Le prix Goncourt décerné à Eric Vuillard pour "L'ordre du jour"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/11/2017 à 14H36, publié le 06/11/2017 à 12H58
L'écrivain Eric Vuillard, prix Goncourt 2017 pour "L'ordre du jour" 

L'écrivain Eric Vuillard, prix Goncourt 2017 pour "L'ordre du jour" 

© Joël SAGET / AFP

Le prix Goncourt a été décerné à Eric Vuillard pour "L'ordre du jour", lundi à Paris. Ce court récit de 160 pages retrace de façon saisissante l'arrivée au pouvoir d'Hitler, raconte l'Anschluss et dissèque le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie.

Éric Vuillard, 49 ans, auteur de "L'ordre du jour" (Actes Sud), fait un peu figure d'exception. Des quatre écrivains retenus par le jury du Goncourt, il est le seul à ne pas avoir été publié à la rentrée.

"On est toujours surpris, fatalement. Ca me fait extrêmement plaisir", a réagi Eric Vuillard, qui succède à Leïla Slimani au palmarès. "L'ordre du jour" s'est imposé au 3e tour de scrutin, par 6 voix contre 4 à Véronique Olmi pour "Bakhita" (Albin Michel). Les deux autres auteurs en lice étaient Alice Zeniter pour "L'Art de perdre" (Flammarion) et Yannick Haenel pour "Tiens ta couronne".

Dans les coulisses de l'histoire

Sorti au printemps, "L'ordre du jour", court récit de 160 pages, retrace de façon saisissante l'arrivée au pouvoir d'Hitler, raconte l'Anschluss et dissèque le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie.
Le prix Goncourt décerné à Eric Vuillard pour "L'ordre du jour" aux éditions Actes Sud

Le prix Goncourt décerné à Eric Vuillard pour "L'ordre du jour" aux éditions Actes Sud

© Actes Sud
Le 20 février 1933, un mois avant les élections générales, une réunion secrète se tient à Berlin autour d'Hermann Goering et du nouveau chancelier allemand Adolf Hitler. Elle réunit "le nirvana de l'industrie et de la finance". "Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet", raconte Éric Vuillard.

Parmi ces vingt-quatre, Gustav Krupp, Wilhelm von Opel, le patron de Siemens, d'IG Farben... Avec Éric Vuillard, nous sommes dans ce salon à Berlin et aujourd'hui, en 2017. Ces industriels vont donner aux nazis tout l'argent qu'ils réclament pour les élections. Si les nazis l'emportent "ces élections seront les dernières pour les dix prochaines années et même pour cent ans", dit Goering dans un éclat de rire sans provoquer l'effroi. Le nazisme s'effondrera mais, rappelle Vuillard, BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken "sont là, parmi nous, entre nous". "Tous survivront au régime et financeront à l'avenir bien des partis à proportion de leur performance".

Eric Vuillard a choisi de raconter l'Histoire en insistant sur les détails. Une hérésie ? Sûrement pas ! "La vérité est dispersée dans toute sorte de poussière", écrit-il. L'écrivain au regard scrupuleux - rien n'est inventé, tout est vrai - embrasse de façon magistrale cette tragédie européenne du XXe siècle. Il prouve que l'histoire est toujours une autre manière de regarder le présent.

Le Goncourt dope les ventes

Un livre primé par le Goncourt atteint 398.000 ventes en moyenne, loin devant le prix de l'Académie française (246.000 exemplaires vendus) ou encore celui du Renaudot (221.000). "Chanson douce" de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, a cumulé près de 500.000 ventes sur l'année entière.