Auberge du Lion d'Or : les Ardennes abritent l'unique musée Verlaine

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/09/2012 à 15H32
Paul Verlaine

Paul Verlaine

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Pendant deux ans, Paul Verlaine vécut dans une maison du village de Juniville, dans les Ardennes. Là, quelques mètres à peine le séparaient de l'auberge du Lion d'Or, où il s'installait pour écrire et prendre ses repas. Les propriétaires actuels du lieu ont décidé de créer ce musée, point de rendez-vous de tous les adeptes du poète français.

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Paul Verlaine, né en 1844, eût ce qu'on appelle une vie des plus agitées. Sa cousine, dont il était amoureux, après s'être mariée avec un riche entrepreneur (ce qui lui permettra de l'aider à publier ses Poèmes saturniens), meurt en couches. Il sombre alors dans l'alcoolisme, tente plusieurs fois de tuer sa mère, mais connaît une période d'apaisement lors de son mariage avec Mathilde Mauté, qui lui donne un fils.

Il rencontre en 1871 Arthur Rimbaud, avec qui il entretient un relation amoureuse extrêmement tumultueuse, et qui après moult séparations et retrouvailles se soldera par une violente dispute : Verlaine, armé d'un revolver, tire sur Rimbaud, qui ne sera que légèrement touché au poignet. Il passe un an en prison, et en sortant tente de se réconcilier avec Mathilde, mais celle-ci demande leur séparation, qui sera prononcé en avril 1874.

Il connaît ensuite une autre relation avec un de ses élèves du collège Notre-Dame de Rethel, Lucien Létinois, et c'est à cette période (1880) qu'il s'installe à Juniville, pour deux ans qui brillent comme une légère trève au milieu des épisodes obscurs de son existence.

Mais en 1882 Lucien meurt de la fièvre typhoïde, et c'est à Paris que l'ultime déchéance attend Verlaine, ou après la parution de quelques textes il sombrera définitivement dans l'alcool, la misère et la violence, jusqu'à sa mort le 8 janvier 1896 à l'âge de 51 ans.

Cette vie, faite de hauts et de bas, est à l'image de Verlaine et de sa réputation de poète maudit (terme qu'il a lui même inventé). C'est à un de ces rares "hauts", une de ces périodes de calme relatif et de productivité que l'Auberge du Lion d'Or a voulu rendre hommage en ouvrant ses portes aux amoureux de cet immense auteur de la poésie française.

Ces contrastes saisissants, entre la vie mouvementée de l'homme et sa grandeur littéraire, il semble nous l'expliquer dans le dernier quatrain de son poème saturnien Çavitrî :

"Que nous cerne l’Oubli, noir et morne assassin,
Ou que l’Envie aux traits amers nous ait pour cibles.
Ainsi que Çavitri faisons-nous impassibles,
Mais, comme elle, dans l’âme ayons un haut dessein."