« Claude Chabrol » de Michel Pascal : le cinéaste décrypté

Par Jacky Bornet @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 24/10/2012 à 15H39
"Claude Chabrol" de Michel Pascal

"Claude Chabrol" de Michel Pascal

© Editions de la Martinière

Disparu en septembre 2010, Claude Chabrol a laissé derrière lui une œuvre foisonnante de quelque 104 films, épisodes de séries, ou téléfilms tournés, mais aussi comme acteur, en 54 ans de carrière. Michel Pascal, Journaliste et documentariste spécialisé dans le cinéma, consacre enfin un bel ouvrage richement illustré à ce pilier du cinéma français, à la filmographie autant cohérente qu’hétérogène. Le mystère Chabrol décrypté.

Trois époques
Même en se limitant à sa seule filmographie pour le cinéma, l’auteur du « Beau Serge », du « Boucher » ou de « La Cérémonie », est à la tête de 54 longs métrages ! Pas facile pour Michel Pascal de sélectionner les 31 films sur lesquelles il s’attarde, comme autant de chapitres, qui alimentent trois grandes parties : « L’Homme en noir (1958-1964), « L’Homme en bleu » (1967-1976), et « L’Homme en rouge » (1977-2009).

Le Beau Serge : bande-annonce

A ces trois époques correspondent trois femmes, trois actrices, qui sont en quelques sortes ses muses : Bernadette Lafont, Stéphane Audran - qui fut également son épouse entre 1963 et 1982 – et Isabelle Huppert. Claude Chabrol et les femmes ! Elles sont son sujet de prédilection. Ne disait-il pas dans une interview quand on l’interrogeait sur toutes ces « affaires de femmes » qui traversent ses films : « dès qu’une histoire concerne une femme, c’est intéressant ». Bel hommage que lui renvoient ces bonnes fées dans les entretiens que recèle l’ouvrage illustrés de magnifiques portraits. Stéphane Audran y est notamment plus belle que jamais ! D’autres témoignages comme ceux de François Cluzet, Gérard Depardieu, Michel Bouquet, ou son sulfureux complice de la première heure, Paul Gégauff.

Stéphane Audran et Jean Yanne dans "Le Boucher" : extrait

La cohérence d'une oeuvre plurielle
Chaque film, du « Beau Serge » à « Bellamy », est traité dans son ordre chronologique de réalisation et articulé l’un à l’autre dans le souci de mettre en exergue la construction d’une œuvre. Excellente idée, celle d’inclure un cahier critique de l’époque à l’issue de chaque analyse. Cinéphile, critique de cinéma avant de passer à la réalisation, Claude Chabrol écrit, met en scène, filme en se référant à ses pairs. Passionné d’histoire et de littérature, fasciné par les faits divers, dont plus un des ses films s’inspire (« Landru », « Violette Nozière »…), il a affiché ses goûts cinématographiques pour l’expressionnisme allemand des années 20 et surtout Fritz Lang, qui traversent une bonne partie de sa filmographie.

"La Cérémonie" : la bande-annonce :

Issu de la petite bourgeoisie de province, comme le rappelle la première partie biographique de cette monographie, Chabrol est fort justement reconnu comme peintre de ce milieu qu’il a su si bien transcrire. Mais cela serait quelque peu réducteur que de l’enfermer dans ce seul registre. Son cinéma est aussi bourré d’humour, parfois des plus noirs, très anglais ou caustique. Ses histoires sont souvent traversées d’une inquiétante étrangeté qui frise le fantastique, non dans leur sujet, mais le sentiment, l’impression qu’elles distillent. Le qualificatif de film noir est sans doute plus approprié.

James Gray, cinéaste américain qui a su renouveler ce genre avec un immense talent ("Little Odessa", "The Yard"...) préface l'ouvrage car il était devenu un proche de Chabrol et qu'il se vouaient une mutuelle admiration. Aimé du public, attendu à chaque film par la critique, il émane de Claude Chabrol une personnalité attachante, drôle et érudite, qui transpire la générosité, à l’image de ce splendide album, passionnant.

ClaudeChabrol
Michel Pascal
290 pages, broché, nombreuses illustrations N&B et couleur
Editions La Martinière
39,90 euros