Menaces de mort visant Charlie Hebdo après sa une sur Tariq Ramadan : le parquet de Paris ouvre une enquête

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/11/2017 à 09H37, publié le 06/11/2017 à 11H00
Une de Charlie Hebdo

Une de Charlie Hebdo

© Charlie Hebdo

Le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête après les menaces de mort diffusées sur les réseaux sociaux visant Charlie Hebdo à cause d'un dessin représentant l'islamologue Tariq Ramadan, visé par deux plaintes pour viol, a-t-on appris de source judiciaire.

L'enquête, confiée à la BRDP (brigade de répression de la délinquance contre la personne) de la police judiciaire, a été ouverte pour "menaces de mort matérialisées par un écrit" et "apologie publique d'un acte de terrorisme".

"Tariq Ramadan se présente lui-même comme 'un islamologue'"

L'hebdomadaire satirique, dont une partie de la rédaction a été abattue lors des attentats jihadistes de janvier 2015, avait déposé plainte lundi après-midi. Dans sa dernière édition, parue mercredi, l'hebdomadaire satirique représente le théologien le pantalon déformé par un énorme sexe en érection, et proclamant: "je suis le 6e pilier de l'islam". "VIOL La défense de Tariq Ramadan", peut-on lire au-dessus du dessin signé Juin.

L'islamologue et théologien suisse Tariq Ramadan, 55 ans, est visé par deux plaintes pour viol en France, qu'il conteste. Il a par ailleurs démenti lundi des accusations d'abus sexuels sur des mineures, publiées par un média suisse, et annoncé qu'il allait porter plainte pour diffamation.

Interrogé sur l'angle choisi pour ce dessin, Riss a fait valoir, sur Europe 1, que Tariq Ramadan se présentait lui-même comme "un islamologue, comme un sachant", c'est pourquoi le dessin fait référence au "6e pilier de l'islam (....), le jihad".

Les cinq piliers de l'islam constituent le fondement du mode de vie islamique : la profession de foi, la prière, la zakat (l'aumône), le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque une fois dans la vie pour ceux qui en ont les moyens. Le jihad est considéré comme le sixième pilier de l'islam par une minorité au sein du sunnisme bien qu'il n'en ait pas le statut officiel.

Riss : "Les messages de haine n'ont jamais vraiment cessé mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir"

Sur les messages de haine et les menaces adressées à Charlie Hebdo, Riss a déclaré qu'ils n'ont "jamais vraiment cessé". "Mais c'est vrai que parfois, il y a des pics où on reçoit sur les réseaux sociaux des menaces de mort explicites : c'est le cas une fois de plus", a-t-il ajouté. "C'est toujours difficile de savoir si ce sont des menaces sérieuses ou pas, mais par principe, on les prend au sérieux et on dépose plainte", a-t-il dit.

"On n'accepte pas d'être traité de cette manière-là. Il y a une ligne rouge à ne pas franchir", a poursuivi Riss. "Menacer de mort quelqu'un, ce n'est ni autorisé dans la rue, ni dans un journal, ni nulle part, c'est poursuivable", a-t-il ajouté, déplorant ces "bouffées de haine".

"Au-delà du sérieux de ces menaces de mort, c'est une question de climat", a souligné le dessinateur. Il juge "étonnant qu'après tout ce qui s'est passé depuis 2, 3, 4 ans, il y ait encore des réactions aussi violentes, des appels au meurtre". "Ce n'est pas simplement de la contestation ou de la discussion, ce n'est même pas de l'injure, c'est au-delà de ça: c'est que maintenant, ça s'est banalisé d'appeler au meurtre", déclare-t-il. C'est "assez inquiétant" et "révèle un climat assez lourd", estime-t-il.

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi avaient abattu huit collaborateurs de l'hebdomadaire dont cinq dessinateurs, un invité du journal, un agent d'entretien et deux policiers.