La fondation Maeght fête ses 50 ans au domaine de Kerguéhennec

Le domaine de Kerguéhennec, lieu de conservation et de présentation de la collection Tal Coat, rend hommage à la Fondation Maeght en proposant jusqu'au 2 novembre 2014 l'exposition : "Fondation Maeght. De Giacometti à Tàpies, 50 ans de collection". Une bonne occasion pour découvrir le génie d'Aimé Maeght et de sa femme Marguerite. 

1300 km séparent le domaine de Kerguéhennec de la Fondation Maeght mais les deux partagent des convictions communes au service de la création. Dans les deux cas, l'art contemporain dialogue avec un jardin, un parc, poussant le visiteur à la contemplation, pour ne pas dire à la méditation. Sur les deux sites, on cultive l'ouverture d'esprit et le sens du partage. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Olivier Kaeppelin, directeur artistique de la Fondation et Olivier Delavallade, directeur du domaine, se soient entendus pour organiser à Kerguéhennec, un hommage à Aimé et Marguerite Maeght, à travers une exposition allant de Giacometti à Tapies.

Domaine de Kerguéhennec.  Photo Cuisset. DR.

Domaine de Kerguéhennec. Photo Cuisset. DR.

Cette présentation s'attache aussi à montrer, des artistes moins connus du grand public et parfois un peu oubliés comme l'américain Brice Marden. Ses toiles sombres, monochromes, me font un peu penser à Zurbaran. Je pourrais aussi citer Jean Paul Riopelle, Stämpfli, etc...

Architecture

L'exposition commence par trois salles qui traitent du problème de la ligne. Je devrais dire des lignes, car entre la ligne majestueuse et dompteuse de lumière de Soulages, la ligne gestuelle et spontanée de Hartung et la ligne créatrice de sensations d'architecture de Chillida, il y a de grosses différences. Dans ce collage, Chillida, grand sculpteur, décédé en 2002, casse sa ligne, ose quelques verticales, et tout d'un coup, le schéma d'une ville apparaît. Pas étonnant, Chillida commence sa carrière par des études d'architecture, ça se voit dans ses sculptures mais aussi dans ses collages, comme celui-ci.

Eduardo Chillida : collage, 1969. Collage sur  papier, 105 cm x 75. Zabalaga-Leku, Adagp, Paris 2014.

Eduardo Chillida : collage, 1969. Collage sur papier, 105 cm x 75. Zabalaga-Leku, Adagp, Paris 2014.

Sérieux et spontanéité

Dans ce dessin de Tàpies, la ligne est particulièrement indocile, spontanée. L'ensemble est très asiatisant et me rappelle les maîtres calligraphes Sho japonais. Tàpies s'intéresse beaucoup à la philosophie, à l'art oriental et à la calligraphie. Là encore, ça se voit :

Antoni Tapies : Signes, 1979. Encre de Chine et crayon gras, 78,5 cm x 57,5. Fundacio Antoni Tapies, Barcelone / ADAGP,Paris 2014.

Antoni Tàpies : Signes, 1979. Encre de Chine et crayon gras, 78,5 cm x 57,5. Fundacio Antoni Tàpies, Barcelone / ADAGP,Paris 2014.

Sensualité

Une œuvre de Pablo Palazuelo, né en 1915 à Madrid, marie couleur, ligne, austérité, mais aussi sensualité. C'est un jeu subtil de formes qui ne demandent qu'à s'emboîter ou se frôler. C’est une simple peinture abstraite et pourtant elle dégage une sensation quasi érotique, avec autant de force que d'originalité. Palazuelo est très célèbre en Espagne, lui aussi a une formation d'architecte et là encore... ça se voit ! Il y a un vrai sens de la construction, de l'équilibre, dans cette composition.

Pablo Palazuelo : Omphale II, 1962. Huile sur toile, 277 cm x 207. Archives Fondation Maeght, Saint Paul de Vence. ADAGP, Paris 2014. Photo Claude Germain.

Pablo Palazuelo : Omphale II, 1962. Huile sur toile, 277 cm x 207. Archives Fondation Maeght, Saint Paul de Vence. ADAGP, Paris 2014. Photo Claude Germain.

