Sans-papiers : la romancière Leïla Slimani regrette les propos d'Emmanuel Macron

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 10/11/2018 à 19H01, publié le 10/11/2018 à 18H01
La romancière franco-marocaine Leïla Slimani en avril 2018.

La romancière franco-marocaine Leïla Slimani en avril 2018.

© Valérie Macon / AFP

La romancière Leïla Slimani regrette que le président n'ait pas défendu "avec plus de vigueur et de froideur" les sans-papiers lors d'un échange avec un vétéran cette semaine. Représentante personnelle d'Emmanuel Macron pour la francophonie, Mme Slimani le fait savoir dans une tribune publiée samedi dans Le Monde.

Le 6 novembre à Verdun, un vétéran avait demandé au chef de l'Etat "quand mettrez-vous les sans-papiers hors de chez nous?" et ce dernier lui avait répondu que ceux qui ont droit à l'asile seraient accueillis mais que "ceux qui peuvent vivre librement dans leur pays doivent être reconduits", rappelle l'auteure franco-marocaine.

"Il me semble qu'Emmanuel Macron aurait pu défendre avec plus de vigueur et de froideur ceux que cet homme rêve de mettre dehors. Il aurait pu lui répondre sèchement qu'on ne parle pas ainsi des gens en les résumant au vocable « sans-papiers» ", déplore l'intellectuelle, prix Goncourt 2016, dans une tribune publiée samedi dans Le Monde.

"Il aurait pu lui dire, puisqu'il faut défendre la «pensée complexe», que l'immigration est une question ô combien complexe parce qu'elle est humaine, douloureuse, existentielle", fait-elle valoir.

"Ces propos sont de plus en plus courants", déplore Mme Slimani

"Ce vétéran, je le connais. Ou plutôt, je le reconnais. Cette voix amère, ce ton aigre, cette façon hautaine de cracher les syllabes lorsqu'il dit  «sans-papiers». Tous les métèques de France vous le diront, tous les Arabes, les Noirs, les sans ou avec papiers vous le confirmeront: ces propos sont de plus en plus courants", regrette la romancière.

"Il aurait pu lui rappeler que lesdits « sans-papiers » ne sont pas sans visage. Ils ne sont pas des figures abstraites sur qui on peut allègrement se défouler. Ils sont étudiants, nounous, chefs cuisiniers, chercheurs en sciences sociales, écrivains, gardes-malades, parents, enfants, soutiens de famille. Qui prend leur défense face au discours nauséabond ? Qui s’inquiète qu’ils soient poursuivis, méprisés dans un pays où pourtant ils s’intègrent, travaillent, aiment et tentent de survivre ?" 

Emmanuel Macron avait nommé Leïla Slimani en novembre 2017 comme sa "représentante personnelle" pour la francophonie. Elle avait pendant la campagne appelé publiquement à voter pour lui pendant l'entre-deux-tours.