Conflit entre Uderzo et sa fille : nouvel épisode judiciaire

Par @Culturebox
Publié le 11/10/2013 à 13H17
Albert Uderzo avec Astérix (10 octobre 2013)

Albert Uderzo avec Astérix (10 octobre 2013)

© Joël Saget / AFP

A quelques jours de la sortie d’un nouvel album, Astérix est de nouveau au cœur d’une tourmente judiciaire opposant son cocréateur Albert Udezo à sa fille. En jeu, un empire financier de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Une enquête préliminaire a été ouverte début octobre par le parquet de Nanterre à la suite d'une plainte déposée en septembre par Sylvie Uderzo, principale héritière de la fortune de son père. Elle accuse l'expert-comptable du dessinateur, Armand Turquet, de "faux témoignage".
 
La plainte pour abus de faiblesse bientôt classée ?
Ce nouvel épisode judiciaire intervient au terme d'un conflit familial qui a éclaté en 2007. Sylvie Uderzo et son époux Bernard de Choisy sont remerciés par les éditions Albert René, en charge des albums d'Astérix conçus après le décès de René Goscinny. La société est l'année suivante cédée à Hachette Livre, mais Sylvie Uderzo refuse de vendre ses parts. Elle s'oppose à la transaction et  ne comprend pas que son père autorise l'éditeur du groupe Lagardère à  poursuivre les aventures du Gaulois après sa mort.
 
En 2011, Sylvie Uderzo, qui a finalement vendu ses parts à Hachette, dépose plainte contre X pour "abus de faiblesse". Elle assure que certains membres de  l'entourage d'Albert, âgé aujourd'hui de 86 ans, profitent de son état de santé pour abuser de ses largesses et influer sur la gestion de son oeuvre et de sa fortune.
 
Et, selon elle, Armand Turquet, entendu en mars 2012 comme témoin dans ce dossier, aurait menti pour empêcher la procédure d'aboutir.
 
Le syndrome Bettencourt
Sylvie Uderzo et son mari, Bernard Boyer de Choisy, "ont toujours essayé de surfer sur la vague Bettencourt", estime une source proche du dossier. Un hôtel particulier à Neuilly appartenant au dessinateur, une "marque" connue du monde entier, des millions d'euros en jeu : l'affaire semble compter au premier abord de nombreuses similitudes avec celle de l'héritière de L'Oréal.
 
Mais alors que celle-ci a été placée sous tutelle par la justice, l'instruction ouverte à Nanterre dans le dossier Uderzo s'achemine vers un non-lieu qui devrait être rendu dans les prochaines semaines.
 
Les conclusions des policiers de la brigade financière, qui ont entendu à cinq reprises le dessinateur, sont sans appel. "Aucun élément n'a révélé des faits d'abus de faiblesse" dont auraient été ou seraient encore victimes Albert et son épouse Ada Uderzo, selon le rapport des enquêteurs dont l'AFP a obtenu copie. Ils mettent en avant "l'énergie étonnante", "la grande vivacité  intellectuelle" et "la mémoire intacte" du dessinateur.
 
Uderzo dément être en état de faiblesse
"Je n'ai aucune inquiétude quant à l'issue de cette procédure car elle ne repose sur aucun fondement. Il est établi que M. Uderzo dispose de toute sa lucidité", renchérit son conseil, Me Pierre Cornut-Gentille.
 
Le père d'Astérix  a toujours démenti être en état de faiblesse. "C'est une sorte de harcèlement. C'est douloureux (...) J'étais loin en tout cas de  m'attendre à une chose pareille", confie-t-il à l'AFP.
 
Au final, avec cette nouvelle plainte pour faux témoignage, Sylvie Uderzo essaierait juste de gagner du temps, selon ses détracteurs. Une accusation que récuse son conseil, Me Nicolas Huc-Morel. "L'instruction  a mis en évidence plusieurs atteintes au patrimoine des époux Uderzo, mais n'a pas été jusqu'au bout. Certaines pistes méritent encore d'être approfondies",  juge-t-il. Il cite notamment un contrat d'assurance vie dont bénéficie une proche du  dessinateur et la cession en 2008 par Uderzo d'une Ferrari à son notaire pour 30.000 euros. La voiture avait été achetée 140.000 euros six ans plus tôt.
 
Autre élément troublant selon l'avocat, le notaire a été mis en examen dans un autre dossier en juin pour faux en écriture, escroquerie et abus de  confiance avec interdiction temporaire d'exercer. La saga judicaire pourrait donc encore rebondir, selon lui. L'enjeu est de taille car Astérix est assis sur un tas d'or. Le célèbre Gaulois est la BD la plus vendue (352 millions d'albums) et la plus traduite (111 langues et  dialectes) au monde. Le prochain album, le premier sans Uderzo, sort le 24 octobre dans 15 pays.