Décès du sociologue Michel Crozier

Par @Culturebox
Publié le 25/05/2013 à 12H30
Le sociologue Michel Crozier en 1992

Le sociologue Michel Crozier en 1992

© Andersen / SIPA

Le sociologue Michel Crozier, père de la sociologie des organisations en France dans les années 1960, est mort vendredi à l'âge de 90 ans, a annoncé la revue Sciences Humaines sur son site internet.

Considéré comme un "réformateur", il regrettait l'influence gagnée par Pierre Bourdieu et d'autres sociologues "contestataires" auprès du grand public et des médias.
 
Né en 1922 dans la Marne, diplômé de HEC et en droit, Michel Crozier a commencé par étudier le fonctionnement de la bureaucratie et les rouages des organisations (syndicats, administrations, entreprises privées, etc.) auxquels il a consacré de nombreux livres.
 
Un spécialiste du "phénomène bureaucratique"
En 1964, deux ans après avoir fondé au CNRS le Centre de sociologie des organisations (CSO, qui existe toujours), il publie "Le Phénomène bureaucratique", qui décrypte les relations de pouvoir et autres mécanismes à l'oeuvre au sein de deux organisations publiques, l'Agence parisienne des chèques postaux et la Seita.
 
En 1971 paraît "La Société bloquée", où Michel Crozier  explore les origines de la crise de Mai 68 (il était enseignant à l'université de Nanterre à  l'époque), liée selon lui aux rigidités non pas tant de la société française mais de l'Etat et de son système bureaucratique. Une analyse qu'il poursuit dans "On ne change pas la société par décret",  paru en 1979.
 
Son livre le plus célèbre à l’étranger reste "L'Acteur et le Système" (1977), écrit avec Erhard Friedberg. Michel Crozier  y donne un  fondement théorique à ses premières analyses des rapports entre les organisations et les individus qui les composent, et les stratégies de  décisions qui en découlent. Classique de la littérature sociologique, c'est l'ouvrage fondateur de  l'école de "l'analyse stratégique" auquel le nom de Michel Crozier reste attaché.
 
Un critique des lourdeurs de l'Etat français
Le sociologue poursuivra sa critique du conservatisme et de l'immobilisme de l'administration française dans "État moderne, État modeste" (1986) puis dans "La Crise de l'intelligence" (1995), où il dénonce le rôle de la  technocratie et des élites.
 
Dans les années 2000, Michel  Crozier s'était consacré à l'écriture de ses mémoires ("Ma belle époque" paru en 2002 et "A contre-courant" paru en 2004) où il évoquait sa trajectoire intellectuelle et professionnelle, jusqu'à son entrée à l'Académie des sciences morales et politiques en 1999.
 
Michel Crozier  avait également enseigné aux Etats-Unis, où il avait fait ses premiers pas dans la sociologie (discipline qui n'existait pas en tant que telle en France à l'époque) en étudiant les syndicats américains.