Les décors de José María Sert au Petit Palais à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 01/08/2012 à 16H57
Les Quatre Saisons : "Afrique ou l'été", 1917-1919.

Les Quatre Saisons : "Afrique ou l'été", 1917-1919.

© Archivo fotográfico, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid

Le Petit Palais offre une tribune inédite à un artiste catalan méconnu : José María Sert (1874-1945). Dans "Le Titan à l'oeuvre" présentée jusqu'au 5 août 2012, l'institution parisienne propose de nous faire entrer dans l'atelier de ce peintre décorateur qui a vécu toute sa vie à Paris et dont les oeuvres puissantes ornent encore le Rockefeller Center à New York et le Palais de l'ONU à Genève.

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Pour concevoir cette exposition, le Petit Palais s'est heurté à une difficulté pratique : comment décrocher les toiles grand format signées José María Sert qui décorent des bâtiments publics et privés à travers le monde ? Les deux commissaires de l'exposition Susana Gállego Cuesta et Pilar Sáez Lacave apportent leur réponse en retraçant le processus de création de l'artiste et en reconstituant son atelier.

Sur ses toiles ou ces panneaux de bois grand format, le catalan réalise de vastes mises en scène toujours figuratives. Pour mettre en place sa composition, mais aussi comprendre les volumes et les angles de vue, il utilise une méthode très scrupuleuse dans laquelle la photographie joue un rôle prépondérant. Ses clichés de corps en mouvement, grâce aux modèles qui posent pour lui et à des mannequins articulés en bois, lui servent de supports graphiques. Bien souvent, le peintre dessine sur les photos puis les met au carreau. Ce qui lui permet de croquer de nouveaux dessins pour réaliser une grande esquisse de mise en place, le patron de la toile finale.

Une oeuvre grandiose

L'oeuvre de José María Sert évolue avec le temps : d'abord féru de couleurs vives, l'artiste opte pour l'argenté ou le doré, toujours dans le but de rendre son décor spectaculaire. Contrairement à certains de ses contemporains d'avant-garde comme Picasso, révolutionner la peinture ne l'intéresse pas. Son art, pétri de références à la grande tradition, se concentre sur le grandiose. Un style qui correspond à sa personnalité flamboyante.

Né à Barcelone en 1875, José María Sert est fils d'un célèbre tapissier catalan. Son père l'encourage à réaliser des décors muraux et des fresques. A la mort de ses parents, il se rend à Paris où il se lie à de nombreux artistes comme Utrillo. Sa carrière prend son essor en 1900 lorsque l'évêque de Vic lui commande la décoration de la cathédrale de la ville. Cette série d'oeuvres achevée en 1906 s'inspire de la peinture de la Renaissance italienne comme le Tintoret ou Tiepolo. Elles lui valent aussitôt la reconnaissance de la critique. L'homme, mondain et ambitieux, se fait très vite un nom grâce à son art, mais aussi en raison du couple tumultueux qu'il forme avec son épouse Misia, égérie de toute une génération d'artistes dont Mallarmé et Renoir.

Un personnage mondain et ambigu

Toujours en quête de commandes, Sert travaille pour les élites économiques et politiques du monde entier. Il produit entre autres, des paravents pour la Reine d'Espagne et Coco Chanel, un décor sur les Quatre Saisons pour la salle à manger d'Arthur Capel, l'amant de Chanel, un autre pour le Waldorf Astoria à New York et une cage d'escalier monumental pour la Tate Gallery de Londres. Bien souvent, ce ne sont pas les commanditaires qui choisissent le thème du décor, l'artiste impose sa vision. Certains motifs deviennent récurrents comme la ronde et la tour humaine.

Paravent pour le boudoir de la Reine d'Espagne.

Paravent pour le boudoir de la Reine d'Espagne.

© Patrimonio nacional / Palacio de El Pardo, Madrid

Au-delà de l'art, on ne peut évoquer le parcours de José María Sert sans parler de ses convictions politiques ambiguës et de son soutien au franquisme. Sur fond de guerre civile espagnole, l'artiste s'engage en 1937, un an après la destruction de ses oeuvres de la cathédrale de Vic lors d'un incendie déclenché par "les rouges" comme le soulignent les commissaires de l'exposition.
Les prises de position de José María Sert lui valent d'être méprisé après son décès à tel point que son oeuvre est aujourd'hui, largement oubliée. A sa mort en 1945, Paul Claudel écrivit pourtant : "José María Sert incarnait le dernier représentant de la grande peinture".