Chili : le corps de Pablo Neruda exhumé

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/04/2013 à 13H47, publié le 08/04/2013 à 10H03
Les experts du service médico-légal chilien déterrent les restes du poète chilien Pablo Neruda pour élucider les circonstances de sa mort (7 avril 2013)

Les experts du service médico-légal chilien déterrent les restes du poète chilien Pablo Neruda pour élucider les circonstances de sa mort (7 avril 2013)

© Services judiciaires chiliens / AFP

Les opérations d’exhumation de la dépouille de Pablo Neruda ont débuté dimanche à Isla Negra, sur la côte centrale du Chili. La justice a décidé d’ouvrir une enquête pour élucider les circonstances de la mort du poète chilien, décédé en septembre 1973, quelques jours après le coup d’Etat d’Augusto Pinochet. Officiellement, il a succombé à un cancer. Mais des témoignages évoquent un assassinat

Pour travailler à l'abri des regards, les experts du service médico-légal ainsi et des policiers ont installé une tente autour de la crypte où Neruda est enterré aux côtés de sa troisième et dernière épouse, Matilde Urrutia, dans le jardin de la maison qu'il possédait à Isla Negra, face au Pacifique.
 
Des prélèvements doivent être faits sur la dépouille du poète dès lundi, sous la supervision du juge Mario Carroz, qui instruit l’affaire.
 
Selon la version officielle, Pablo Neruda est mort d’une aggravation d’un cancer de la prostate le 23 septembre 1973, 12 jours après le coup d’Etat contre le président socialiste Salvador Allende, grand ami du poète communiste.
 
Un assassinat commandité par la dictature ?
Mais de récents témoignages ont remis en cause cette thèse, évoquant un assassinat commandité par la dictature, pour éviter que Neruda ne devienne, de l'exil où il s'apprêtait à partir, un opposant de prestige. La thèse du meurtre évoquée par certains de ses proches dès le début, et  appuyée par d'autres témoignages et des rapports médicaux, a été finalement  entendue par la justice chilienne qui a ordonné l'exhumation des restes du  poète.
Manuel Araya, l'assistant et chauffeur de Pablo Neruda, à Isla negra le 7 avril 2013

Manuel Araya, l'assistant et chauffeur de Pablo Neruda, à Isla negra le 7 avril 2013

© Luis Hidalgo / AP Photo / Sipa
 
Pour Manuel Araya, à l’époque assistant et chauffeur de l’écrivain, Pablo Neruda a été assassiné. Il évoque une mystérieuse injection qu’il aurait reçue alors qu’il était hospitalisé à Santiago.
 
Neruda devait quitter le pays pour Mexico
Lauréat du Nobel de littérature deux ans auparavant, Pablo Neruda se sentait menacé depuis le coup d'Etat et voulait quitter le pays. L'ambassadeur du Mexique, Gonzalo Martinez, lui avait fourni un sauf-conduit et un avion qui se tenait prêt à décoller pour Mexico le 24 septembre.
 
Selon le certificat de décès, Neruda est mort de "cachexie cancéreuse", un état de malnutrition extrême et de grande faiblesse. Pourtant, les personnes qui ont vu Pablo Neruda les jours précédant sa mort s'accordent à dire qu'il ne semblait nullement en danger.
 
"Lorsque je l'ai connu c'était déjà un homme malade, mais il n'était pas squelettique ni catatonique. Autrement je n'aurais pas envisagé de le mettre dans un avion pendant neuf heures", rappelait l'ancien ambassadeur mexicain Gonzalo Martinez à l'AFP en juin 2011.
 
Selon des témoins le poète n'était pas à l'article de la mort
L'exhumation pourrait donner les clés du mystère de la mort du poète. "Elle pourra déterminer si, avec l'aide des nouvelles technologies et malgré le temps passé et la proximité de la mer, nous pouvons trouver des traces de substances nocives, de toxines, de bactéries" prouvant l'intervention d'un tiers, a indiqué Eduardo Contreras, avocat du PCC.
 
"Il n'étais pas dans "un état de cachexie", assure-t-il. "Nous  avons la conviction, la certitude la plus absolue que Neruda n'est pas mort de mort naturelle", affirme l’avocat.
 
La justice chilienne a ouvert récemment d’autres enquêtes similaires. Elle a exhumé en mai dernier la dépouille de Salvador Allend, pour déterminer s'il s'était suicidé ou s’il avait été assassiné au cours du coup d'Etat du 11 septembre 1973. Une expertise médicale a conclu au suicide.
 
Une autre enquête vise à éclaircir les circonstances de la mort d'un autre opposant, l'ancien président (1964-70) Eduardo Frei Montalva, qui s'est éteint en 1982 après une opération bénigne dans la même clinique où est décédé Pablo Neruda et où il avait été confié au même médecin.