Tendresse

Chez Bram Van Velde, la ligne devient paysage. Le mariage entre formes colorées et traits est aussi très architectural. Quelques effets de coulures apportent un aspect maritime à la toile. Il faut aussi rajouter la douceur, pour ne pas dire la tendresse des couleurs, qui évoque les nuances subtiles des lumières de bord de mer. "Cette lumière qu'on atteint parfois, on ne la garde pas dans sa poche. On la perd aussitôt. Il faut chaque fois se lancer à sa recherche" disait le peintre. Comme toujours chez Bram Van Velde, la notion d'enfermement très présente. Elle peut même générer une certaine angoisse.

Bram Van Velde : sans titre, 1966. Huile sur toile, 130 cm x 195. ADAGP, paris 2014. Photo Claude Germain.

Bram Van Velde : sans titre, 1966. Huile sur toile, 130 cm x 195. ADAGP, paris 2014. Photo Claude Germain.

De la ligne au cinéma

Si l'exposition s'attache surtout à montrer la force et la singularité des artistes choisis, surtout par "Les amis de la fondation Maeght", elle rend aussi hommage à deux mouvements de l'histoire de l'art de ces clinquantes dernières années : la figuration narrative et Support/Surface.

Avec Arroyo, la figure humaine s'impose, mais l'homme est fragile. C'est un être puzzle qui pourrait se réduire facilement à quelques tâches de couleurs. Pourtant, il est bien réel. Arroyo peint non seulement la réalité de l'être mais aussi sa souffrance et son doute. C'est pourquoi, toutes ses compositions ont des allures de collages. Autrement dit, si l'oeuvre commence par une ligne précise, elle se termine par un point d'interrogation et là est tout l'intérêt du tableau. Cette toile en est un exemple : un titre mystérieux ("Toute la ville en parle"), un personnage central qui se résume à quelques traits et qui est à deux doigts de basculer, sans oublier derrière une scène digne d'un fait divers, un cambriolage avec une victime allongée à l'arrière plan ? A cela, il faut rajouter un panneau signalétique avec une main, aussi autoritaire que celle de Dieu et une nuit noire très inquiétante afin de renforcer la dramaturgie. Cette toile est à la fois une histoire simple, digne d'un polar de gare, et un jeu de pistes pour l'esprit. Elle pourrait être la première image d'un film en devenir.

Edouardo Arroyo : Toute la ville en parle, 1982. Huile sur toile, 212 cm x 160. Arcives Fondation maeght, Saint Paul de Vence, photo Claude Germain. ADAGP, Paris 2014

Edouardo Arroyo : Toute la ville en parle, 1982. Huile sur toile, 212 cm x 160. Archives Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, photo Claude Germain. ADAGP, Paris 2014

Peinture et spiritualité

Jean Louis Prat, directeur de la Fondation à Saint Paul de Vence  de 1969 à 2004 a enrichi les collections d’œuvres efficaces, comme celles de Viallat que j'aime beaucoup. Né en 1936 à Nîmes, il se demande sans cesse comment peindre au XXe siècle. Il est co-fondateur du groupe Support/Surface. Ce tableau résume bien sa démarche artistique : de la peinture avant tout, une seule forme qui ressemble à un haricot, répétée de nombreuses fois, un support et un ensemble qui évoquent une chasuble ou un textile religieux tibétains. En fait, il se sert d'un pochoir et peint sur des bâches, toiles de tentes ou de parasols avec une peinture très liquide, pour mieux imprégner le tissu.

Claude Viallat : C.F.2.8.3, 1968. Acrylique sur toile, 448 cm x 210. Archives Fondation Maeght, Saint Paul de Vence. Photo Claude Germain. Adagp, Paris 2014.

Claude Viallat : C.F.2.8.3, 1968. Acrylique sur toile, 448 cm x 210. Archives Fondation Maeght, Saint Paul de Vence. Photo Claude Germain. Adagp, Paris 2014.

Cette magnifique grande toile d'Alechinsky, propose une nouvelle vision céleste. C’est un monde entier qui est proposé au visiteur. Une telle œuvre s'impose aux regards et aux cerveaux immédiatement. Il y a dans cette oeuvre un rapport à la spiritualité qui saute aux yeux. J’ai l'impression d'un orage divin en haut du tableau et de la figuration de la petitesse terrestre en bas. La profondeur de ce bleu n'a rien à envier à Yves Klein ou Vincent Van Gogh. J'aime beaucoup ce tableau extrêmement vivant.

