Décès du poète argentin Juan Gelman

Par @Culturebox
Publié le 15/01/2014 à 09H21
Juan Gelman en février 2008 à Mexico

Juan Gelman en février 2008 à Mexico

© Gregory Bull / AP / SIPA

Le poète argentin Juan Gelman, lauréat du prix Cervantes en 2007, est mort mardi à l’âge de 83 ans à Mexico, où il s'était installé il y a plus de 20 ans, dernière étape d'un long exil forcé après le coup d'Etat de 1976 en Argentine.

Le journal mexicain Milenio, dans lequel le poète tenait une chronique  hebdomadaire, a indiqué que Juan Gelman était mort à son domicile mais n'a pas précisé les causes du décès.
 
Cet inlassable opposant aux dictatures d’Amérique latine était considéré comme un des plus grands poètes de langue espagnole. Outre la poésie, il était un grand amateur de football, de cafés, de billard, de femmes, de musique...
 
Né en 1930 à Buenos Aires dans une famille d'émigrants ukrainiens, le jeune Gelman peut, malgré les privations matérielles, s'épanouir dans la lecture. Il dévore les classiques de la  littérature espagnole (Garcilaso, Quevedo, Gongora, Lope de Vega) et découvre le russe Alexandre Pouchkine.
 
Des poèmes d’amour à huit ans
Juan Gelman écrit ses premiers poèmes d’amour à huit ans et publie pour la première fois à onze ans, dans une revue. Il commence des études de chimiste auxquelles il renonce pour se consacrer à la poésie, même s’il mène parallèlement une carrière de journaliste. Il participe en 1955 à la fondation du groupe de poètes "El pan duro" (le pain dur).
 
Sa vie est marquée par l’assassinat de son fils Marcelo, 20 ans, pendant la dictature militaire argentine, et la disparition de sa belle-fille, Maria Claudia Garcia, 19 ans. Celle-ci a été enlevée à Buenos Aires en 1976 alors qu’elle était enceinte, et emmenée en Uruguay dans le cadre du plan Condor, un programme de répression des opposants à l'échelle internationale mis en place par les dictatures latino-américaines  des années 1970 et 1980. Comme de nombreux enfants de militants de gauche éliminés, le bébé, une fille, a été donné à la famille d’un policier uruguayen.
 
Un long combat contre la dictature
Juan Gelman, qui s’est exilé à l’époque, n'a jamais récupéré la dépouille de sa belle-fille. Mais son long combat pour retrouver sa petite-fille et pour dénoncer les violations des droits de l’homme a fini par porter ses fruits en 2000. Après avoir vérifié son identité, la jeune femme décide de reprendre le nom de ses véritables parents.
 
Pour son oeuvre littéraire, qui comprend notamment les recueils "Violon et autres questions" et "Gotan", le poète a reçu le prix Cervantes et le prix de la Reine Sophie de poésie ibéroaméricaine en 2005, parmi de nombreux autres.