"On a chopé la puberté" : l'illustratrice dénonce un lynchage collectif et arrête la série des "Pipelettes"

Laurence Houot
Par @LaurenceHouot
Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 08/03/2018 à 16H41, publié le 08/03/2018 à 16H28
Albums de la série Les Pipelettes

Albums de la série Les Pipelettes

© Anne Gaillard / Milan

Le livre pour pré-adolescentes "On a chopé la puberté", jugé sexiste, avait suscité il y a quelques jours un tollé sur les réseaux sociaux. A tel point que les éditions Milan avaient décidé d'en stopper la commercialisation. L'illustratrice du livre dénonce à son tour "un lynchage collectif" et annonce qu'elle arrête la série des "Pipelettes".

Dans une lettre ouverte publiée sur son blog, Anne Guillard, l'illustratrice de la série les Pipelettes annonce qu'elle jette l'éponge : "En tant qu’illustratrice du livre 'On a chopé la puberté' , j’ai le regret d’annoncer qu’après les proportions sidérantes de la polémique, et suite à l’arrêt de commercialisation de l’ouvrage qui en a découlé, j’ai décidé de stopper intégralement l’univers des 'Pipelettes' , aussi bien les livres dérivés que la BD mensuelle dans le magazine ; et ce malgré l’insistance des éditions Milan pour continuer cette collection".
Illustration d'Anne Guillard illustrant sa lettre ouverte

Illustration d'Anne Guillard illustrant sa lettre ouverte

© Anne Guillard
L'illustratrice regrette que "cette polémique éclair" ait pour résultat "la disparition de toute une collection créée, écrite, et éditée par des femmes, et publiée par un éditeur jeunesse qui s’est publiquement engagé pour l’égalité des sexes".

Sur les pages du livre on peut lire "Grâce à tes seins en plein développement, tu as enfin attiré l'attention du bel Ethan dont tu es secrètement amoureuse depuis la maternelle". Sur une autre, titrée "On voit mes bouts de sein, ça craint" la page montre une adolescente se promener dans la rue et être interpellée par un garçon, "Mignons, ces petits tétons!". Le livre conseille de changer de soutien-gorge ou de superposer des débardeurs pour cacher ces tétons. 

Outre des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux, une pétition avait été lancée sur change.org, pour demander le retrait de cet ouvrage de la vente, l'accusant de véhiculer des "clichés et (une) image dégradante" des femmes.

"Il aura fallu à peine 48h pour ruiner publiquement cet univers"

"Les Pipelettes étaient à l’origine les héroïnes d’une petite BD d’humour publiée depuis 10 ans dans un magazine ; elles sont très populaires auprès des jeunes lectrices. Tellement que Milan a voulu en faire les mascottes d’une collection de livres thématiques dont le texte a été confié à deux journalistes habituées des publications pour pré-ados. Nous avions déjà commencé à travailler sur les thèmes des prochains livres : le collège, la confiance en soi… Il aura fallu à peine 48h pour ruiner publiquement cet univers", regrette l'illustratrice.

"Vous avez le droit de trouver que les auteures auraient pu donner des conseils plus judicieux, ou que les extraits que vous avez vus tourner ne sont pas adaptés ; vous avez le droit de trouver ce livre idiot, ringard ou inapproprié… Mais si vous réclamez qu’on fasse disparaître un ouvrage parce que vous n’en approuvez pas le contenu, alors c’est vous qui vivez au Moyen Âge", ajoute-t-elle. 

Une pétition pour interdire les pétitions contre les livres jeunesse

"Encore une fois, un livre pour enfants est pris pour cible. Une nouvelle fois, une pétition demande l'interdiction d'un ouvrage. Que ce livre soit bon ou mauvais, ce n'est pas la question. Qu'il soit sexiste ou non, ce n'est pas la question. Il y a plein de façons de combattre un livre avec lequel on n'est pas d'accord, à commencer par le non-achat et le débat", dit l'auteur et illustrateur Vincent Cuvellier pour expliquer sa démarche : une "pétition pour interdire les pétitions! Non à l'interdiction des livres qui nous déplaisent". Il en appelle aux écrivains, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, pour "réagir et combattre clairement toute demande de censure".