7 bonnes raisons d'aller au Salon de Montrouge, à la découverte des artistes émergents

Jules Cruveiller. DR.

Le Beffroi de la ville de Montrouge accueille jusqu'au 23 mai 2018, le "Le Salon de Montrouge ". L'occasion de découvrir 52 jeunes artistes représentant 12 nationalités différentes : France, Iran, Mongolie, Congo, Belgique, Arménie, Russie, Espagne, Pays-Bas... Un tour du monde de la création émergente en matière d'art contemporain. Visite 

Depuis quelques années, le Salon de Montrouge, est le lieu privilégié de tous les amoureux d‘art contemporain. Amateurs, collectionneurs, galeristes s’y rendent pour découvrir des artistes émergents. Comme dans toutes les foires, il y a à prendre et à laisser, mais à chaque fois, le Salon de Montrouge est un événement, qui compte sur la petite planète art contemporain. Cette année, les organisateurs jouent sur la pluridisciplinarité : photographies, peintures, sculptures, dessins, vidéos, performances. Plusieurs artistes de renom comme Georges Rousse, Hervé di Rosa, Clément Cogitore ont été révélé grâce à ce salon. Cette année le président du jury est Jean de Loisy, maître de cérémonie de l’art contemporain parisien, président du Palais de Tokyo. J‘arrive devant le grand beffroi de Montrouge, ça commence plutôt bien, je trouve que la grande affiche du salon 2018, est plutôt réussie.

Affiche du Salon de Montrouge 2018 sur le beffroi de la ville de Montrouge. Photo Thierry Hay

La chasse au trésor

La tension monte, journalistes et premiers curieux entrent, dans l’espoir d’une surprise, d’un moment de stupeur ou d’émotion. Je fais un tour général et je remarque sept artistes :

1 : Nouvelle danse

Il est fréquent, dans les expositions d’art contemporain, que les jeunes créateurs revisitent  les grands classiques de l’art. Clémence Estève, marseillaise née en 1989, s’intéresse à Matisse et propose sa propre version du célèbre tableau : La Danse. La jeune artiste préfère le carrelage fissuré à la peinture. En sciant les carreaux de faïence, elle parvient à donner vie aux personnages : original. De loin, cela ressemble beaucoup à un dessin, mais en se rapprochant je vois clairement les nombreuses fractures dans le carrelage. Devant, l’artiste a posé un énorme poing gris en mousse : un pont vers la tradition, un gros pas de côté et un violent désir d’aller de l’avant.

Clémence Estève. Photo Thierry Hay

2 : PVC et coquillage

My-Lan Hoang-Tuy, née à Bourg-la-Reine en 1990, propose deux œuvres intéressantes, mais complètement différentes. J’observe des paravents, accrochés au plafond, qui bouge au moindre courant d’air. Ils sont en plastique transparent, sur lequel l’artiste a peint des motifs abstraits très fortement inspiré du graphisme actuel et de la calligraphie.

My-Lan Hoang -Thuy : I need a day between saturday and sunday, 2017. Impression jet d'encre sur PVC. 150 cm x 300.

La deuxième œuvre de cette artiste est une série de peintures minuscules, sur petits morceaux de nacre. La nacre renvoie au coquillage. Une jeune femme peinte sur un morceau de coquillage, je pense immédiatement à Vénus. Un discret hommage à Botticelli, encore un clin d’œil à l’histoire de l’art, c’est possible. Cette série de petits personnages féminins, ne manquent pas de charme et rappelle les femmes nus très kitsh, que les hommes découvrent après avoir bu leur petite coupe d'eau de vie à la fin d'un repas, dans les restaurants chinois. My-Lan Hoang-Tuy réussit donc à faire un lien entre le graphisme d’avant-garde, l’histoire de l’art et la culture asiatique traditionnelle : intéressant.

My-Lan Hoang Thuy : peinture sur nacre. DR.

3 : Forte nature

Un jour, Paul Duncombe découvre une deux chevaux abandonnée, en très mauvaise état, les sièges couverts de mousse. L’artiste décide de l’acquérir et de s’en servir pour une installation artistique. Je regarde cette voiture, elle a un peu la même forme de celle de Bourvil après sa rencontre avec De Funès dans le film « Le corniaud ». Mais Paul Duncombe, qui a déjà en 2017, confronté des végétaux à des éléments radioactifs dans des vitrines, conçoit pour sa deux chevaux un système sophistiqué, capable de maintenir une certaine humidité à l’intérieur de l’habitacle. Avec le temps, la végétation va continuer de pousser et envahir toute la voiture. La nature aura donc le dernier mot, et comme la nature c’est la vie...

