Franklin, le premier personnage noir de Snoopy et les Peanuts a 50 ans

Mis à jour le 31/07/2018 à 12H44, publié le 31/07/2018 à 09H51
Visuel du film Snoopy et les Peanuts

Visuel du film Snoopy et les Peanuts

© TWENTIETH CENTURY FOX ANIMATION / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12

Franklin, le premier personnage noir de Peanuts, la célèbre bande dessinée racontant les aventures de Snoopy, fêtera mardi son 50e anniversaire, lui qui doit son existence à une institutrice de Los Angeles soucieuse de voir plus de diversité raciale dans les publications pour enfants.

Né le 31 juillet 1968, dans un fort contexte de tensions raciales, Franklin est le premier enfant noir à rejoindre les aventures de Charlie Brown, son chien Snoopy, rêveur et philosophe, et leurs amis. Après l'assassinat de Martin Luther King en avril 1968, les tensions raciales ne retombaient pas dans une Amérique marquée par le Mouvement des droits civiques.
 
"Depuis la mort de Martin Luther King, je me demande ce que je peux faire pour changer les conditions dans notre société qui ont conduit à cet assassinat", écrivit le 15 avril Harriet Glickman, une institutrice de Los Angeles, dans un courrier adressé au créateur de Peanuts, Charles Schulz. Le comic strip Peanuts, publié tous les jours dans les journaux depuis 1950, était déjà très populaire à l'époque.
Portrait du dessinateur americain Charles Schulz, createur des personnages de Snoopy et Charly Brown, en 1992

Portrait du dessinateur americain Charles Schulz, createur des personnages de Snoopy et Charly Brown, en 1992

© MARCELLO MENCARINI / LEEMAGE

Améliorer les relations interethniques grâce à la bande dessinée

"Je pense que quelque chose peut être fait à travers les bandes dessinées" pour arriver à de meilleures relations interethniques, poursuivit-elle. "Je pense qu'introduire des enfants noirs dans le groupe des personnages de Schulz pourrait avoir un certain impact".
Sa lettre est maintenant affichée dans le Charles M. Schulz Museum en Californie. Quelques jours plus tard, le dessinateur lui répondit, en expliquant qu'il était bien conscient du problème mais que, n'étant pas noir lui-même, il avait peur de "traiter avec condescendance nos amis noirs".
 
"Je ne sais pas quelle est la solution", reconnaissait-il pour conclure sa réponse. Harriet Glickman suggéra alors de sonder plusieurs de ses amis noirs, tous parents et fans de Peanuts.

 

"Mon papa est au Vietnam"

Schulz n'étant toujours pas convaincu, Harriet Glickman lui fit parvenir plusieurs courriers réclamant plus d'inclusion dans sa bande dessinée.
Il lui répondit au début du mois de juillet en lui conseillant de bien surveiller la parution des Peanuts dans la semaine du 29. Le 31, autour d'un ballon et d'un château de sable tordu, à la plage, Charlie Brown sympathisait avec Franklin, qui allait vite faire partie intégrante de sa bande, aux côtés de Lucy, Schroeder ou Linus. 
 
"Toute ta famille est à la plage, Franklin ?", demande Charlie Brown lors de cette première rencontre. "Non, mon papa est au Vietnam", répond l'intéressé. "Mon papa est barbier", continue Charlie Brown.  "Il a fait une guerre, mais je ne sais pas laquelle". 

Un personnage novateur

Dans une industrie de la bande dessinée qui s'adressait principalement à la classe moyenne américaine blanche, le personnage de Franklin était encore une nouveauté. Deux ans plus tôt le premier super-héros noir de Marvel, Black Panther, avait fait son apparition, créé par les maîtres du genre, Stan Lee et Jack Kirby.
 
Les retours furent globalement positifs, raconta Schulz par la suite, même si un éditeur du sud du pays lui écrivit pour se plaindre que Franklin et Charlie Brown aillent à l'école ensemble.