Drawing Now : 10 ans et en pleine forme

Sepand Danesh : #355 (série encyclopédie de l'imagination), détail. Technique mixte sur papier. Courtesy de l'artiste, galerie Backslah, Paris.

Le Carreau du Temple, à Paris, accueille jusqu'au 03 avril 2016 Drawing Now (Salon du dessin contemporain). 74 galeries internationales présentent leurs artistes. Une bonne occasion de voir l'originalité et l'extraodinaire dynamisme du dessin contemporain. Visite.  

On l'oublie parfois mais Drawing Now est la première foire internationale d'art contemporain en Europe, exclusivement dédiée au dessin. Cette année, ce salon a dix ans. Evidement, ça se fête, même si la conjoncture est un peu compliquée... A cette occasion, Drawing Now revient sur le travail de ces dix dernières années et offre deux petits bonus : Une présentation d'artistes émergents (Now is our future), l'occasion de découvrir les choix personnels des membres du comité de sélection, qui se sont succédés depuis 10 ans, et l'exposition Master Now, pour découvrir quelques dessins de grands artistes contemporains (Alechinsky, Baselitz, Lüpertz etc.). Voilà déjà de quoi attiser ma curiosité, je fonce au Carreau du Temple. Question sécurité, ça se pose là. Nous sommes plusieurs journalistes à attendre un bon quart d'heure que les portes s'ouvrent, vigipirate oblige... Quelques vigiles prennent place, fouillent les sacs, vérifient les invitations et, enfin, j'entre.

Une ligne franco allemande

Comme à chaque fois, je décide de parcourir en vitesse tout le salon pour me faire ma petite idée, et après, de revenir sur tout ce qui m'a frappé ou ému. Tout de suite, je remarque la présence d'un focus sur l'Allemagne. Cette mise en lumière du dessin contemporain allemand est également une façon de saluer l'importance des liens qui unissent aujourd'hui l'Allemagne et la France. La politique n'est jamais loin... De plus, depuis le début de Drawing Now, les galeries allemandes ont toujours été présentes. Cette année, la galerie Bernard Krauss Fine Art, installée à Francfort, rappelle au visiteur qu'un dessin c’est avant tout une ligne sensible dont on ignore souvent la fin. Cette œuvre de Karim Noureldin, né en 1967 le prouve. Ici, rien de démonstratif, tout est en retenue, comme une invitation à parcourir un chemin mental et à opérer quelques connexions.

Karim Noureldin : Evo, 2014. Crayon de couleur sur papier, 153 cm x 122. Bernard Knauss Fine Art, Karim Noureldin

Karim Noureldin : Evo, 2014. Crayon de couleur sur papier, 153 cm x 122. Bernard Knauss Fine Art, Karim Noureldin

Entre abstrait et figuratif

La galerie belge Valérie Bach expose ce surprenant dessin d'Agnès Thurnauer, artiste franco-suisse née en 1962. L'artiste a reçu une formation de cinéma vidéo à l'Ecole des Arts décoratifs de Paris. Et ça se voit un peu car j'ai l'impression d'une image arrêtée. L'œuvre offre une composition étonnante, la robe de la jeune femme recouvre complètement sa tête dévoilant son corps nu, donnant à l'ensemble l'image d'une fleur. Finalement, cette œuvre qui témoigne d'une grande sensualité se situe entre figuratif et abstrait : curieux. Agnès Thurnauer a déjà exposée au Centre Pompidou et au palais de Tokyo.

Agnès Thurnauer : Autoportrait into abstraction #3, 2014. Crayons de couleur sur toile, 195 cm x 130. Agnè Thurnauer, galerie Valérie Bach

Agnès Thurnauer : Autoportrait into abstraction #3, 2014. Crayons de couleur sur toile, 195 cm x 130. Agnè Thurnauer, galerie Valérie Bach

Autre temps

De la Belgique à l'Italie avec ce papier sensible de l'artiste américain Michael Ryan, à la galerie romaine Anna Marra Contemporanea. Ryan a étudié à Chicago et il vit aujourd'hui à New York. L'artiste s'inspire des photographies du siècle dernier et réalise des dessins grand format. Il pratique par stratification de feuilles de papier, en utilisant graphite, encre et craie. J'observe cette jeune femme allongée, qui me semble être d'un autre temps. C'est une Ophélie des temps modernes. Le crayon de l'artiste sait jongler avec les siècles.

