« Nos pères ennemis » : regards croisés sur la guerre d’Algérie

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 24/06/2012 à 16H46
"Nos pères ennemis" d'Hélène Erlingsen-Creste et Mohamed Zerouki

"Nos pères ennemis" d'Hélène Erlingsen-Creste et Mohamed Zerouki

© PRIVAT

« Nos pères ennemis » n’est pas un livre de plus sur la guerre d’Algérie. Hélène et Mohamed y ont tous deux perdu leur père, l’un militaire, l’autre indépendantiste. Ils ont écrit ensemble la chronique de ces années noires. Un récit intimiste et précieux.

 

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« Mon père, Clovis Creste, est né le 28 février 1927 à Bon-Encontre, près d’Agen… » écrit Hélène Erlingsen.

« « Mon père, Ibrahim Zerouki, est né le 13 avril 1915 dans une famille de fellahs assez pauvres, du côté de Beni-Mileuk » lui répond Mohamed Zerouki.

Voilà un livre étonnant, écrit à quatre mains. Hélène et Mohamed n’avaient pas de raisons objectives de se rencontrer ni a fortiori de travailler ensemble. Ils partageaient pourtant une douleur semblable : la perte du père, tombé pour l’Algérie. Pas dans le même camp.

Soldat français, Clovis a été tué en 1958 dans une embuscade dans le djebel de Tacheta-Zouggara. Combattant du FLN, Ibrahim a disparu un an plus tard dans l’Ouarsenis. Leurs deux enfants n’en ont pas fini avec la douleur de l’absence. Ils se sont trouvés, et ils se sont mis à écrire. Ensemble.

Ce double récit pointu et documenté restitue bien l’ambiance de l’époque, les aspects politiques et militaires du conflit algérien. Mais surtout, au travers du parcours de ces deux hommes, embarqués dans une aventure qui va les broyer, transparaît la dimension familiale, personnelle de ces années de feu.

« J’en ai marre de cette sale vie » écrit le sous-officier Creste, qui n’en peut plus de cette guerre. Lui qui, « avait la gorge sèche quand il entendait l’hymne national » et qui aimait son pays « à en mourir ». Le soir, Ibrahim écoute, lui, « La Voix de l’Algérie » et pleure en silence lorsque la radio diffuse « Kassaman », l’hymne national des indépendantistes.

Les deux récits progressent en parallèle, se croisent et parfois se répondent. Hélène Erlingsen écrit : « Nos convictions sont si proches qu’elles se fondent. Et pourtant, quand j’avais six ans, si je t’avais rencontré en Algérie et si on m’avait dit que tu étais le fils d’un moudjahid que mon père combattait, je t’aurais haï. » Et plus loin : « Je dois te dire, Mohamed, que si j’avais été algérienne et fille de ton père Ibrahim, j’aurais été fière de lui ».

Mohamed lui répond : «  Je rêve d’une Algérie ni française, ni anti-française. Et aujourd’hui même si la blessure n’est toujours pas totalement cicatrisée, les héros d’antan sont fatigués. Il est temps de se tendre la main ».

Nos pères ennemis. Morts pour la France et l’Algérie. 1958-1959 par Hélène Erlingsen-Creste et Mohamed Zerouki (Privat) 175 pages – 16,50 euros