Intermittents : l'occupation de l'Odéon continue, annulation de "Phèdre(s)"

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/04/2016 à 18H49, publié le 26/04/2016 à 11H04
Manifestation d'intermittents du spectacle devant le théâtre de l'Odéon, le 25 avril 2016

Manifestation d'intermittents du spectacle devant le théâtre de l'Odéon, le 25 avril 2016

© Thomas Padilla / MaxPPP

La représentation de "Phèdre(s)" avec Isabelle Huppert, programmée ce mardi soir, a été annulée en raison "d'un appel à perturber" le spectacle, a annoncé le théâtre de l'Odéon "qui refuse de jouer sous la protection des forces de l'ordre". Les intermittents nient avoir lancé ce type d'appel, assurant qu'ils demandaient seulement à pouvoir prendre la parole avant le spectacle.

"À l'initiative de plusieurs organisations et de la coordination nationale des intermittents du spectacle, un appel à manifester mardi 26 avril devant l'Odéon et à perturber la représentation de Phèdre(s) a été lancé", indique la direction de l'Odéon dans un communiqué.

"Tout en déplorant les incidents de la veille au soir (lundi soir, les CRS ont repoussé les intermittents réunis devant la place dans les rues voisines, ndlr), Stéphane Braunschweig, directeur de l'Odéon, ne peut accepter qu'un spectacle ne puisse être joué que sous la protection des forces de l'ordre", ajoute-t-elle.

Les intermittents se défendent de tout appel à perturber le spectacle

"Nous avons demandé à prendre la parole avant le début de la représentation, mais cela nous a été refusé", ont de leur côté indiqué à l'AFP les intermittents, qui contestent avoir lancé un appel à perturber la représentation.

Après l'échec lundi soir des négociations sur le régime d'assurance chômage du spectacle, la Coordination des Intermittents et précaires (CIP) a fait part mardi après-midi de sa détermination à poursuivre l'occupation du théâtre de l'Odéon, à Paris, jusqu'à la reprise des discussions mercredi.

Depuis dimanche soir, une cinquantaine d'intermittents, étudiants, chômeurs occupent la terrasse de l'Odéon, au premier étage du théâtre. Les intermittents espèrent faire pression sur les négociations concernant leur régime spécifique d'assurance-chômage.

La direction du théâtre a souligné qu'elle "fait confiance à la négociation en cours (....) et espère qu'elle aboutira rapidement à un accord permettant de garantir le régime spécifique d'assurance chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle".

Deux points d'achoppement

"Le compte n'y est pas encore, notamment sur les effets que pourrait avoir un éventuel accord et aussi sur la contribution des employeurs", a déclaré à l'AFP, dans la nuit de lundi à mardi, Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Spectacle (majoritaire), au terme d'une journée marathon de négociations au ministère du Travail.

"Il nous manque encore deux choses pour parvenir à un accord. D'abord des éléments chiffrés qui nous permettront de savoir qui est touché par telle ou telle mesure, positivement ou négativement", a-t-il ajouté. "Quant aux employeurs, ils nous disent qu'ils sont prêts à mettre 31 millions d'euros de cotisations nouvelles sur la table mais pour moitié ce ne sera pas avant janvier 2018", a-t-il déploré.

La journée de lundi devait être une date butoir pour parvenir à un accord sur le régime d'indemnisation des intermittents, un système régulièrement critiqué pour son coût. En cas d'échec de la négociation, la CGT a déposé un préavis de grève reconductible, à compter de jeudi.

https://videos.francetv.fr/video/NI_687923@Culture


Crainte d'une "caisse autonome"

Les artistes et techniciens du spectacle bénéficient de règles spécifiques d'indemnisation du chômage. Le déficit de ce régime s'est considérablement accru depuis les années 1980, le nombre de bénéficiaires ayant fortement augmenté. Il atteint environ un milliard d'euros chaque année, soit environ un quart du déficit général.

Un cadrage financier, proposé le 24 mars par la partie patronale et signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (syndicats minoritaires dans le spectacle) impose un effort global de 185 millions d'euros d'économies en année pleine  d'ici à 2018 aux intermittents, mais suggère que l'État en compense une partie, à hauteur de 80 millions. Des conditions jugées "inacceptables" par la CGT et la Coordination des Intermittents et précaires (CIP).

Toutes deux craignent que la participation de l'État n'ouvre la voie à une "caisse autonome", qui sortirait les intermittents de la solidarité interprofessionnelle. Le risque serait alors considérable d'un désengagement de l'État lors d'une alternance politique.

En déplacement lundi dans la Drôme et en Ardèche, la ministre de la Culture Audrey Azoulay a dit "comprendre cette mobilisation". "Il faut attendre le résultat des négociations", a-t-elle ajouté.

Menace sur les festivals

Réunis lundi soir place de l'Odéon à Paris, les intermittents ont mis la pression sur les négociations, menaçant de perturber les représentations de l'Odéon après avoir été éloignés de la place du théâtre par les forces de l'ordre. Ils font aussi planer la menace de perturbations sur les prochains festivals.

"Étant donné l'accueil qui nous a été fait par les forces de l'ordre, les manifestants ont appelé à revenir mardi pour bloquer la représentation qui aura lieu ici, et les jours suivants", a déclaré à l'AFP un représentant de la CIP. La représentation de "Phèdre(s)" de mardi s'en trouve donc annulée. Le théâtre faisait relâche lundi.

"Lors de l'assemblée générale, on a refait une demande pour pouvoir rentrer dans le théâtre. Les manifestants se sont avancés, la réplique a été la violence", a affirmé le représentant de la CIP. "Mais les manifestants sont toujours là à l'extérieur de la place et nous on occupe toujours le théâtre".