Michael Ryan : Sleeping Pill, 2015. Technique mixte sur papier, 153 cm x 115. Anna Maria Contemporanea.

Michael Ryan : Sleeping Pill, 2015. Technique mixte sur papier, 153 cm x 115. Anna Maria Contemporanea.

Emotion

Un gros coup de cœur pour les grands plexiglas d'Imi Knoebel, exposés à la galerie Thaddaeus Ropac avec Caroline Smulders. Knoebel est le fondateur du minimalisme allemand. Dès le début de sa carrière en 1971, il se place dans la lignée de Malevitch. Chez Imi Knoebel, le trait est souverain, il refuse tout ce qui accessoire. Il cherche, avec une forme pure, à déclencher une émotion authentique. Face à moi, plusieurs plexiglas recouverts de peinture acrylique, que l'artiste a gratté par la suite. Sans aucun doute, il y a une vraie profondeur dans ses travaux.

Imi Knoebel : Schwarze Acryglaszeichung No 10, 1991. laque acrylique, 206 cm x 149. Courtesy galerie Thaddaus Ropac / Caroline Smulders

Imi Knoebel : Schwarze Acryglaszeichung No 10, 1991. laque acrylique, 206 cm x 149. Courtesy galerie Thaddaus Ropac / Caroline Smulders

Subtilité

Je m'arrête un instant sur le stand de la galerie Semoise, pour admirer les magnifiques dessins d'Hippolyte Hentgen : de grands corps blancs fantomatiques, d'étranges danseuses qui s'imposent sur un fond gris tendre et végétal : subtil.

Corps à prendre

A la galerie française Odile Ouiszman, ce corps, dessiné par Iris Levasseur, semble à prendre, comme les livres derrière, ce qui est presque gênant. Cette femme est-elle fatiguée ? Droguée ? Endormie ? Morte ? Allez savoir... Je remarque que la torsion du corps est légèrement exagérée, un peu comme dans les tableaux de Francis Bacon, peintre que j'aime beaucoup, qui lui aussi proposait des corps à prendre...

Iris Levasseur : Betty bibliothèque, 2014. Fusain et graphite sur papier, 114 cm x 146. Iris Levasseur, galerie Odile Ouizeman

Iris Levasseur : Betty bibliothèque, 2014. Fusain et graphite sur papier, 114 cm x 146. Iris Levasseur, galerie Odile Ouizeman

Silence

Geneviève Asse, née en 1923 à Vannes est considérée, par de nombreux experts, comme une figure majeure de la peinture contemporaine. Elle partage son temps entre Paris et l'Ile aux Moines. "Il me semble que c'est par le dessin qu'on atteint l'intériorité", écrit l'artiste. Je contemple ces deux feuilles. Effectivement, derrière la simplicité du trait, il y a comme une fragilité et un silence qui s'imposent.

Geneviève Asse : sans titre, 2012. Huile et crayon Conté sur papier, 29,8 cm x 21. Geneviève Asse, courtesy galerie Catherine Putman

Geneviève Asse : sans titre, 2012. Huile et crayon Conté sur papier, 29,8 cm x 21. Geneviève Asse, courtesy galerie Catherine Putman

Théâtre

Un gros coup de cœur pour la série de dessins d'Ethan Murrow, à la Galerie Particulière. L'artiste est né en 1976 aux USA. Ethan Murrow, avec une technique incroyable, joue sur plusieurs images. L'observateur devient l'acteur et le témoin d'une grande théâtralisation de l'espace. Le mur devant, dans la partie inférieure, renforce l'idée d'un spectateur devenu un peu voyeur. En tous cas, cette œuvre est très séduisante.