Pierre Alechinsky : Le partage des eaux, 1990-1991. Acrylique sur papier de TaÏwan marouflé sur toile avec prédell, 286 cm x 269. Archives Fondation Maeght, Saint- Paul de Vence. ADAGP, Paris 2014.

Pierre Alechinsky : Le partage des eaux, 1990-1991. Acrylique sur papier de TaÏwan marouflé sur toile avec prédell, 286 cm x 269. Archives Fondation Maeght, Saint- Paul de Vence. Photo Claude Germain. ADAGP, Paris 2014.

Un anniversaire, ça se fête

Le domaine de Kerguéhennec n'est pas le seul à s'associer aux 50 ans de collection de la Fondation Maegtht et à rendre hommage aux Maeght. Le musée Picasso d'Antibes propose un hommage à Joan Miro. Le Macmac de Nice fête Alexandre Calder. Le musée niçois Marc Chagall montre "La vie de Marc Chagall". Le musée Fernand Léger de Biot propose à l'occasion des 50 ans de la Fondation Maeght, une "partie de campagne" de Fernand Léger. Le musée de la céramique de Vallauris à Golfe-Juan présente "La Fondation Maeght et la céramique". Le château de Villeneuve à Vence explique au public la correspondance entre Jean Dubuffet et Witold Gombrowicz, peintre écorché. Bien sûr, je ne dois pas oublier l'exposition " Face à l'œuvre" à la Fondation elle-même (du 28 juin au 11 novembre 2014). Cette présentation remettra en perspective la manière dont Aimé Maeght et son épouse Marguerite, ont choisi les œuvres : pour leurs univers, leur force, leur puissance d'émotion. Vous l'avez compris, c'est toute la région Paca qui souffle les bougies de cet anniversaire.

Art et amitiés

La Fondation privée d'art moderne et contemporain, Maeght, compte parmi les grandes institutions internationales consacrées à l'innovation et à la création. De plus, elle donne aux artistes la possibilité de se rencontrer et de travailler ensemble. Aimé Maeght avait tout compris, sa démarche serait, encore aujourd'hui, à suivre. En 2014, la famille maintient, plus ou moins bien, cet état d'esprit fait d'empathie et de curiosité. Les expositions, plus ou moins réussies, attirent toujours un large public : 200.000 visiteurs par an viennent admirer les créations et l'architecture, qui n'a pas pris une ride, de Joseph Lluis Sert.

Fondation Maeght à Saint Paul de Vence. Photo J.J L'Héritier. Archives Fondation Maeght.

Fondation Maeght à Saint Paul de Vence. Photo J.J L'Héritier. Archives Fondation Maeght.

Depuis 1964, la Fondation salue à travers ses expositions : Bonnard, Braque, Matisse, Miro, Giacometti, Soulages, Barcelo, etc. Il m'est impossible de citer tous les artistes majeurs qui y ont exposés. Le 29 Août 1959, Aimé Maeght écrit à Joan Miro : "Oui, mon cher Joan, nous réaliserons une œuvre unique au monde qui restera dans le temps et dans les esprits, comme le témoignage de notre civilisation". Quelques années plus tard, l'objectif était réussi.

La Fondation a été inaugurée le 28 juillet 1964 en présence du ministre de la Culture André Malraux. Quiconque pénètre dans les jardins et observe le bassin aux poissons de Georges Braque, comprend tout de suite qu'il est entré dans un vrai paradis artistique, la preuve :

Vue de la Fondation Maeght avec le bassin de Georges Braque, les poissons, 1963. Mosaïque, 460 cm x 1214. Archives Fondation Maeght, Adagp, Paris 2014.

Vue de la Fondation Maeght avec le bassin de Georges Braque, les poissons, 1963. Mosaïque, 460 cm x 1214. Archives Fondation Maeght, Adagp, Paris 2014.

Fondation Maeght - 623 chemin des Gardettes 06570 Saint Paul de Vence.

Octobre-juin : 10h - 18h.

Juillet-septembre : 10h - 19h.

Entrée : 15 euros.

Domaine de Kerguéhennec (Morbihan) 56500 Bignan.

Ouvert tous les jours de 11h à 19h.

Entrée libre.