Sheila Hicks au Centre Pompidou : un monde spectaculaire de fils colorés

Sheila Hicks : Palitos con Bolas, 2008-2015. Centre Pompidou, 2017. Adagp, Paris 2018

Le Centre Pompidou présente jusqu'au 30 avril 2018, les travaux textiles très particuliers de la sculptrice, mondialement connue, Sheila Hicks. Cette exposition intitulée : "Lignes de vie" est l'occasion de découvrir toute l'oeuvre de Sheila Hicks, artiste qui accorde une grande importance à la matière et refuse la frontière entre art et vie quotidienne. Visite   

Pour exprimer le fil de la vie, Sheila Hicks se sert de … fils. Née dans le Nebraska (USA), en 1934. Elle étudie la peinture, la sculpture, la photographie et le dessin, mais c’est vers le textile qu’elle se tourne, pour édifier des sculptures souples ou des bas-reliefs. En réalité, c’est en 1950, la découverte d’un ouvrage de Raoul d'Harcourt sur les tissus anciens du Pérou, qui, déclenche chez elle un amour irrépressible pour tout ce qui concerne le tissage. Ce livre est un véritable séisme dans sa vie. A partir de ce moment, son rêve est de faire « exalter la matière », en se servant de fils colorés. Avec le temps, petit à petit, elle met au point un art textile singulier. Mais attention : elle déteste qu’on la réduise à une  artiste textile, elle préfère qu’on dise « qu’elle est une sculptrice souple qui fabrique des objets à partir de fils ». Elle rêve d’une œuvre qui se meut librement entre art, design, et décoration ». Aujourd’hui, le Centre Pompidou, sans aucune chronologie mais c’est voulu, présente une rétrospective de cette artiste hors normes. Deux mots pourraient résumer le travail singulier de Sheila Hicks : Configurations et couleurs.

Sheila Hicks : La Clef. Bastiaan van der Berg. Adagp, Paris 2018

Sheila Hicks : La Clef. Bastiaan van der Berg. Adagp, Paris 2018

C’est dans la poche

Quand j’arrive devant le Centre Pompidou, un petit groupe de journalistes est déjà là. Un mélange de pluie glaciale et de neige dégringole d’un ciel venteux. Il est  onze heures moins six et le musée ouvre aux journalistes à onze heures. Impossible de s’abriter sous l'auvent, devant l’entrée, affirme le vigile. J’ai déjà connu meilleur accueil, y compris au Centre Beaubourg. Après avoir exprimé son mécontentement, trempé et transi de froid, le groupe réussit enfin à pénétrer à l’intérieur, et se dirige d’un pas pressé vers la grande salle d’exposition. C’est un immense espace, complètement ouvert. La première œuvre que j’aperçois est une immense toile blanche avec de nombreuses poches, dans lesquelles le visiteur est invité à glisser ce qu’il veut : drôle d’entrée en matière. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises.

Sans frontière

Sheila Hicks a un grand désir : brouiller la frontière entre l’art et la vie. Elle est la première artiste à proposer une multi-composition. Dès les années 60, après ses études à l’Art Institute de Chicago où elle étudie le drapé, elle conçoit des oeuvres qui peuvent prendre des formes différentes. Cette pyramide de tissus pourra très bien être présentée dans une autre configuration, lors d’une prochaine exposition. Sheila Hicks déteste les sculptures qui ont une forme définitive. C’est aussi pour cela qu’elle travaille le textile.

Sheila Hicks : Banisteriopsis - Dark Ink, 1968-1974. Philadelphia Museum of Art. Adagp, Paris 2018

Sheila Hicks : Banisteriopsis - Dark Ink, 1968-1974. Philadelphia Museum of Art. Adagp, Paris 2018

Une cascade de couleurs

Au Centre Pompidou, Hicks a joué avec les plafonds, parfaitement visibles. Des colonnes de fils de toutes les couleurs, comme des arcs en ciel verticaux, descendent en cascade du plafond jusqu’au sol. C’est tout simplement de la couleur dans l’espace, ou si vous préférez, de la peinture en 3D. C’est aussi spectaculaire que séduisant. Et en plus, cela évolue en fonction de la lumière.

