle d'une légende du rock, et d'une quête, celle de sa fille, pour retrouver son père. Avec ce nouveau roman Olivier Adam fait un pas de côté, abandonnant la classe moyenne pour explorer la vie des stars.

L'histoire : Une jeune femme arpente les rues et les bars de Lisbonne à la recherche de son père. Il a disparu plusieurs années auparavant. On a retrouvé sa voiture. Ensuite, plus aucune trace de lui. On le déclare mort, jusqu'au jour où la jeune fille tombe sur une photo floue sur laquelle il lui semble reconnaître son père. Elle décide de partir sur ses traces.

Le père était musicien. Une légende du rock vendant des dizaines de milliers de disques. Ses parents se sont séparés quand elle était toute petite. Elle a d'abord grandi chez sa mère, qui ne s'en occupe pas vraiment. Jusqu'au jour où elle ne s'en occupe plus du tout. La petite fille a huit ans. Le père prend le relais. Il n'est pas beaucoup plus présent que la mère.

L'histoire d'une disparition, et d'une quête

La petite fille vient s'installer dans sa maison. En rase campagne. C'est là que le père travaille, le plus souvent en solitaire. Parfois des gens débarquent, font de la musique, fument, boivent. "Chargés du matin au soir, les répétitions jusqu'au milieu de la nuit, le vacarme des batteries, des guitares, les sessions d'enregistrement qui duraient des semaines entières, les beuveries et la fumée des joints jusqu’au lever du jour".

La petite fille est là au milieu, sans que personne ne s'en préoccupe vraiment. Il arrive même qu'elle se réveille le matin avec un adulte dans son lit. Elle se réfugie alors chez Paul et Irène, ceux qu'elle appelle ses "faux grands-parents", le couple de gardiens qui vit dans la dépendance de la maison. Les seuls adultes qui prennent soin d'elle pendant son enfance. Et il y a aussi les tournées.

Le père quitte la maison pour plusieurs semaines, sans même embrasser sa fille. Quand il rentre il jure qu'il ne partira plus. Qu'il n'en peut plus de cette vie. Il repart pourtant. Mais finira par vivre de plus en plus reclus, avant de disparaître complètement. La jeune femme n'a pas de prénom. Grandie dans l'ombre d'une légende, "l'effacement", comme elle dit, lui "tient lieu de caractère". On lui reproche. "Tu n'es qu'une ombre. Un fantôme. Avec toi je ne suis même plus sûr d'être vivant", lui dit son amoureux. Comme si pousser en marge des projecteurs obligeait à vivre hors champs, presque hors de soi-même.

Après les classes moyennes, la vie des stars

Avec "Chanson de la ville silencieuse", Olivier Adam a tenté un pas de côté. L’auteur de "Ring", et des "Lisières" jusqu'ici chantre des classes moyennes, et des zones périphériques, s'aventure ici dans la vie de personnages "exceptionnels". Il quitte monsieur tout le monde pour s'intéresser à la vie d'une star et à son entourage.

Cette histoire, dit-il, lui a été inspirée par un vieux chanteur croisé dans un bar de Lisbonne, qui ressemblait à Nino Ferrer. Le chanteur d'origine italienne, comme son personnage, s'est suicidé en 1998 d'une balle dans le cœur au milieu d'un champ de blé. Mais d'autres figures surgissent à la lecture de ce roman : Gainsbourg, Dutronc, Bashung, Jacques Higelin. Chacun choisira.

Olivier Adam change de paysage sans changer d'horizon. C'est une autre périphérie qu'il explore cette fois, creusant les thématiques qui traversent ses romans depuis le premier "Je vais bien ne t'en fais pas" (Le Dilettante, 2000) : la disparition, le deuil, la marge.

Ecrit comme une chanson

Phrases courtes, souvent sans verbe, profusion d'adjectifs, énumérations, répétitions, le roman d'Olivier Adam est déroulé comme une balade, comme une chanson avec des couplets très développés, des pages comme des ritournelles. Son titre est d'ailleurs emprunté à une chanson de Dominique A.

On se laisse embarquer par la voix sensible de cette jeune femme poussée comme une herbe sauvage dans un monde peuplé d'adultes égocentriques. On suit son errance dans les rues et les nuits de Lisbonne, sa quête pour sortir d'un brouillard surgi d'une enfance sans souvenirs. On reste en revanche un peu à l'écart du personnage du père, dont le portrait en creux, dessiné dans le regard de sa fille, renvoie une image un peu stéréotypée de l'artiste torturé et incompris. Mais comment saisir cette légende, ce "puzzle impossible à reconstituer", quand sa fille "pas plus que quiconque" n'y parvient ? Reste le cliché, avec lequel le lecteur devra faire son affaire.
Couverture de "Chanson de la ville silencieuse", Olivier Adam (Flammarion)
"Chanson de la ville silencieuse", d'Olivier Adam
(Flammarion – 224 pages – 19 €)

Extrait :

Je suis celle qui n'a pas de voisine en classe. Celle qu'on oublie d'inviter aux goûters d'anniversaire. Celle qui ne connaît aucun des noms qu'on prononce autour d'elle, chanteurs, sportifs, stars de télé, héros de dessin animés. Celle que jamais son père pas plus que sa mère ne viennent chercher à l'école. Celle dont les enseignants ne demandent jamais à voir les parents. Celle qu'on choisit en dernier pour constituer une équipe. Je suis celle qui rougit quand on lui adresse la parole. Celle qui n'a pas de père agriculteur, maçon, employé de banque, gérant de supermarché ou de bar-tabac. Celle qui n'a pas de mère vétérinaire, réceptionniste dans un hôtel, comptable, caissière au supermarché. Celle qu'élèvent des grands-parents qui ne sont pas les siens. Celle qui s'endort sur un canapé au milieu du vacarme, des bouteilles vidées, des joints consumés. Celle dont la mère vit de l'autre côté de l'océan. Celle dont le père disparaît plusieurs semaines d'affilée. Celle qui trouve dans son lit une violoniste, un bassiste empestant la cigarette et le whisky. Celle qui voit son père en photo à la une des magazines. Celle qui l'aperçoit à la télévision. Celle qui a la nausée quand en voiture, au supermarché, elle entend sa voix chanter des mots sombres. Je suis celle qui grandit sans souvenirs d'enfance."

"Chanson de la ville silencieuse", page 128