Ethan Murrow : Commonplace, 2015. Graphite sur papier, 11,7 cm x 11,7. Ethan Murrow

Ethan Murrow : Commonplace, 2015. Graphite sur papier, 11,7 cm x 11,7. Ethan Murrow

Et voici un autre dessin du même artiste, toujours le même sens du drame et du théâtre. Il ressemble à une vielle affiche. Je m'approche et je fixe le coin droit, en bas. Je remarque qu'il est effrité, rogné, comme un vieux papier. L'artiste joue donc avec le sens de la réalité d'une image, afin de perturber la vision de l'observateur. Malgré les costumes portés par les personnages, il est difficile de dater la scène. Que vient faire ce panneau, en bas à droite, au beau milieu de la fôrêt ?

Ethan Murrow : dessin. Courtesy galerie Particulière.

Ethan Murrow : dessin. Courtesy galerie Particulière.

Fausse naïveté

Les dessins de Frédéric Coché, à la galerie de la Ferronerie vont à l'encontre de la mode. Ils paraissent presque kitch tellement ils sont coloré et naifs, en apparence seulement. Ce papier me rappelle les toiles de David Gaspard Friedrich. Il ya un petit côté bavarois dans l'oeuvre de Coché qui peut surprendre, mais il y a également une vraie maîtrise de la couleur et de la profondeur de champ. Coché aime bien opposer les belles couleurs acidulées à la gravité du sujet choisi. Que s'est-il passé au fond de cette cavité ?

Frédéric Coché : Néandertale. Crayons de couleur. Courtesy galerie de la Ferronerie / Brigitte Négrier

Frédéric Coché : Néandertale. Crayons de couleur. Courtesy galerie de la Ferronerie / Brigitte Négrier

Dessin au couteau

Maike Freess, né en 1965, est exposé à la galerie belge Mazel. Son coup de crayon est aussi incisif qu'une lame de couteau. Face à moi, un papier dévoilant des formes plus ou moins torturées. Il se noue un drame sous mes yeux mais je suis incapable de savoir lequel. La position des mains du personnage évoque un marionnettiste, mais il n'y a pas de fils. Cette œuvre me rappelle le néo expressionisme allemand.

Maike Freess : Pulse Remains silence, 2014-15. mine de plomb. 200 cm x 100. Maike freess & galerie Mazel

Maike Freess : Pulse Remains silence, 2014-15. mine de plomb. 200 cm x 100. Maike freess & galerie Mazel

Traces

Un coup de cœur pour une artiste d'origine asiatique, qui vit et travaille à Paris depuis 10 ans : Mari Minato à  la galerie Eric Dupont. Elle a étudiée dix ans au Japon et travaille avec un gros pinceau asiatique, celui qu'utilisent les calligraphes. Ses dessins, très colorés, se résument à de larges traces suspendues dans l'espace. Le vide est aussi important que le plein, une spécificité artistique asiatique. Je regarde ces œuvres, ce sont de belles invitations au voyage, exemple :

Mari Minato : Série gallo-romain VII. 2015. Courtesy galerie Eric Dupont, Mari Minato

Mari Minato : Série gallo-romain VII. 2015. Courtesy galerie Eric Dupont, Mari Minato

Stylo et ruines

La galerie Metropolis présente deux dessins réalisés au stylo bille par Helena Hauss, une toute jeune artiste. Elle représente son époque. J'observe une jeune adolescente de dos, en sous vêtement, écoutant de la musique. Hauss dessine le moindre détail : la culotte, les revues, la courbe d'un blouson : une précision extrême. La même galerie présente aussi ce beau dessin au fusain mouillé de Thomas Léon, né en 1981. Lui aussi parle de notre époque. Il juxtapose plusieurs images urbaines et donne ainsi une impression de mouvement. Son dessin me fait un peu penser aux grandes toiles représentant des ruines d'Hubert Robert....

Thomas Léon : Unidentified Space Station, 2015. Graphite sur papier, 160 cm x 120. Galerie Metropolis.

Thomas Léon : Unidentified Space Station, 2015. Graphite sur papier, 160 cm x 120. Galerie Metropolis.

Méli-mélo historique

Quel plaisir de retrouver le travail d'Agathe Pitié chez Soskine INC, galerie américano- espagnole. J'ai déjà vu ses travaux dans de nombreuses expositions. Les dessins de la française Agathe Pitié sont toujours chargés comme une enluminure ou un chapiteau médiéval. L'artiste mêle mythologie antique et culture contemporaine populaire. A l'arrivée, elle crée un monde imaginaire qui mérite d'être regarder à la loupe. J'examine longtemps ce dessin plein d'humour, dans lequel un cerf, dans une position un poil exagérée, écrase un chasseur : un régal.

