"Une affaire d'états" : la mort du juge Borrel à Djibouti racontée en bande dessinée

Publié le 19/01/2018 à 14H52
La mort du juge Borrel dessinée par Thierry Martin dans "Une affaire d'Etats".

La mort du juge Borrel dessinée par Thierry Martin dans "Une affaire d'Etats".

© France3/Culturebox

Le dossier d'instruction est ouvert depuis 22 ans, mais les raisons de la mort du juge Bernard Borrel à Djibouti ne sont toujours pas élucidées. "Une affaire d'Etats", de David Servenay et Thierry Martin, un ouvrage dessiné publié chez "Noctambule", remet en perspective une enquête entravée par deux appareils d'Etat.

1995, Bernard Borrel est nommé depuis peu à Djibouti au titre de la coopération judiciaire entre la France et son ancienne colonie, indépendante depuis 1977. Le magistrat, jusqu'alors Procureur de la République de Lisieux, doit s'atteler à l'élaboration du code pénal djiboutien. La découverte de son corps a demi calciné,, le 19 octobre 1995, dans une zone désertique à 80 kilométres de Djibouti, ouvre une affaire qui n'a toujours pas débouché sur la moindre vérité judiciaire.

Le combat d'une veuve

Pendant vingt ans, la justice française, sur la foi de rapports des services extérieurs, soutient la thése du suicide du magistrat, en dépit d'éléments matériels peu probants et contradictoires. Elisabeth Borrel, la veuve du juge, elle-même magistrate, n'accepte pas que l'affaire soit étouffée par les autorités djiboutiennes et françaises. Son acharnement à rendre justice à son époux conduira finalement la justice à envisager la thése de l'assassinat du juge. Elisabeth Borrel est l'héroïne de fait du livre-enquête dessiné "Une affaire d'états" de David Servenay et Thierry Martin (éditions Noctambule). 

Pourquoi, pour la troisième fois dans l'histoire de la Vème République , on a assassiné un magistrat et en l'occurence à l'étranger, à Djibouti.
En soit, celà mérite des questions et d'avoir des réponses, d'autant plus quand on voit que toute une partie de l'appareil d'Etat a été dévoyée pour faire en sorte que les magistrats ne puissent pas faire leur travail et les orienter vers de fausses pistes.

David Servenay
Journaliste, co-auteur de "Une affaire d'Etats"

https://videos.francetv.fr/video/NI_1165973@Culture

Une enquête à risques

David Servenay, le scénariste, est un ancien journaliste de Radio France Internationale. Il enquête depuis quinze ans sur l'affaire et sa pugnacité lui aurait, affirme t'il, coûté son poste au sein la radio publique. Son récit de l'affaire, chapitré et documenté, s'attache à sortir de l'ombre les collusions entre appareils d'Etat djiboutien et français qui brouillérent les pistes compromettantes pour l'actuel Président djiboutien, Ismaîl Omar Guelleh. Bernard Borrel aurait-il eu connaissance d'éléments l'impliquant dans un attentat contre des résidents français à Djibouti ?  Au fil de l'enquête, resurgit le spectre de la Françafrique et de sa diplomatie obscure qui mêle intérêts privés des dirigeants et impératifs stratégiques.

Un graphisme clinique

Thierry Martin, le dessinateur, a mis en dessin cette histoire vraie, emplie de méandres et de dissimulations. Mettre des images sur un dossier qui enfouit la vérité, restituer graphiquement les détails d'une autopsie qui étaye la thése de l'assassinat, le défi est relevé avec sobriété et une rigueur de légiste..

Je termine par deux pages muettes qui nous ramènent en fait au crime du départ et je les place à la fin pour ne pas oublier que l'on parle d'une histoire où un juge a été assassiné et pour que, au moment où l'on referme le bouquin, on ait bien en tête cette trace.

Thierry Martin
Dessinateur, co-auteur de "Une affaire d'Etats"
Bernard Borrel n'avait pas quarante ans à sa mort. Ironie du destin, le juge était sorti major de sa promotion de l'Ecole Nationale de la Magistrature, une promotion qui portait le nom d'un autre juge assassiné, le juge Michel.