Nancy, gardienne exclusive des archives de l'Académie Goncourt

Publié le 07/09/2018 à 17H17
Les archives de l'Académie Goncourt - extrait

Les archives de l'Académie Goncourt - extrait

© France 3 Culturebox capture d'écran

Depuis 30 ans, la ville natale d'Edmond de Goncourt est la gardienne exclusive des archives de l'Académie. Elles sont révélées à l'occasion de la 40e édition du Livre sur la Place, le festival littéraire de Nancy.

Je ne tiens pas à être associé à la sorte de cannibalisme qui règne entre certains
de nos collègues (...) Je vous prie d'accepter ma démission

Extrait de la lettre de Louis Aragon à l'Académie Goncourt - novembre 1968
C'est ainsi qu'Aragon claque la porte de l'académie Goncourt en novembre 1968. 

La lettre manuscrite, adressée au secrétaire général de l'académie Goncourt par l'éphémère juré (il y sera resté moins d'un an), fait partie des milliers de documents conservés à Nancy. La ville natale d'Edmond de Goncourt est depuis 1988 la gardienne exclusive des archives de l'académie. 

Des archives précieuses consultées avec Pierre Assouline

Pour consulter les documents originaux, il faut montrer patte blanche et avoir l'autorisation explicite du président de l'académie. Les archives, conservées dans un bâtiment municipal dans des boîtes noires marquées d'un mystérieux "4-Z"  ne sont ouvertes qu'aux chercheurs ayant un sujet d'étude bien précis. Accompagné de Pierre Assouline, historien et "couvert numéro 10" à l'académie Goncourt, une équipe de France 3 Lorraine a eu le privilège de les consulter.

Reportage : France 3 Lorraine, P. Germain / B. Kratschmar / L. Maas. 
Les archives de l'Académie Goncourt révélées à Nancy

La sélection du Goncourt révélée à Nancy, une première dans l'histoire de l'institution

Signe de cette histoire d'amour de longue date, le jury de l'Académie Goncourt présidé par Bernard Pivot s'est réuni à Nancy, ce vendredi, pour présenter sa sélection des quinze écrivains retenus pour le plus prestigieux des prix littéraires, qui sera décerné le 7 novembre. 

La 40e édition du Livre sur la Place

Par ailleurs, des fac-similés de documents et délibérations particulièrement emblématiques de l'académie Goncourt ont été déployés en ville, à l'occasion de la 40e édition du Livre sur la Place, la grande manifestation littéraire de la rentrée.

En 1951, dès le premier tour, la majorité se porte sur "Le rivage des Syrtes" de Julien Gracq alors que l'écrivain avait prévenu :

Si on me donnait le Goncourt, je ne pourrais faire autrement que de le refuser

Julien Gracq
La lecture du compte-rendu de la "332e réunion" en novembre 1951, avant la remise du prix remis cette année-là en décembre, est sans appel. "Nous avons décidé de passer outre aux déclarations de M. Julien Gracq", écrit Roland Dorgelès alors secrétaire général de l'académie Goncourt. Gracq aura son prix... malgré lui.

Le procès-verbal de la 72e réunion, le 31 octobre 1914 explique qu'"il serait injuste de décerner le prix... les livres parus cette année doivent concourir avec ceux qui paraîtront l'an prochain après la guerre".

Le cas Ajar

Le Goncourt, son règlement le stipule, ne peut pas être attribué deux fois au même écrivain. Ce fut le cas pourtant en 1975 quand le Goncourt fut décerné à Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, lauréat du prix en 1956 pour "Les racines du ciel". Dans une lettre conservée aux archives, le pauvre Ajar (il s'agissait en fait de Paul Pavlowitch que Gary présentait faussement comme son neveu) écrit à Armand Lanoux, secrétaire général de l'académie, une lettre désespérée. 

"Je n'ai jamais fait acte de candidature pour un prix littéraire quel qu'il soit", plaide-t-il en précisant qu'il refuse le prix. Las, le prix lui est bien attribué. La vérité n'éclatera qu'en 1980, un an après la disparition de Gary, lors de l'émission littéraire "Apostrophes"... animée par Bernard Pivot.
Apostrophes - Le cas Ajar

"Que les Goncourt aient couronné deux fois le même homme sous différentes identités témoigne finalement d'une certaine continuité dans le goût et le jugement", s'amuse Pierre Assouline qui a raconté cette histoire dans son livre "Du côté de chez Drouant".

Il manque aux archives les comptes-rendus de lecture que s'échangent les jurés entre eux.

Ça peut être carrément saignant !

Pierre Assouline à propos des échanges entre jurés sur les comptes-rendus de lecture

Le prix du prestige... à 10 euros

Le prix Goncourt consiste officiellement en un chèque de 10 euros. L'heureux lauréat encadre habituellement son chèque mais, raconte le juré Goncourt, il s'en est trouvé un qui a encaissé le chèque. "Nous lui avons renvoyé un autre chèque pour qu'il l'encadre... Le chèque a été encaissé une seconde fois !". Le nom de l'indélicat est resté scellé.  

L'Académie Goncourt

L’Académie des Goncourt fut créée par le testament d’Edmond de Goncourt, rédigé en 1884, et instituée officiellement en 1902. Elle est constituée de dix femmes et hommes de lettres chargés de remettre chaque année un prix littéraire. Le premier Goncourt a été décerné en 1903.