90% des manuscrits de Tombouctou seraient préservés

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/02/2013 à 20H05, publié le 30/01/2013 à 09H16
Les cendres de manuscrits anciens, brûlés par les islamistes qui contrôlaient Tombouctou avant la reprise de la ville

Les cendres de manuscrits anciens, brûlés par les islamistes qui contrôlaient Tombouctou avant la reprise de la ville

© Eric Feferberg / AFP

Une grande part des manuscrits et livres précieux anciens conservés à Tombouctou avaient été mis en lieu sûr avant l'arrivée des islamistes dans la ville malienne, selon le directeur du projet de conservation des manuscrits en question. Les islamistes n'en auraient détruit qu'une petite partie avant de fuir.

"Une grande majorité a été sauvée. Je pense vraiment plus de 90%", a  indiqué Shamil Jeppie, de l'université du Cap en Afrique du Sud, directeur du projet de conservation des manuscrits de Tombouctou.

Ce sont des trésors inestimables que les islamistes ont voulu anéantir à Tombouctou avant de prendre la fuite devant l’offensive des militaires français et maliens, qui ont libéré la ville lundi. Ils ont mis le feu vendredi aux précieux manuscrits anciens conservés dans la bibliothèque et dont certains dataient du XIIe siècle. Cet autodafé suscite une grande émotion, sur place et dans le monde entier

Mais, selon Shamil Jeppie, "on a beaucoup exagéré (...). Il n'y a des dégâts et certains objets ont été détruits ou volés, mais beaucoup moins que ce q'uon a dit dans un premier temps".
Des manuscrits anciens à l'Institut Ahmed Baba de Tombouctou, en mai 2010

Des manuscrits anciens à l'Institut Ahmed Baba de Tombouctou, en mai 2010

© Habib Kouyate / AFP
Il assure que les conservateurs et archivistes avaient commencé à déplacer les  documents vers Bamako, la capitale du Mali, pour les cacher avant l'arrivée des  Islamistes à Tombouctou l'an dernier.

Les manuscrits  de Tombouctou  représentent un véritable trésor culturel, remontant à l'époque où la cité mythique a été la capitale intellectuelle et spirituelle de l'islam en Afrique aux XVe et XVIe siècles.
 
"Ils ont brûlé tout ce qui restait ici. Et ils en ont volé aussi, ils ont  chargé un camion avec une bâche", raconte tristement le gardien des lieux,  Litni Dicko. "Ca m'a tellement touché... Je ne sais pas quoi dire", confie-t-il, dépité devant les cendres qui jonchent la cour de l'édifice.
 
A Paris, l'Unesco s'est dite "horrifiée" par ces agissements tout en s'employant à établir l'ampleur précise des dégâts commis à l'institut. Tombouctou est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

https://videos.francetv.fr/video/NI_143551@Culture

Une des plus importantes bibliothèques de manuscrits islamiques
"C'était l'une des plus importantes bibliothèques de manuscrits  islamiques au monde", explique Marie Rodet, qui enseigne l'histoire africaine à la prestigieuse School of Oriental and African Studies de Londres.

Quasi intact par ailleurs, le superbe bâtiment ocre aux portes en bois décorées de fer forgé abritait entre 60.000 et 100.000 manuscrits, selon le ministère malien de la Culture.
 
Calligraphiés et ornés de dessins, essentiellement rédigés en peul et en arabe, ils traitaient d'astronomie, de musique, de botanique, de droit, d'histoire, de politique, de médecine... Une somme de connaissances qui, de l'avis des chercheurs, montre que l'Afrique peut s'enorgueillir d'une histoire écrite aussi ancienne que celle de la Renaissance en Europe.
 
Un "crime culturel", pour le maire de Tombouctou
Effectivement, une partie des manuscrits ont pu être mis à l'abri, avant la prise de la ville par les islamistes le 1er avril 2012, selon Litni Dicko, même s'il ignore la proportion de documents sauvée. Et, en 2008, on avait commencé à numériser les manuscrits pour les préserver. Une numérisation interrompue en mars dernier.
 
Le maire de Tombouctou, Halley Ousmane, réfugié à Bamako, a évoqué "un  véritable crime culturel". Les islamistes, qui dénoncent l’idolâtrie, ont aussi détruit une douzaine de mausolées de la "cité des 333 saints".
 
Seuls les mausolées les plus visibles ont subi l'ire des "fous de  Dieu" car la plupart des tombeaux de saints sont situés dans des demeures de grandes familles qui se sont bien gardées de dévoiler leur existence, permettant ainsi leur préservation.