L'appel de l'écrivain Yan Lianke pour les droits de l'homme en Chine

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 29/08/2018 à 11H49, publié le 29/08/2018 à 11H41
L'écrivain Yan Liank a reçu le prix Franz Kafka en 2014 pour l'ensemble de son oeuvre. 

L'écrivain Yan Liank a reçu le prix Franz Kafka en 2014 pour l'ensemble de son oeuvre. 

© ZHUO JIA / IMAGINECHINA

L'écrivain chinois Yan Lianke, censuré dans son pays, exhorte les dirigeants internationaux à ne pas se dérober face à la problématique des droits de l'homme en Chine. Il déplore que les chefs d'État étrangers préfèrent fermer les yeux sur les questions éthiques pour se focaliser sur les relations économiques lors de visites officielles.

Salué pour ses descriptions minutieuses de la société chinoise, l'écrivain Yan Lianke était l'invité du festival du livre d'Édimbourg à l'occasion de la sortie de son nouveau roman, "The Day The Sun Died" (non traduit en français).
"La fuite du temps" de Yan Lianke © Philippe Picquier
Dans un entretien accordé à l'AFP, il affirme que les politiques "ne se soucient plus vraiment des questions" relatives aux libertés fondamentales pourtant "d'une grande acuité".  "Le problème, c'est qu'ils ne discutent plus autant de ces sujets qu'avant, ils sont plus intéressés par le commerce, les accords, l'argent", juge l'auteur. 

La vérité avant tout

Depuis 2012 et l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, qui a fait voter une réforme pour devenir potentiellement président à vie, les autorités chinoises mènent une répression incessante contre la société civile et les voix dissidentes. Malgré cette politique, les dirigeants occidentaux se succèdent en Chine pour améliorer leurs relations bilatérales et attirer des investissements. Le quotidien chinois Global Times jugeait ainsi en février que la Première ministre britannique Theresa May avait "éludé" la question des droits de l'homme lors de sa visite officielle à Pékin, et que le président français Emmanuel Macron avait "déçu" les espoirs de la société civile lors de son passage en Chine, le mois précédent.

Yan Lianke l'assure, il trouve son inspiration dans la vie des Chinois ordinaires, et se désintéresse de la politique internationale."Tous mes romans sont très liés à la réalité de la société chinoise", explique celui qui porte "beaucoup d'amour à la Chine et ses habitants".Il décrit sa démarche d'écrivain, attaché à "faire passer l'art et la vérité en premier". "Tant que vous osez vous confronter à la vérité, alors il y a matière à écrire de grandes choses", affirme-t-il. Il se dit surpris de l'accueil généralement réservé à ses livres à l'étranger. "En Chine, les critiques et les lecteurs estiment que je m'attaque aux souffrances du pays, à ses douleurs. Mais hors du pays, c'est toujours vu comme de la satire ou de l'humour", feint-il de s'étonner. "J'imagine que c'est à cause de nos différences culturelles".

Auto-censure

Dans "Les Quatre Livres" (2010), il évoque la désastreuse politique économique du "Grand bond en avant" menée par Mao à la fin des années 1950.
"Les quatre livres" de Yan Lianke © Philippe Picquier
Cette politique est à l'origine d'une famine qui a provoqué la mort de dizaines de millions de Chinois. "Le Rêve du Village des Ding" (2005) aborde lui le scandale du sang contaminé qui a décimé la province du Henan (nord) dans les années 1990.Son prochain ouvrage, qui dépeint une société sombre et chaotique, à l'opposé du "Rêve chinois" que souhaite incarner Xi Kinping, s'annonce tout aussi controversé.

Mais Yan Lianke ne tient plus compte de la censure chinoise: ses écrits ne sont plus publiés dans son pays."Comme je n'ai plus besoin de publier en Chine, mon écriture est très libre, je n'ai plus besoin de m'auto-censurer", se réjouit celui qui fut jusqu'en 2004 l'un des écrivains officiels de l'armée chinoise. Son oeuvre a, depuis, été saluée par la critique à maintes reprises. Récompensé par le prix Franz Kafka en 2014, il a été trois fois nominé au Man Booker International Prize (2013, 2016, et 2017).