Crise en Espagne : la culture sinistrée

Par @Culturebox
Publié le 15/05/2013 à 11H52
Le théâtre royal de Madrid

Le théâtre royal de Madrid

© Guillen-Pool / Sipa

Ventes de livres en chute libre, théâtres et salles de cinéma désertés, la culture est une des grandes victimes de la crise espagnole. De nombreux libraires et propriétaires de salles de spectacle jettent l’éponge

La librairie Catalonia, véritable institution culturelle Barcelonaise, installée sur la Plaza de Catalunya, a fermé ses portes il y a quelques mois. Elle a été terrassée par une chute vertigineuse de ses revenus, alors qu’elle avait survécu à la Guerre civile et à un incendie.
 
"Cela a été très dur, mais nous avons dû le faire", confie son patron. Alors que les ventes ont plongé de 40% depuis le début de la crise économique en 2008, Miquel Colomé, qui avait racheté la librairie en 2000, n'a eu d'autre choix que de liquider et mettre la clé sous la porte, laissant place à une franchise de restauration rapide. "C'est une grande perte pour la ville", regrette-t-il.
 
De nombreux cinémas, librairies et salles de concerts disparaissent
Comme Catalonia, les librairies, cinémas et salles de concert sont nombreux à disparaître dans les villes d'Espagne, victimes de la crise à laquelle s'ajoute une lourde pression fiscale ainsi que le piratage, traditionnellement développé dans le pays et aujourd'hui dopé par la chute des  revenus. Selon l'Observatoire du Piratage, le manque à gagner induit par les téléchargements illégaux a atteint 15,2 milliards d'euros en 2012, soit 41% de plus que l'année précédente.
 
En Espagne, "l'idée s'est imposée que la culture devait être gratuite. Mais à aucun métier on ne demande la gratuité que l'on réclame à la culture", s'indigne Juan Manuel Cruz, le président de la Cegal, la confédération des libraires espagnols.
 
La hausse de la TVA s'ajoute à la baisse des revenus
Selon la profession, les ventes de livres ont chuté de 22% entre 2002 et  2011, 30% des emplois ont été détruits depuis 2008 et une trentaine des 900 commerces affiliés à la confédération ont fermé au dernier trimestre.
 
Le bilan est tout aussi amer dans le secteur du cinéma, qui souffre d'une  réduction de 55% des aides publiques depuis 2010 et de la hausse de la TVA, de 8% à 21% depuis le 1er septembre, décidée par le gouvernement de droite.
 
"Les propriétaires de salles n'en peuvent plus et jettent l'éponge", explique Juan Ramon Gomez Fabra, le président de la Fédération espagnole des cinémas (FECE), ajoutant que le nombre de spectateurs a chuté de 40% depuis 2004 tandis que depuis 2012, 114 salles ont fermé.
 
Le revenu des cinémas en baisse de 43% sur un an
Le mois d'avril a affiché les pires revenus de la décennie écoulée, avec une chute de 43% sur un an.
 
Le relèvement du taux de TVA porte aussi préjudice aux spectacles de théâtre, de danse  et aux concerts qui, selon l'Association des producteurs musicaux, ont perdu 25 millions d'euros entre septembre et mars. "Cela va très mal pour les salles de spectacle. La fréquentation baisse et  la consommation de boisson dans les bars attenants plonge aussi", affirme Armando Ruah, coordinateur de l'Association des salles de musique, qui rassemble 175 lieux de spectacle.
 
Comme parade à la crise, le monde culturel réclame une plus grande protection gouvernementale et un allègement de la pression fiscale pour un secteur qui représente environ 4% du produit intérieur but et génère un demi-million d'emplois.
 
La gratuité de la culture contestée par les professionnels du secteur
Malgré le contexte très sombre, les représentants du secteur cherchent aussi à vaincre la baisse de la consommation en attirant à nouveau un public avide de culture et en luttant contre le piratage.
 
"A 60 ans, je peux dire qu'aujourd'hui les gens voient trois fois plus de films, vont davantage au concert, écoutent plus de musique et lisent beaucoup plus qu'avant. Il reste à transformer cela en revenus. La culture ne peut être gratuite mais nous devons encore trouver des formules", remarque Miquel Colomé.