"Le crime du comte Neville" : fable d'Amélie Nothomb chez les aristos Belges

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 06/09/2015 à 11H37, publié le 19/08/2015 à 10H43
Amélie Nothomb, "Le crime du Comte Neville", rentrée littéraire 2015 

Amélie Nothomb, "Le crime du Comte Neville", rentrée littéraire 2015 

© Olivier Dion

Cette année, Amélie Nothomb fait sa rentrée avec un conte de fées virant à la tragédie grecque. "Le crime du comte Neville" raconte l'histoire d'une jeune châtelaine mal dans sa peau, qui cherche à se faire assassiner par son père, pour aider ce dernier à réaliser sans dommages la prédiction d'une voyante rencontrée à l'issue d'une fugue qui n'en est pas une.

L'histoire : la fille du comte Neville, prénommée Sérieuse, a passé la nuit dans la forêt. Une fugue, pense son père, qui vient la chercher chez Rosalda Portendurière, une voyante qui l'a reccueillie. Elle prédit au comte qu'il assassinera quelqu'un lors de la prochaine Garden-party du château, la dernière fête avant que le domaine de Pluvier ne soit vendu…
 
Sérieuse, jeune fille "morne, timorée, solitaire, dépourvue d'élan vital" est le troisième enfant du comte. La jeune fille ne quitte pas sa chambre où elle lit en permanence des classiques. Sérieuse n'a pas toujours été taciturne. Elle l'est devenue brutalement à l'âge de 12 ans et demi. Ses aînés, Electre et Oreste sont en revanche "étincelants". Ils ont toutes les qualités requises pour réussir leur vie : beaux, intelligents, ils savent danser la valse.

Du conte à la tragédie

Amélie Nothomb a choisi pour ce 24e roman, de nous plonger dans les milieux aristocratiques belges (dont elle est issue). Elle croque avec amusement ce monde accroché aux principes d'un autre âge (ceux de l'Ancien Régime), où l'on vit "dans la hantise de faillir au paraître" et où "ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne". Elle a donné à son récit une forme hybride : un conte de fées mâtiné de tragédie grecque, manière qui sied particulièrement bien à cet univers anachronique. 

Comme toujours chez Nothomb, la mélancolie et les pesanteurs de l'enfance affleurent sous une apparente légèreté, faite d'humour et d'élégance, marque de fabrique de la noble romancière belge.
"Le crime du comte Neville" Amélie Nothomb (Albin Michel, 2015)
Le crime du Comte Neville Amélie Nothomb (Albin Michel – 135 pages – 15 euros).

Extrait
"En effet, la famille était ruinée et n'aurait plus le droit d'entrer au château à partir du 2 novembre. Neville accordait une importance d'autant plus grande à cette ultime garden-party, où il entendait célébrer l'honneur familial pour la dernière fois en réjouissant ses hôtes. Ce n'était pas en assassinant l'un d'entre eux qu'il y parviendrait."

Amélie Nothomb était l'invitée du Soir 3 ce samedi 5 septembre...

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