Street Art : les labyrinthes de lettres de Zepha à la galerie Wallworks

Zepha : Ondes gravitationnelles 2 (détail). Zepha

La galerie parisienne Wallworks, présente jusqu'au 27 janvier 2018 les oeuvres de Zepha, à travers l'exposition : "Back to the Wood". Découverte d'un  street artiste, qui utilise le bois et la couleur pour mieux rassembler les cultures. Une oeuvre nourrie de lettres et de symboles.Visite   

Vincent Abadie Hafez commence son parcours artistique en bombant, avec le groupe Gap sur la ligne A du RER et sur quelques camionnettes qui ont eu la mauvaise idée de se trouver là… De cette époque l'artiste m'a fait parvenir cette photo montage : les lettres dansent, s'emboîtent entre elles et s'amusent avec les ouvertures des wagons. Tout cela est bien sûr illégal, mais avec le temps...

Vincent Habadie Hafez. DR

Vincent Habadie Hafez. DR

Aujourd’hui, ses créations, très précises et très originales, couvrent de nombreuses façades monumentales, un peu partout dans le monde, et il expose dans plusieurs galeries. Fidèle à sa démarche, la galerie Wallworks expose, une fois de plus, un street artiste possédant son propre univers. Cette galerie est bien connue des amateurs de street art, et chaque année je la retrouve au salon Urban Art Fair, au Carreau du temple. Elle se niche, derrière les Grands Boulevards, dans un quartier populaire, très apprécié des bobos et des boîtes de production ou de graphisme. Désormais, les bars branchés et les restaurants de fast-food, remplacent les anciens ateliers et les usines d'autrefois. Mais cette zone est un des rares exemples à Paris, de véritable brassage de population. La galerie Wallworks se cache au fond d’une cour élégante.

Façade de la galerie Wallworks , 750003 Paris. Photo Thierry Hay

Façade de la galerie Wallworks , 750003 Paris. Photo Thierry Hay

Signatures

Une fois la porte poussée, une surprise attend le visiteur : un escalier un peu spécial. Il faut dire qu’on ne compte plus les street artistes qui sont passés par là. L’espace d’exposition en sous-sol, blanc immaculé, est plutôt connu du milieu et des amateurs.

Escalier de la galerie Wallworks. Photo Thierry Hay

Escalier de la galerie Wallworks. Photo Thierry Hay

Naissance de Zepha

En 1989, Vincent Abadie Hafez choisit de s’engager très sérieusement dans le mouvement graffiti, il prend alors le pseudo de Zepha. L’art de la rue lui apprend le sens du mouvement, très présent dans toute son œuvre, encore aujourd'hui.

Zepha : Salacie, 2017. Photo Sylvain ... / Zepha

Zepha : Salacie, 2017. Bois, peinture. Photo Sylvain Laporte / Zepha

L’amour de la calligraphie

Zepha est un artiste engagé qui déteste le monde de la finance, le libéralisme, et encore plus la publicité. C’est pourquoi il quitte très vite des études de graphisme et pend ses distances avec la Planète pub. Il se passionne pour les lettres, surtout la calligraphie arabe, de style Coufique ou Diwani. Dans cette oeuvre, l'artiste réussit a donner un mouvement et une grâce aux lettres. Je m'en rends compte immédiatement.

Zepha : Makemake, 2017. Bois, peinture. Zepha

Zepha : Makemake, 2017. Bois, peinture. Zepha

 

Petit mélange 

En réalité, Zepha est un rassembleur. Son art construit un pont entre trois cultures : son geste pourrait, parfois, se rapprocher de la culture artistique, mais surtout, il part d’une lettre arabe qu’il transforme de façon quasi latine. Mais il va encore plus loin, allant jusqu'à une forme d'abstraction assez personnelle.

L’art de l’action

Techniquement, Zepha travaille sur des bois de cagettes qu’il récupère, et puis il a quelques copains qui sont menuisiers, ça aide. Les bout de bois sont taillés à la scie-laser ou avec des moyens plus précaires. Je remarque que le sens du mouvement est omniprésent dans son travail. Parfois, quelques ouvres, comme celle ci-dessous  se rapproche un peu de l’art cinétique.

Zepha : Ondes gravitationnelles 5, 2017. Zepha

Zepha : Ondes gravitationnelles 5, 2017. Bois, peinture. Zepha

Un symbole important

Une figure peuple toute son œuvre : le cercle. Il revient dans de nombreuses réalisations de cet artiste. Il me parle de cercles, dans des grottes, il y a 100 000 ans. Ces cercles seraient fait à base de stalactites cassées et auraient bien sûr une signification. En discutant avec Zepha, je découvre que la notion de mysticisme est importante pour lui. L’artiste serait une sorte de moine, qui doit savoir se détacher du réel pour créer et se rapprocher de l’essentiel. Et la figure qui symbolise le mieux l’harmonie, le mouvement et l’éternité : c’est le cercle. Alors Zepha en dessine beaucoup. Le cercle, archétype universel, représente l'astre, l'illumination, le divin ou l'appel à la méditation. C'est aussi ce que je ressens face à ce beau tableau, sorte de lune bleue énigmatique.

Zepha : Ondes gravitationnelles 3, 2017. Zepha

Zepha : Ondes gravitationnelles 3, 2017. Bois, peinture. Zepha

Coloriste

Je regarde de nombreux tableaux. Zepha a vraiment le sens des couleurs. Très souvent, les tons qu’il choisit m’évoquent la nuit, ou des reflets par temps de pluie. Ce détail le prouve.

Zepha : Shooting-prod-vinz. Irlan view / Zepha

Zepha : Shooting-prod-vinz. Irlan view / Zepha

Un nouveau langage

Zepha m’informe qu’il n’hésite pas à transformer, à déformer, à mélanger, à rassembler les lettres, et c’est comme cela qu’il rapproche la culture arabe et son lettrage dynamique, de l’architecture imposante des textes de la culture européenne.

L’ombre des lettres

Cette création ne rassemble à aucune autre. Ici, l’artiste a laissé un grand vide au centre, pour jouer avec les ombres portées de ses lettres découpées. Malheureusement, cela ne se voit pas suffisamment sur cette photo.

Zepha : Eris, 2017. Photo Sylvain laporte

Zepha : Eris, 2017. Bois, peinture.  Photo Sylvain laporte

..Voyage, engagement et générosité

Avec ses histoires de lettres transformées en figures abstraites, Zepha invente une nouvelle langue, chargée de spiritualité, capable de rassembler les deux rives de la Méditerranée. Parfois, il réalise un petit dessin préparatoire, mais pas toujours. Son travail est le résultat de métissages, aux confluences de plusieurs cultures. Zepha est un idéaliste généreux, il s’engage dans le milieu associatif et socio-culturel en enseignant le « calli-graffiti ».  Je suis heureux d’avoir rencontré cet artiste timide et vrai, et d’avoir vu ses lettrages pleins d’espoir… En ce moment, Zepha est à Dubaï où il peint un mur de 40 mètres de haut.

Galerie  Wallworks : 4 rue Martel, 75010 Paris

Du lundi au samedi de 14h à 19h

Entrée libre