Agathe Pitié : Combardus Mortuis-The Deer Hunter, 2015. Encre de Chine sur papier de cannabis, 24 cm x 32. Agathe Pitié.

Agathe Pitié : Combardus Mortuis-The Deer Hunter, 2015. Encre de Chine sur papier de cannabis, 24 cm x 32. Agathe Pitié.

Précision

Allez, je continue, pas question de molir, le temps joue contre moi, je sais qu'il va y avoir de plus en plus de monde.Chaque minute compte. Je découvre un artiste portugais : Joao Vilhena, né en 1973. Il est présenté par la galerie française Alberta Pane. Je suis stupéfait par la précision. Voilà encore une œuvre troublante, pleine de non dits. Elle m'évoque les vieilles cartes postales et ne manque pas de nostalgie. Bizzarement, l'artiste a placé sa composition de travers sur la feuille blanche, peut-être une volonté de rajouter un caractère désuet à son oeuvre, comme s'il s'agissait d'un carton oublié sur une table.

Joao Vilhena : Corps de l'amour, 2015. Dessin, crayons de couleurs, gouache et mine de plomb sur papier, 42 cm x 29,7. Joao Vilhena, courtesy galerie Alberta Pane.

Joao Vilhena : Corps de l'amour, 2015. Dessin, crayons de couleurs, gouache et mine de plomb sur papier, 42 cm x 29,7. Joao Vilhena, courtesy galerie Alberta Pane.

Radio

La galerie Christian Berst est bien connue des amateurs d'art brut. Elle expose ce surprenant dessin sur radio médicale, de l'artiste Eric Bennetto, né en 1972. Je trouve ce travail assez surprenant.

Eric Benetto : sans titre, 2010. Encre de Chine sur radios médicales, 156 cm x 62. Christian Berst art brut

Eric Benetto : sans titre, 2010. Encre de Chine sur radios médicales, 156 cm x 62. Christian Berst art brut

Un certain regard

Je m'arrête un instant devant ce portrait, très fort, à la galerie Mathias Coullaud. Il est l'œuvre de Grégory Forstner. Ce français né en 1975 au Cameroun, d'une mère française et d'un père autrichien, vit à Brooklyn depuis 2008. Il se nourrit de ses nombreux voyages. Les travaux picturaux de Grégory Forstner sont présents dans des collections telles que le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris ou le musée de Grenoble. J'ai déjà vu ses peintures lors de la dernière exposition Officielle (Fiac). J'admire un grand Bacchus à tête de mort et une série de dessins dont celui-ci, que je trouve extrêmement percutant.

Grégory Forstner : Le Majordome, 2016. Fusain sur papier, 127 cm x 97. Courtesy Grégory Forstner

Grégory Forstner : Le Majordome, 2016. Fusain sur papier, 127 cm x 97. Courtesy Grégory Forstner

Paysage sur tabouret

Ce tabouret de Massinissa Selmani est d'une simplicité étrange, d'autant que l'artiste propose aussi un choc des images : une cheminée qui fume à côté d'une éolienne. Quelques arbres donnent l'impression que le paysage est "punaisé" sur le tabouret. Ce surréalisme doux n'est pas sans charme.

Massinissa Selmani : La Maquette No V, 2015. Graphite sur papier, 60 cm x 50. Série les Maquettes. Selma Feriani gallery, Massinissa Selmani.

Massinissa Selmani : La Maquette No V, 2015. Graphite sur papier, 60 cm x 50. Série les Maquettes. Selma Feriani gallery, Massinissa Selmani.

Bons plans

Beaucoup de monde sur le stand de la galerie Eva Hober. Quelques collectionneurs écarquillent les yeux face aux dessins, au rotring sur fond noir, de Clément Bagot, né en 1972. Chaque papier se résume à une multitude de petites courbes ou de petits traits blancs. L'ensemble pourrait faire penser à un plan vu du ciel. C'est superbe et surprenant.

