La mort de Jean-Marc Roberts, patron des éditions Stock

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/03/2013 à 18H56, publié le 25/03/2013 à 17H42
Jean-Marc Roberts

Jean-Marc Roberts

© Bertrand Guay/AFP

Jean-Marc Roberts, patron des éditions Stock, est décédé lundi en fin de matinée des suites d'un cancer à l'âge de 58 ans, a annoncé sa maison d'édition. L'éditeur, écrivain prolixe, venait de publier un ouvrage sur sa maladie, "Deux vies valent mieux qu'une". Il dirigeait aussi la célèbre collection Bleue où est paru récemment le tapageur "Belle et Bête" de Marcela Iacub.

Auteur précoce entré en 1974 chez Julliard comme conseiller littéraire, Jean-Marc Roberts a toujours pratiqué les deux métiers: éditeur dans plusieurs maisons, dont Le Seuil et Stock, ainsi qu' écrivain.

"Je ne suis ni un éditeur important ni un romancier important. Il a fallu faire avec, faire faute de mieux", disait-il humblement début mars dans un entretien à Libération.

Hommages émus de François Hollande et Aurélie Filippetti
Le président François Hollande a fait part  lundi de "son émotion" à l'annonce de son décès et a rendu hommage à "un écrivain précoce" dont "la vie fut pleine de vies". "A Anna, sa compagne, à ses enfants, à tous ses proches, et à ses collègues des éditions Stock, j'adresse mes très sincères condoléances", ajoute le président Hollande dans un communiqué diffusé par l'Elysée.
De son côté, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, dont Jean-Marc Roberts avait publié en 2003 le premier roman, reçu par la poste, "Les derniers jours de la classe ouvrière", a salué son "éditeur" et son "ami".

"S'il était un éditeur remarquable, fidèle, attentif, généreux, toujours si disponible, c'est parce qu'il était lui-même un très grand écrivain", a  souligné Aurélie Filippetti. "Il nous laisse à jamais le souvenir d'une intelligence vive, irrévérencieuse, débordante d'humour et d'amour", ajoute-t-elle.
Un premier roman publié avant sa majorité
Né le 3 mai 1954, fils unique de la comédienne italienne Ada Lonati et d'un père américain, Edwin Roberts, resté outre-Atlantique, il avait publié son premier roman à 17 ans: "Samedi, dimanche et fête", au Seuil.

Deux ans après, le jeune Jean-Marc entre en 1974 chez Julliard comme conseiller littéraire.

"En 1973, tu pouvais faire à peu près n’importe quoi", se souvenait-il de cette époque dans Libération. "Les livres avaient moins besoin d’être des phénomènes de société. Dans une rentrée littéraire, il y avait seulement 150 romans, et trouver un éditeur, comme un boulot d’ailleurs, était plus simple."

"Marcel Jullian et Sylvie Genevoix dirigeaient Julliard et je devais être stagiaire… Puis, très vite, j’ai eu de la chance : tous les autres sont partis créer Antenne 2 avec Jullian. Alors j’ai pris le mi-temps de Jean-Didier Wolfromm, j’ai été embauché, j’avais un bulletin de salaire. Le jour où j’ai eu mon premier bulletin de salaire a été un moment plus important pour moi que celui où j’ai reçu le prix Renaudot."

Ecrivain prolixe
Ce Renaudot, il l'obtient à 25 ans, en 1979, pour "Affaires étrangères". Il écrit le scénario de son adaptation au cinéma par Pierre Granier-Deferre, "Une  étrange affaire", prix Louis-Delluc en 1981. Il écrira plusieurs autres scénarios.

C'est à partir de 1985, avec "Méchant", qu'il plonge dans l'autobiographie. Dans plusieurs romans, Jean-Marc Roberts, lui-même père de deux grands  enfants nés d'un premier mariage et d'un plus jeune, a évoqué la figure paternelle absente: "Monsieur Pinocchio", "Affaires personnelles", "Mon père américain"... Il a consacré à sa mère son roman "Une petite femme" (Grasset), en 1998.

Auteur de plus de vingt romans, il a écrit ces dernières années "Je te  laisse", "Cinquante ans passés", "La Prière".

En tant qu'éditeur, il a découvert Angot, Faye, Schneck et Filippetti
Devenu gérant des éditions Stock (filiale de Hachette) en 1998, ce grand ami de Patrick Modiano et Christopher Franck a dopé le domaine français de la maison, à dominante étrangère jusque là.

Il a ainsi publié Christine Angot, Jean-Eric Boulin, Philippe Claudel,  Eric Faye, Jean-Eric Boulin, Colombe Schneck,  Marcela Iacub ("La belle et la bête"), mais aussi de nombreux auteurs étrangers comme la Finlandaise Sofi Oksanen. Jean-Marc Roberts a aussi découvert et édité en 2003 le roman de l'actuelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, "Les derniers jours de la classe ouvrière".
En tant qu'éditeur, il avait "la volonté d'être le meilleur éditeur possible.", disait-il encore début mars dans Libération.

"Je ne connais pas grand-chose. Mes vrais amis le savent. Et encore une fois, je ne me vante pas d’être inculte, mais un homme inculte qui, finalement, réussit, pendant quarante ans, à énerver tout le monde avec les livres qu’il publie - que les gens les aiment ou pas, qu’ils soient choqués ou pas -, et surtout qui se bat pour imposer des livres et des auteurs que les gens n’aiment pas, pour imposer une tendance, c’est extraordinaire."

C'est la mort de l'écrivain Muriel Cerf qui avait été pour lui le déclic d'écrire son dernier livre "Deux vies valent mieux qu'une" sur la maladie qui l'a emporté. "Une des pires expressions que je connaisse c’est «le travail de deuil", disait-il. "Les gens qui parlent du travail de deuil, je leur donnerais six mois de travaux d’intérêt général. Ces gens qui vous disent : «Vous n’avez pas fait votre deuil encore ?» Mais qu’est-ce que cela veut dire ?".