75 ans après sa mort, Antonio Machado reçoit toujours du courrier au cimetière

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/02/2014 à 11H45, publié le 21/02/2014 à 10H48
Paul-José Combeau, trésorier de la fondation Machado, relève, le 12 juin 2002, le courrier dans une boîte aux lettres scellée sur la tombe du poète et philosophe espagnol Antonio Machado (Séville 1875 - Collioure 1939), 

Paul-José Combeau, trésorier de la fondation Machado, relève, le 12 juin 2002, le courrier dans une boîte aux lettres scellée sur la tombe du poète et philosophe espagnol Antonio Machado (Séville 1875 - Collioure 1939), 

© ERIC CABANIS / AFP

Soixante-quinze ans après sa mort, le poète espagnol Antonio Machado reçoit toujours du courrier au cimetière de Collioure (Pyrénées-Orientales). Le public pourra, à partir de dimanche, consulter les milliers de lettres, poèmes et suppliques adressés à ce symbole de l'exil républicain.

Si les hommages à l'oeuvre et à l'homme abondent, il est aussi considéré par certains de ses admirateurs comme un saint laïc mais à qui l'on demande aide et protection, explique Veronica Sierra Blas, professeur à l'université d'Alcala de Henares de Madrid, qui a travaillé sur ces archives en tant que responsable scientifique de la Fondation Antonio Machado (FAM) de Collioure.

La FAM s'occupe de perpétuer la mémoire du poète qui, malade et épuisé, est mort le 22 février 1939 dans la ville de la côte Vermeille après avoir fui les troupes franquistes, comme des centaines de milliers d'autres Républicains contraints de chercher refuge en France. Après son décès à 64 ans, Machado, dont l'oeuvre est enseignée à tous les élèves d'Espagne et qui figure en bonne place dans les manuels d'espagnol destinés aux élèves français, fut inhumé dans le caveau d'une famille locale. En 1958, un appel aux dons lui offrit sa propre tombe. Parmi les donateurs, des anonymes mais aussi de grands noms tels que le violoncelliste Pablo Casals ou les écrivains René Char, Albert Camus et André Malraux. 

La tombe, un lieu de pélerinage
 
La tombe de l'auteur de Campos de Castilla, qui est aussi celle de sa mère Ana Ruiz morte trois jours après lui, est devenue un lieu de pèlerinage pour des milliers de visiteurs venus de France, d'Espagne et du monde entier, si bien qu'au début des années 80 on scella une boîte aux lettres sur un flanc du tombeau. Du courrier y est déposé quand il n'arrive pas par la poste, adressé à Antonio Machado, cimetière de Collioure. Des objets divers sont déposés sur la tombe et sont relevés, comme le courrier par la FAM, chargée de l'entretien des lieux.
La tombe d'Antonio Machado au cimetière de Collioure

La tombe d'Antonio Machado au cimetière de Collioure

© ERIC CABANIS / AFP
4.500 documents ont été recueillis

"Il y a des lettres d'hommage, des témoignages d'exilés ou de descendants d'exilés, des fragments des poèmes de Machado, des textes littéraires, des poèmes écrits par les gens, des dessins d'enfants", dit Veronica Sierra Blas. Les gens apportent aussi des "offrandes, des drapeaux républicains, des fleurs séchées ou en papier, des branches, des sachets de terre".
  
Machado faisait partie du mouvement laïc et républicain et avait refusé toute cérémonie religieuse à son enterrement. Pourtant, des gens lui écrivent pour lui demander son aide en matière d'amour, d'argent, de santé, de famille, dit Joëlle Santa-Garcia, présidente de la FAM: "C'est un saint laïc". Une jeune fille a demandé au poète "qu'il l'inspire pour lui permettre d'avoir une écriture plus facile. Elle s'adresse directement au poète pour lui demander inspiration et talent", rapporte Mme Santa-Garcia.

Son dernier vers : "Ces jours d'azur et ce soleil de l'enfance"

Tous ces documents, dont le plus ancien remonte à 1976, date de la mort de Franco, ont été classés par type et par ordre chronologique. A l'occasion des cérémonies entourant le 75e anniversaire de la mort de l'auteur, ils seront consultables par le public sur demande auprès de la Fondation à l'ancienne mairie de Collioure. D'après la Fondation, le poète n'avait rien écrit pendant son court séjour à Collioure, sinon un vers, son dernier: "Estos días azules y este sol de la infancia" ("Ces jours d'azur et ce soleil de l'enfance").