"Le miroir brisé" : Jonathan Coe réussit son premier roman jeunesse

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 14/03/2014 à 15H28
"Le miroir brisé" (Gallimard Jeunesse) Jonathan Coe, extrait de la couverture 

"Le miroir brisé" (Gallimard Jeunesse) Jonathan Coe, extrait de la couverture 

© Chiara Coccorese / Gallimard

Le romancier britannique Jonathan Coe a écrit pour la première fois un roman pour la jeunesse. "Le miroir brisé" (Galimard Jeunesse) est une fable moderne pleine de délicatesse sur la solitude et les rêves d'un monde meilleur.

L'histoire : Claire est fille unique, en permanence "habitée par la solitude", coincée entre un père et une mère qui s'entendent mal. Un été, en rentrant de vacances, elle trompe l'ennui en déambulant dans la décharge, cet endroit qui sent mauvais mais qu'elle aime bien, car elle se sent un peu chez elle "parmi ces objets au rebut"… Au milieu des détritus ce jour-là elle découvre un objet étrange, fragment de miroir. Elle s'aperçoit vite qu'il reflète un monde bien plus beau qu'il ne l'est dans la réalité.
"Le miroir brisé" , le château image intérieure © Chiara Coccorese
Dans une atmosphère onirique, entre rêve et cauchemar, le premier roman jeunesse de Jonathan Coe fait le portrait d'une enfant enfermée dans sa solitude, qui traîne une mélancolie que seul son miroir fait passagèrement disparaître. Claire n'aime pas le monde réel qui l'entoure. Claire n'aime pas la lâcheté des adultes. Claire n'aime pas la méchanceté de ses camarades.

"Alors voilà comment il marche le monde"

Elle préfère s'abstraire de ce monde sans couleurs en regardant celui que lui offre le reflet de son miroir. Dans la vraie vie pourtant, se produisent aussi parfois des miracles, comme la rencontre avec un professeur d'histoire, madame Daintry, qui lui donne l'occasion d'occuper pour une fois le devant de la scène en lui offrant de jouer le rôle de Robespierre dans un exercice en classe.

Claire apprend à grandir, à aller vers les autres, et notamment vers Peter, l'amoureux de toujours, qu'elle avait jusque-là ignoré. La jeune fille trouve enfin dans la rencontre et le partage avec les autres des raisons de se réjouir dans la vraie vie et la possibilité de changer le monde.

Le texte est accompagné des illustrations de Chiara Coccorese, tableaux kitchs faits d'images hyperréalistes, textures photographiques, assemblées en kaléidoscopes ou passées au crible d'un miroir déformant, qui soulignent l'étrangeté de ce roman et introduisent une note d'humour, habituellement cher à l'auteur mais étonnamment peu présent dans ce texte.
Le miroir brisé,  image intérieure, les parents © Chiara Coccorese
"Le miroir brisé" est une fable poétique, mais pas seulement. "C'est l'un de mes livres les plus politiques même si je lui ai donné la forme d'un conte de fées", confesse Jonathan Coe. Son premier roman pour la jeunesse devrait prendre une bonne place dans la bibliothèque des enfants au rayon des classiques.
Couverture "Le miroir brisé", Jonathan Coe
Le miroir brisé Jonathan Coe, traduit de l'anglais par Josée Kamoun (Gallimard Jeunesse - 112 pages - 12,50 euros - à partir de 11 ans)

Jonathan Coe publie en même temps aux éditions Gallimard "Expo 58", un savoureux roman d'espionnage décalé sur fond de guerre froide.