Clément Bagot : Reixel. Encre blanche sur papier noir, 50 cm x 70. Courtesy galerie Eva Hober.

Clément Bagot : Reixel. Encre blanche sur papier noir, 50 cm x 70. Courtesy galerie Eva Hober.

Du côté de chez Ingres

Sans aucun doute, Bernardi Roig, né en 1965, s'impose avec ce dessin inspiré par Ingres. C'est un hommage au tableau d'Ingres "Monsieur Bertin",du Louvre. Avec les bâtons de la partie inférieure, Roig fait directement allusion à l'emprisonnement de Louis-François Bertin, patron de presse et homme politique, incarcéré avant d'être exilé sur l'île d'Elbe. Il était suspecté de royalisme et de sympathie envers les émigrés. Roig met donc l'accent sur la liberté d'expression. Son dessin est un savant mélange de modernité et de classicisme.

Bernard Roig : Je est un autre, III. 2012, fusain et cendre sur papier, 100 cm x 70. Courtesy de l'artiste et galerie Marie-laure Fleisch

Bernard Roig : Je est un autre, III. 2012, fusain et cendre sur papier, 100 cm x 70. Courtesy de l'artiste et galerie Marie-laure Fleisch

Onirique

Les allées se remplissent. Désormais je dois un peu jouer des coudes pour voir les œuvres. Chez Maïa Muller, je découvre le travail d'une jeune artiste : Camille Fischer. Elle juxtapose plusieurs œuvres en une et cela donne l'impression d'une installation. Le fond ressemble à un vieux papier peint, il accueille plusieurs petits cadres. Ce travail pictural jongle avec la notion de temps et témoigne d'une grande nostalgie. L'œuvre s'intitule "Snake dance" et s'inspirerait du rituel orgiaque décrit par Euripide dans les Bacchantes, des femmes vivant dans les bois et vouant un culte à Dionysos dansaient avec des serpents. La réalisation de Camille Fisher fait glisser l'observateur dans un doux rêve plein de portes secrètes.Tout un programme.

Frontières

Tiens, quelques papillons chez Lelong. Ils font partie des nombreux objets que récolte, sur les marchés aux puces, l'artiste américaine Jane Hammond, née en 1950. Elle vit et travaille à New York. Son objectif est de donner une seconde vie aux objets. Pour ce faire, elle pratique, le collage, le montage ou le détournement de livre. Jane Hammond aime montrer des cartes de zones de conflits, sur lesquelles elle rajoute des papillons qui symbolisent les frontières. Des œuvres, de cette artiste engagée, figurent dans les collections du MoMA, de la BNF ou de l'Albertina de Vienne.

Jane Hammond : Trois vierges, 2015. Technique mixte sur papier, 160 cm x 157,5. Galerie Lelong, Paris. Photo Fabrice Gibert

Jane Hammond : Trois vierges, 2015. Technique mixte sur papier, 160 cm x 157,5. Galerie Lelong, Paris. Photo Fabrice Gibert

Spirale

Un coup de cœur chez Heide Contemporary Art pour un grand dessin abstrait de Thomas Müller. C’est une grande volute de lignes parallèles, au mouvement doux et envoûtant. Elle a été réalisée à la mine de plomb. L'œuvre de Thomas Müller serait une réflexion sur notre univers et ses différentes formes. Admettons...Le même artiste propose une série de petits dessins où les lignes s'embrassent ou se repoussent, comme celui-ci.

Thomas Mûller : Sans titre, 2015. Craie, encre de Chine et acrylique sur papier, 29,7 cm x 21. courtesy de l'artiste et Patrick Heide Contemporary Art.

Thomas Mûller : Sans titre, 2015. Craie, encre de Chine et acrylique sur papier, 29,7 cm x 21. courtesy de l'artiste et Patrick Heide Contemporary Art.

Détente

Les allées ressemblent de plus en plus à une soirée mondaine, quelques VIP me dépassent. Je découvre devant moi plusieurs petits personnages poétiques et joyeusement fantaisistes de Guillaume Talbi. Ce jeune homme à la houpette de Tintin remplit de nombreux carnets de formes anthropomorphiques et travaille en parallèle la terre cuite. Son travail très personnel frôle l'art brut, sans jamais tomber dans cette carégorie.

