"Marée basse marée haute" les dernières nouvelles de J.B. Pontalis

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 14/06/2013 à 09H06
"Marée basse marée haute" (Gallimard) , texte posthume de J.B. Pontalis

"Marée basse marée haute" (Gallimard) , texte posthume de J.B. Pontalis

© BALTEL/SIPA

Avant sa mort en janvier dernier à l'âge de 89 ans, le psychanalyste et écrivain J.B. Pontalis avait achevé l'écriture d'un recueil de nouvelles. "Marée basse marée haute" parcourt les mystères de la vie et explore avec sérénité les sinuosités de l'âme humaine.

J.B. Pontalis était psychanalyste, autant dire qu'il en connaissait un rayon sur l'âme humaine. Dans cette série de textes courts, écrits au seuil de la mort, il nous offre une balade tranquille au pays des humains, affres et bonheurs, rendez-vous manqués, mystères, accidents, sursauts, erreurs d'aiguillage, amours passionnées… Bref, tout ce qui fait de la vie une aventure sans cesse renouvelée. 

Tranches de vie

On  croise une galerie de personnages en chemin : Simon et Eva ne peuvent plus s'aimer après la mort de leur enfant nouveau-né. Aline, une vieille dame, ne supporte pas de vieillir et préfère choisir l'heure de sa mort. Charles Vignon souffre d'incapacité à rêver, il surcharge ses journées pour tromper sa peur du vide, mais ses nuits sont tourmentées et sans sommeil. Albin quitte Emma, alors qu'elle est son "port", préférant une liaison instable, puis trouve la sérénité en devenant visiteur de prison : "L'homme qui ne tenait pas en place était passionné par ceux qui, par force, étaient voués à rester sur place". Raphaël dépend "d'une femme qui porte l'incertitude en elle, ce n'est pas facile à vivre." Arnaud Leblanc, jeune psychanalyste méticuleux, ne peut s'empêcher de se comparer aux autres, toujours en sa défaveur. On y croise aussi  le chien Oreste, personnage central de la vie de Pontalis.

La vie s'éloigne mais elle revient

Le psychanalyste égrène les histoires tranquillement, sans jamais porter de jugement, sans fixer d'interprétation. Les dernières nouvelles de J.B. Pontalis parlent de la vie, de la vie qui va, de la vie qui s'éloigne et qui revient, et du sentiment de plénitude né de ce mouvement, comme le flux et le reflux chers à Rousseau. Le recueil s'achève avec "Marées", phénomène nécessaire à Pontalis, "à l'image de ma vie, de toute vie peut-être", dit-il. A travers cette galerie de portraits -où se glissent aussi quelques confidences- c'est avant tout de lui-même que Pontalis nous parle, avec la sérénité d'un homme qui a longtemps vécu et beaucoup écouté, avec passion aussi, celle d'un homme heureux de "connaître les plaisirs minuscules qu'offre la marée basse pour éprouver quelques heures plus tard les plaisirs majuscules que procure la marée haute." Le voilà qui plonge dans les vagues et se laisse porter par les flots. "Je suis tout entier dans le présent. Je n'ai plus d'âge", confie-t-il.

Un livre très réconfortant.

Marée basse marée haute J.B. Pontalis (Gallimard - 144 pages - 13,90 euros).


Extrait
"Chaque été, je passe mes vacances au bord de la mer – c’est une nécessité pour moi – et chaque jour je consulte l’horaire des marées. Basse mer, pleine mer, marée basse, marée haute, marée montante, marée descendante, grande marée. Ces mots, à eux seuls, me donnent à rêver.
Quand la mer se retire, je vois des estivants, parents et enfants, s’avancer sur la plage qui s’allonge mètre après mètre jusqu’à rendre la mer au loin à peine perceptible, elle se confond avec le ciel. Ils vont à la recherche de coquillages.
Je me dis que ces coquillages, ces coques, ces palourdes, ces moules en grappes, ces bouts de bois rongés par le sel marin, ces morceaux de corde tombés d’un bateau de pêche, figurent ce qui est déposé dans ma mémoire : de petits restes – comme ils me sont précieux! – qui seront tout à l’heure recouverts par la marée haute mais qui réapparaîtront, ceux-là ou d’autres, quand la mer de nouveau se retirera.
Marée basse, marée haute, cette alternance est à l’image de ma vie, de toute vie peut-être.
J'attends que les vagues atteignent la plage pour aller à leur rencontre. Aussitôt je plonge dans l'eau, je nage, la mer m'enveloppe et me porte. Je ne suis qu'un corps vide de pensées, un corps souple, actif, un corps retrouvé. Je suis tout entier dans le présent. je n'ai plus d'âge."