Le Petit Larousse accueille Bernard Pivot et célèbre la Grande Guerre

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 29/05/2013 à 15H06, publié le 29/05/2013 à 09H34
Bernard Pivot à "Vivement Dimanche", sur France 2 (24 mai 2011)

Bernard Pivot à "Vivement Dimanche", sur France 2 (24 mai 2011)

© Benaroch / Sipa

Bernard Pivot pour les personnalités, "botoxé" et "speed dating" pour les mots et expressions, telles sont quelques unes des nouveautés du nouveau Petit Larousse qui sort le 6 juin. De plus, en vue du centenaire de la Première Guerre mondiale (1914-1918), dans son édition 2014, le Petit Larousse intègre des planches spéciales, dont l'une célébrera les mots de la "Grande Guerre".

Le tout nouveau Petit Larousse intègre toujours plus de recrues provenant des nouvelles technologies, comme "googliser" ou "googler", "hashtag", "post", "textoter", "télévision connectée", "cyberdéfense" ou "mème"... Un "mème" à ne surtout pas confondre avec "même" : il s'agit là d'un concept massivement repris, décliné et détourné sur internet de manière souvent parodique, qui se répand très vite, créant ainsi le buzz.

Le Larousse 2014 note pour "hashtag" la recommandation officielle de l'Académie qui lui préfère "mot-dièse" mais "l'usage ne l'a pas consacré jusqu'ici", a expliqué à l'AFP Carine Girac-Marinier, directrice du département Dictionnaires et Encyclopédies. "Le monde change, les mots aussi. Nous essayons d'éviter les anglicismes, mais quand nous constatons un grand nombre d'occurrences et qu'il n'y a pas d'équivalent en français, nous les acceptons."

Du côté des personnalités
Auprès de Bernard Pivot, 78 ans, académicien Goncourt, twitteur émérite et figure mythique de la télévision du temps d'"Apostrophes" et "Bouillon de Culture", plus de cinquante personnalités sont accueillies dans le Petit Larousse 2014. Parmi les autres heureux élus, le pape François, entré in extremis mi-mars, rejoint François Hollande aux côtés des écrivains Emmanuel Carrère, David Lodge et Henning Mankel, du Nobel de littérature 2012 Mo Yan, du chef d'orchestre Georges Prêtre, de l'actrice Nicole Garcia, du couturier Jean-Charles de Castelbajac, de l'historien Benjamin Stora ou de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook.

Fait aussi son entrée un trio de "La Boum" : Sophie Marceau, Claude Brasseur et Vladimir Cosma, compositeur de la musique du film sorti en 1980. L'article de Georges Moustaki, disparu le 23 mai, n'a pu être modifié. "Les places sont chères dans la section des noms propres, revue entièrement chaque année et constamment remaquettée", souligne Carine Girac-Marinier auprès de l'AFP. "Pour les nouveaux mots, expressions ou sens apparus dans la langue française pour désigner de nouvelles réalités, c'est l'usage avéré qui compte".

Les débats ont été vifs cette année parmi les rédacteurs pour accepter "climatosceptique" ou "cougar", mais sans provoquer de "flash-mob", de "marche blanche" ni... de "poilade", autres nouveaux venus.

L'adjectif "orwellien" (de l'écrivain George Orwell, auteur de 1984) a été adoubé, mais pas le néologisme "zlataner" (du footballeur vedtte du PSG, Zlatan Ibrahimovic), recalé aussi par Le Petit Robert. Ont été en revanche élus des mots de l'écologie, comme "méthanisation" ou "lombricompostage", de l'économie, tels "microfinance" ou "réindustrialiser", ou du cinéma: "voxographie" (liste de films mentionnant les personnages d'animation auxquels un acteur a prêté sa voix) et "préquelle" (ou "préquel"), film ou roman dont la réalisation est postérieure à une oeuvre de référence et qui évoque des faits antérieurs à cette oeuvre.

La francophonie n'est pas oubliée avec l'arrivée du "bouèbe" (marmot) helvétique qui peut être "chialeux" au Québec. Enfin, deux nouveaux sports admis aux JO d'hiver de 2014 à Sotchi (Russie), le "slopestyle" et le "telemark", déboulent dans le Petit Larousse  qui se doit de recenser tous les sports olympiques.

Ce dictionnaire, dont il se vend un volume par minute, compte 178.000 définitions de noms communs (dont plus de 150 nouveaux) et de noms propres, 4.500 compléments encyclopédiques et 5.500 illustrations, cartes et planches, dont huit nouvelles. "Un millésime du Petit Larousse , c'est cinquante semi-remorques et deux mois et demi de fabrication", relève Mme Girac-Marinier.

Les mots de la Grande Guerre
Sur une des planches spéciales du Petit Larousse 2014, on retrouvera les mots et expressions qui ont enrichi la langue française, et que l'on utilise aujourd'hui sans connaître leur histoire, de "bidasse" à "limoger"...Ces mots, rescapés de l'argot des tranchées, du comique troupier ou du vocabulaire militaire, sont aussi là pour nous rappeler que la "Grande Guerre", qui devait être la "der des der", a fait plus de 8 millions de morts :

- "Ypérite" ou "gaz moutarde" : arme chimique utilisée comme gaz asphyxiant pour la première fois par les Allemands à Ypres en Belgique en 1917.

- "Obusite" : nom donné aux traumatismes psychiques et physiques fréquents chez les soldats des tranchées et consécutifs à l'onde de choc des explosions ("shell-shock" en anglais).

- "Gueules cassées" : expression forgée par le général Picot, lui-même grièvement blessé au visage en 1917.

- "Marmite" : obus de gros calibre.

- "Grosse Bertha": pièces d'artillerie lourde employées par les Allemands en Belgique dès 1914. Surnom également donné aux canons lourds qui, à plus de 100 km, tirèrent sur Paris en 1918.

- Limoger : ce verbe synonyme de "renvoyer" est apparu quand le général Joffre releva en 1914 une centaine de généraux de leur commandement et les affecta à Limoges.

- "Singe" : argot des combattants pour désigner la viande en conserve, critiquée pour sa mauvaise qualité.

- "Café liégeois": le café viennois, évoquant l'ennemi, fut rebaptisé "liégeois" en hommage à la résistance de la ceinture des forts de Liège qui ralentit l'avancée des troupes allemandes.

- "Bidasse": soldat en argot, tiré d'une chanson de Charles-Joseph Pasquier, archétype du comique troupier alors à son apogée ("Avec l'ami Bidasse/On n'se quitte jamais/Attendu qu'on est/Tous deux natifs d'Arras/chef-lieu du Pas-d'Calais...").

- "Poilu" : avant de désigner les combattants de 14-18, ce terme signifiait familièrement homme vigoureux. Il était déjà appliqué à un soldat particulièrement brave lors des guerres napoléoniennes.

- "Fleur au fusil": expression désignant l'enthousiasme avec lequel les hommes en âge de se battre accueillirent la Grande Guerre (ils déchantèrent assez vite).

- "La ligne bleue des Vosges": expression associée à la reconquête de l'Alsace-Lorraine, empruntée au testament de Jules Ferry, demandant à être enterré à Saint-Dié, sa ville natale, "en face de cette ligne bleue des Vosges".

- "La der des der" : expression née dans l'après-guerre pour désigner la guerre de 14-18 dont on espérait qu'elle serait la dernière...