Nature compulsive

La galerie Papillon, une habituée des lieux, expose une artiste polonaise : Tatiana Wolska, née en 1977. En 1974, elle obtient le grand prix du Salon de Montrouge. Ce dessin au feutre, stabilo et encre de Chine, suggère un paysage, peut-être maritime. Je trouve qu'il y a quelque chose d'obsessionnel, dans les courbes de ce dessin envoûtant.

Tatiana Wolska : sans titre, 2015. Feutre marqueur, stabilo, encre de Chine, 50 cm x 65. Courtesy galerie Papillon.

Tatiana Wolska : sans titre, 2015. Feutre marqueur, stabilo, encre de Chine, 50 cm x 65. Courtesy galerie Papillon.

Gazouillis

Beaucoup plus doux; ces petits oiseaux, très poétiques de Jochen Gerner, né en 1970, exposé par la galerie Anne Barrault. Diplômé des Beaux Arts de Nancy, il adore détourner les codes visuels. Il réalise de nombreux dessins de presse (Libération, le Monde, les Inrockuptibles, Télérama etc.). Je regarde une belle série de dessins, un oiseau par ci, un oiseau par là : charmant. Mais j'ai l'impression que ces bestioles, ne sont jamais là où elles devraient être. Ce sont des oiseaux-objets sans patte. Sont-ils encore symboles de liberté ? Cet artiste vient d'obtenir le Prix Drawing Now 2016.

Jochen Gerner : Ornithologie 5, 2015. Encre de Chine sur support imprimé, 17,7 cm x 13,8. Courtesy galerie Anne Barrault.

Jochen Gerner : Ornithologie 5, 2015. Encre de Chine sur support imprimé, 17,7 cm x 13,8. Courtesy galerie Anne Barrault.

Le maître

Allez, il est temps pour moi d'aller voir les maîtres, les précurseurs. Je suis attiré par ce papier noir de Pierre Alechinsky, un artiste qu'on ne présente plus et que j'aime beaucoup. Comme toujours, il multiplie les cadres tout en gardant une unité. Deux carrés et un rectangle se succèdent en verticale. Ce n'est pas un dessin, c'est une musique, une vague. Je le trouve superbe.

Pierre Alechinsky : Tierce personne,1976-77. Encre sur papier, 213 cm x 91. Courtesy galerie Lelong.

Pierre Alechinsky : Tierce personne,1976-77. Encre sur papier, 213 cm x 91. Courtesy galerie Lelong.

Trois critères m'ont sauté aux yeux lors de cette longue visite : l'importance accordée à la technique, la multiplication des médiums utilisés et l'omniprésence d'une espèce de malaise. Quoiqu'il en soit, si vous voulez découvrir l'extraordinaire diversité et le savoir faire des jeunes artistes contemporains, c'est au Carreau du Temple qu'il faut aller. Du haut de ses dix ans, Drawing Now a toujours la frite, la patate, la pêche et moi cela aurait tendance à me donner la banane. En dix ans, Drawing Now (Carreau du temple), a réussi à prouver aux collectionneurs, aux médias et au public, que le dessin est tout sauf un art mineur. Bravo. Il y a vingt ans, beaucoup pensaient le contraire...
Carreau du Temple : 4 rue Eugène Spuller. 75003 Paris.

30 mars : de 13h à 18h.

Du 31 mars au 03 avril : de 11h à 20h.

Entrée : 16 euros / TR : 9.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfermement

Là, les frontières sont encore incertaines, mais mentale cette fois ci. Adolescent, Damian Valdes Dilla, né en 1970, est victime de crises de paranoïa et d'hallucinations. Il vite diagnostiqué schizophrène. Il commence par dessiner des hippies et des mobylettes, puis il réalise des maquettes de villes, en bois. Il rajoute dedans des objets de récupérations. Avec le temps, les objets se raréfient, il décide donc de passer au dessin. J'observe avec attention cette ville, dans laquelle la notion d'enfermement, de toile d'araignée. Parfois, Damian Dilla montre explicitement