Domenech se met enfin à table

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 19/11/2012 à 15H18
Raymond Domenech, février 2011.

Raymond Domenech, février 2011.

© Franck Fife / AFP

Dans "Tout seul", ouvrage de souvenirs qui sort mercredi chez Flammarion, Raymond Domenech se livre enfin. Dans ce livre basé sur le journal qu'il a tenu pendant six ans lorsqu'il était sélectionneur de l'équipe de France, il revient sur l'insulte d'Anelka, bien sûr, mais aussi sur ses joies, ses déprimes, ses erreurs, les joueurs qu'il a aimés et ceux qu'il aurait "accrochés au plafond".

Qu'a vraiment dit Anelka ?
L'insulte d'Anelka à la mi-temps de France-Mexique au Mondial-2010 est bien sûr un des passages les plus attendus. La version de Domenech  est un peu différente de celles parues jusqu'ici (L'Equipe avait titré: "Va te faire enculer, sale fils de pute!").

Domenech  se souvient avoir dit: "J'avais demandé de la profondeur et toi Nico, sur le premier ballon, tu restes là sans bouger". Anelka proteste. Domenech  rapporte: "Patrice Evra a alors essayé d'éteindre le feu qui couvait". Mais "Anelka ne s'est pas calmé et a lancé: +Enculé, t'as qu'à la faire tout seul ton équipe de merde ! J'arrête moi...+". "Je n'ai pas tout entendu. La fin de la phrase m'a échappé dans le brouhaha", précise l'ancien coach, 60 ans, devenu consultant télé et radio.

Quels joueurs a-t-il aimés ou honnis ?
Thuram et Makelele ont les faveurs de Domenech. Thuram, "je l'ai remercié pour sa droiture  et assuré de mon admiration et de mon respect" (à la veille de France-Italie, Euro 2008). Makelele ? "C'est un homme et un joueur comme tous les coaches en rêvent".

Et Zidane ? "L'autorité du leader s'avérait incontestable"; écrit Domenech. "Personne n'a pu prendre la place de Zidane, patron aussi évident avec l'équipe que joueur exceptionnel sur le terrain".

En revanche, il égratine Ribéry dans plusieurs extraits du journal comme "lui continuait à pourrir le groupe par ses attitudes de diva susceptible" ou "tout Ribéry qu'il était, je l'aurais volontiers accroché au plafond".

Idem pour Nasri, qui "symbolise cette dérive des joueurs ne pensant qu'à leur gueule. Au sein d'un groupe, il vient toujours appuyer là où ça fait mal et révèle la faille au lieu de la colmater (...) et dans sa position de meneur de jeu, il fait seulement illusion." 

Son sentiment est plus nuancé vis-à-vis de Benzema, qui a selon lui "la morgue d'un grand joueur sans en être encore un" et un ego en passe d'"ébranler le collectif", qu'il convenait "d'éteindre". "Heureusement pour lui, Benzema, talent exceptionnel, a su se remettre en cause", ajoute-t-il.

Quant à Gourcuff, il avait envie "de lui mettre des gifles avec son air de garçon candide (...), un meneur c'est un guerrier, pas un suiveur". Domenech  confirme aussi le rejet de Gourcuff par Ribéry pendant le Mondial-2010, mais dénonce un manque de caractère du jeune Breton: "Il a subi et je me suis dit qu'il restait dans son monde des bisounours".

Raymond Domenech "Tout Seul, souvenirs"

Raymond Domenech "Tout Seul, souvenirs"

© Flammarion

Domenenech reconnaît-il ses erreurs ?
L'absence de mea culpa après la déroute de l'Euro-2008 et le fiasco du Mondial-2010 ont souvent été reprochés à Domenech . Cette fois, il reconnaît ses erreurs et va même plus loin en confessant une "usure" ou encore une "perte d'énergie" après l'Euro-2008.

Il admet qu'il n'aurait pas dû prendre Vieira blessé à l'Euro-2008 ("absence de décision" sur Vieira "comme preuve de faiblesse"), qu'il n'a pas osé priver Henry, qu'il apprécie mais alors hors de forme, du Mondial-2010 ("cette proximité m'a empêché de prendre la bonne décision"). Un extrait de son journal du 28 octobre 2008 lève un coin du voile sur le ras-le-bol qui s'empare de lui parfois: "Juste envie de me balader sur la plage en Bretagne. Tout le reste me fatigue. J'ai très mal au dos. Ou alors c'est un peu plus bas. J'en ai plein le c..."

Ses relations avec le président de la FFF Jean-Pierre Escalettes
"(A Auxerre avant le match contre la Géorgie en juin 2007) Le président Escalettes avait surgi comme un fou dans le vestiaire qu'il avait traversé en trombe pour se précipiter vers moi. Il m'avait lancé +Vous avez vu la nouvelle ? Laurent Blanc vient de signer à Bordeaux, comme ça, on ne pourra plus me dire que..."

Il s'était soudain arrêté, confus, venant de saisir la portée de ses paroles et surtout de celles qu'il s'apprêtait à prononcer devant nous: "Comme ça, on ne pourra plus me dire qu'il n'a jamais été entraîneur et qu'il n'a pas assez d'expérience pour devenir le sélectionneur".

Sur le moment, je n'avais vu que le comique de la situation (...), quelques mois plus tard, je comprendrais que le président me soutenait comme une corde le pendu."

Pourquoi s'est-il accroché à son poste après l'Euro-2008 ?
A cause de la finale perdue du Mondial-2006: "Je me suis répété que la prochaine fois, on gagnerait cette finale, que je serais du bon côté. C'était pour vivre à nouveau ce rêve que je me suis accroché". Et de raconter une joie intense: "Quand nous avons battu l'Espagne (au Mondial-2006), je n'avais jamais ressenti une joie aussi sauvage, une telle envie de hurler. J'aime les photos de cette soirée là, on y voit les joueurs m'associer à leur bonheur".