Sheila Hicks : Pillar of Inquiry / Supple Collumm, 2013-2014. Courtesy Sikkena Jenkins & Co, New York Photo : Christobal Zanartu. Adagp, Paris 2018

Sheila Hicks : Pillar of Inquiry / Supple Collumm, 2013-2014. Courtesy Sikkena Jenkins & Co, New York Photo : Christobal Zanartu. Adagp, Paris 2018

Une « peinture » évolutive

Je me retrouve face à face avec une énorme installation de ballots orangés ou rougeâtre. Pour la créatrice, chaque grosse boule de tissus équivaut à un coup de pinceau sur une toile.

Les Minimes

Dans une grande vitrine, j’aperçois des carnets de croquis de l’artiste et un minuscule métier à tisser. Grâce à ce genre d'outil, elle crée de touts petits morceaux de tissus, fortement inspirés de ses nombreux voyages en Amérique Latine, en Inde ou au Maroc. Ils sont absolument magnifiques. Hicks réinterprète à sa façon, le tissage traditionnel des anciens tisserands. Ces petites œuvres recouvrent un grand mur blanc. Pour Sheila Hicks, ils ont valeur d’œuvre d’art à part entière, mais ils servent également de tests, d’essais pour des assemblages de couleurs ou des techniques de tissages. Parfois, l’artiste y insère des petits bouts de bois, des plumes, des coquillages, ou des petits éléments de corne. Ces œuvres, format A 4, ont un nom : Minimes. Ils portent bien leur nom et je me demande si ce n’est pas ce que je préfère dans l’exposition. Le Centre Pompidou en présente 121, dont celui-ci.

Sheila Hicks : Intermittent, 1969. Bastiaan van der Berg. Adagp, Paris 2018

Sheila Hicks : Intermittent, 1969. Bastiaan van der Berg. Adagp, Paris 2018

Bauhaus et design

En 1954, Sheila Hicks suit les cours à l’Université de Yale, de Josef Albers, un des pontes du Bauhaus. Il lui transmet le souci de la rigueur dans la composition et la nécessité de rapprocher l’art de la vie quotidienne. Deux leçons que retient, sans difficulté, la jeune artiste. Quelques années plus tard, en 1962, elle rencontre Florence Knoll et signe un contrat avec Knoll pour concevoir des textiles. Retour d’ascenseur, Knoll expose ses « Minimes » dans son Show-Room de Chicago. Après plusieurs expositions en galeries, le MoMa de New York l’expose dans l’exposition collective « Wall Hangings ». Mieux, le musée acquiert une œuvre de Sheila Hicks.

Végétation

Je continue ma petite visite et remarque ce grand rideau de cordes de lin. Il est clair que Sheila Hicks mélange modernisme et traditions du monde entier. Ces lianes évoquent la végétation sauvage du Mexique ou du Cambodge. En fait, j’ai un peu l’impression que ce sont tous les pays du monde qu’elle cherche à faire rentrer dans son œuvre. Ce travail textile, montre également que ce sont les rapports entre les couleurs qui intéressent la créatrice.

Sheila Hicks : Lianes de Beauvais , 2011-2012. Adagp, Paris 2018

Sheila Hicks : Lianes de Beauvais , 2011-2012. Adagp, Paris 2018

Paysages

Je remarque quelques grands cadres, en partie posés les uns sur les autres. Ils sont évidement recouverts de fils colorés. Chaque châssis possède son univers. Encore une fois, il est évident qu’on peut très facilement bouger la composition initiale, à tel point que le visiteur peut se demander s’ils ne sont pas là, en attente d’accrochage. De près c’est une œuvre abstraite, de loin cela ressemble à des paysages.

Durant toute cette présentation, il a fallu que je me retienne pour ne pas toucher les œuvres. Sheila Hicks joue vraiment avec tous nos sens. Que ce soit avec du coton, de la laine, du lin ou de la soie, l’artiste excite notre sensibilité, exacerbe nos sens et libère notre imagination. Si vous aimez voyager, allez découvrir le monde coloré et ludique de Sheila Hicks.

Sheila Hicks : Atterrissage , 2014. Atelier Sheila Hicks photo : Christrobal Zanartu . Adagp, paris 2018

Sheila Hicks : Atterrissage , 2014. Atelier Sheila Hicks photo : Christrobal Zanartu . Adagp, paris 2018

Centre Pompidou

Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h

Entrée musée et expositions : 14 euros / TR : 11