Päul Duncombe : 2CV (détail), végétaux, humidificateur.Photo Thierry Hay

4 : Féminité et sexualité

Je retrouve le co-commissaire d’exposition de ce Salon de Montrouge : Ami Barak, personnage jovial qui mélange à merveille une certaine mise à distance et une réelle passion pour l’art contemporain. Evidemment, il ne peut pas me livrer ses coups de cœur : dommage. Mais il me souligne l’éclectisme et la foisonnante émulation de la jeune création actuelle. Je suis d’accord. Je découvre une artiste  mongole pour laquelle j’ai un petit coup de cœur : Odonchimeg Davaadorj. Elle expose une immense installation constituée de nombreux dessins de différents formats, souvent reliés entre eux par un fil de coton rouge. Odonchimeg Davaadorj évoque le corps féminin et sa sexualité, un thème que l’artiste aurait eu du mal à traiter dans son pays… Cette grande installation poétique, belle, surprenante et cohérente est donc un hymne à la liberté. Cette artiste est née en Mongolie en 1990. aujourd’hui elle vit et travaille à Vincennes, voici un petit détail de cette immense installation.

Odonchimeg Davaadorj : sans titre, 2017. Dessin, fil, 60 cm x 80. DR.

5 : Paradisiaque

Mali Arun est un jeune strasbourgeois. Il offre aux regards des visiteurs une vidéo, dans laquelle il reprend un passage de la Genèse, où Dieu défend à Adam et Eve de goûter au fruit de l'arbre la Connaissance. A partir de là, l’artiste imagine une nature sublimée. Devant moi, défilent des images de paysages d'une rare beauté et des groupes de promeneurs, qui semblent parfaitement heureux, des êtres hors normes sur une étrange planète poétique. L’artiste nous montre comment un groupe d’humain habite et s’accapare un territoire. Mali Arun arrive à retranscrire, ou plutôt à suggérer, une ambiance biblique. Mais je trouve qu’il y a quelque chose d’énigmatique, de mystérieux, dans ces images trop belles pour être totalement honnêtes… Je viens d’apprendre que Mali Arun vient d’obtenir le Grand prix du Salon de Montrouge-Palais de Tokyo, voilà une carrière qui commence plutôt bien.

Mali Arun : Paradisius, 2015. Vidéo, 9 min. DR.

6 : L’ombre et la lumière

Je suis stupéfait par la performance de la technique du fusain de Katarzyna Wiesiolek. Dans cette œuvre sur papier ci-dessous, j’observe les dégradés de gris, les larges coupes sombres et l’intensité des noirs. C’est un très beau tableau, il évoque un système solaire, qui soudain, devient abstrait.

Katarzyna Wiesiolek . Fusain sur papier marouflé sur toile. Photo Thierry Hay

7 : Extrême discrétion

Un petit coup de cœur pour une série d’œuvres à peine perceptible de Camille Lavaud. Ce sont des petites œuvres composées de résine époxy, d’encres et de fibres de verre. Elles sont très pâles et difficiles à prendre en photo. Mais il y a une vraie sensibilité et une grande poésie dans ces tableaux très discrets. Camille Lavaud est née à Paris en 1998.

Camille Lavaud : résine époxy, encre, fibre de verre. Photo Thierry Hay

Après cette visite, il est évident que les artistes contemporains multiplient les expérimentations et cherchent comment exister, face à tout ce qui a déjà était fait. Ils désirent souvent imposer un style qui permettrait de les reconnaître immédiatement. Une fois de plus, le Salon de Montrouge prouve la grande diversité et le dynamisme de cette jeune création contemporaine internationale.

PS : Aujourd’hui, j’ai eu vent d’un projet : la ville de Montrouge aurait le désir de prolonger le Salon tout le reste de l’année, en exposant les artistes contemporains dans un lieu à définir. Pour cela, elle envisage de créer prochainement un fond de dotation. A suivre. Deux villes, Nantes et Montrouge  misent sur l’art contemporain pour dorer leurs images. A ce jour, aucune des deux ne l’a regretté et les deux veulent aller encore plus loin. Et cela pour une bonne raison, malgré quelques abus, l’art contemporain le mérite. Voilà, c’est dit...

Beffroi de Montrouge : 2 place Emile Cresp, 92120 Montrouge

Entrée libre