"Paris Tableau 2013" : les classiques en pleine forme

Antoine Vestier (1740 - 1824), galerie Coatelem / Ecole anglaise (1800), galerie Kunsthandel P.de Boer. DR.

 

Jusqu'au 17 novembre, le Palais de la Bourse  accueille "Paris Tableau" : 22 marchands de tableaux anciens y présentent leurs trésors. Au fil des ans, ce salon de la peinture ancienne a su trouver sa place. 6 000 visiteurs l'an dernier, probablement plus cette année. Visite.

A l’heure où les expositions d’art contemporain se multiplient, il est parfois bon de se rappeler que les amateurs de peintures anciennes existent encore. Il faut également savoir que beaucoup d’artistes actuels ont une bonne connaissance de la peinture des siècles passés. Pour voir des tableaux anciens et rencontrer spécialistes et amateurs, il faut se rendre à Paris Tableau au palais Brongniart, autrement dit : la Bourse. C’est une manifestation haut de gamme crée par deux marchands, un Italien et un Hollandais installés en France.

Pour cette édition, 22 marchands exposent leurs trésors. L’an dernier, les collectionneurs américains étaient venus. Le marché de l’exportation d’œuvres anciennes vers les Etats-Unis est extrêmement important. "Paris Tableau" n’est pas le genre d'endroit où on arrive la casquette à l’envers, mais cet événement, certes un peu élitiste, mérite tout de même le détour car il y a des merveilles. Le soir du vernissage, il y a beaucoup de monde. Dans les allées, on parle anglais, italien, allemand, etc.

Prestigieux

Un des clous du « spectacle » est accroché à la galerie Aaron, c’est un tableau de Alexandre – Evariste Fragonard, autrement dit le fils de Honoré. Il s’intitule : Le triomphe d’Homère. C’est une œuvre grandiloquente, onirique, lyrique, théâtrale, spectaculaire où de nombreuses fumées se mêlent aux nuages. Elle serait estimée autour de 250 000 euros.

Alexandre - Evariste Fragonard :Le triomphe d'Homère. Huile sur toile, 196 cm x 130. Courtesy galerie Didier Aaron & Cie.

Alexandre - Evariste Fragonard :Le triomphe d'Homère. Huile sur toile, 196 cm x 130. Courtesy galerie Didier Aaron & Cie.

 Portraits

La galerie Weiss située dans le prestigieux quartier St James à Londres, présente un petit tableau, réattribué depuis peu de temps à Rubens, par le professeur Arnoult Balis, président du Rubenianum d’Anvers. C’est une étude vivante et vigoureuse. Un vieil homme penche légèrement la tête.  Les cheveux et la barbe entourent la face, comme si le visage était pris dans un tourbillon, ce qui donne tout son dynamisme à l’œuvre.

Sir Peter Paul Rubens :   Etude d' un vieil homme, 1615 - 1618. Huile sur panneau, 48 cm x 37,5 .Courtesy galerie Weiss.

Sir Peter Paul Rubens : Etude d' un vieil homme, 1615 - 1618. Huile sur panneau, 48 cm x 37,5 .Courtesy galerie Weiss.

Cheveux et barbe encore dans ce portrait de Holbein le jeune, présenté par la même galerie. Cette fois ci, le personnage masculin est totalement de profil. Les petits cheveux sur le cou, les poils de barbe et les cils sont d’une précision extrême. La bouche fermée, la fixité du regard, la pointe du nez  donnent au personnage toute son autorité.

Hans Holbein le Jeune : Sir Thomas Wyatt le Jeune, 1521 - 1554. Huile sur tondo, D : 32 cm. Courtesy galerie Weiss.

Hans Holbein le Jeune : Sir Thomas Wyatt le Jeune, 1521 - 1554. Huile sur tondo, D : 32 cm. Courtesy galerie Weiss.

Paysage miraculé

Chez Michel Descours, c’est du rêve exotique qui attend le visiteur avec ce pont de bambou. Les formes courbes du pont répondent à celles des montagnes et du ruisseau et cela donne une impression de douceur à l’ensemble de l’œuvre. La précision de la végétation et la petitesse des personnages renforcent encore cette impression de « Paradis perdu ». J'adore ce petit tableau.

Antoine Payen : Pont de bambou sur la rivière Tjisadane à Bogor (Java-ouest), 1818. Huile sur panneau, 49 cm x 29. Didier Michalet / Galerie Michel Descours.

Antoine Payen : Pont de bambou sur la rivière Tjisadane à Bogor (Java-ouest), 1818. Huile sur panneau, 49 cm x 29. Didier Michalet / Galerie Michel Descours.

Mais ce tableau de Payen est un miraculé. C’est un des premiers tableaux de l’artiste nommé "peintre de Indes orientales des Pays Bas" en 1817. Payen le donna au gouverneur de la Colonie, qui subit avec son tableau, un naufrage au large de l’ilot Diego Garcia. Mais le gouverneur ordonna qu’on sauve sa toile, ce qui fut fait. Ouf...

 Avec des dentelles

Le galeriste Jacques Leegenhoek  est issu d’une famille de restaurateurs de tableaux, il a longtemps travaillé au département peinture de Sotheby’s à Londres. Il expose à Paris Tableau un beau portrait de François Clouet. Avec son fond sans profondeur de champ et le regard du personnage perdu au loin, très au-delà du cadre du tableau, on trouve là les spécificités de François Clouet. Il s’agit d’un portrait féminin dans lequel la dame esquisse un sourire. Les dentelles qui entourent le cou, la multitude de perles qui brillent comme des petites ampoules électriques et les yeux en amandes donnent toute sa finesse à l’œuvre. François Clouet a hérité de la charge de son père Jean, il est donc devenu le peintre officiel de François Ier, puis de Henri II.

François Clouet (1510 - 1572) et atelier : Portrait d'une dame de qualité. Huile sur panneau, 36 cm x 25. Courtesy galerie Jacques Leegenhoek.

François Clouet (1510 - 1572) et atelier : Portrait d'une dame de qualité. Huile sur panneau, 36 cm x 25. Courtesy galerie Jacques Leegenhoek.

La galerie David Koetzer présente une œuvre similaire mais un peu moins aboutie. Pas de nom de peintre, juste école du nord (Pays bas). C’est une toute jeune fille, le visage entouré de dentelles d’une grande précision et d’une grande délicatesse. Mais le peintre inconnu a connu quelques difficultés avec le cou. Malgré le collier orange qui tente de masquer ce cou, la tête semble un peu trop posée sur le buste. Mais la bouche, le bout du nez et les yeux sont parfaitement réussis.

Ecole du nord (Pays Bas), portrait d'une jeune fille de 13 ans. 1620. Huile sur toile, 62,9 cm x 50,8. Courtesy galerie David Koetser.

Ecole du nord (Pays Bas), portrait d'une jeune fille de 13 ans. 1620. Huile sur toile, 62,9 cm x 50,8. Courtesy galerie David Koetser.

Chez Jean François Heim, on peut admirer ce portrait de Anne- louis Girodet : quel œil ! Je remarque que la courbe de la barbe qui suit celle du drapé.

Anne Louis Girodet : Portrait de Mardochée, 1790 - 1800. Huile sur toile, 61 cm x 49. Courtesy galerie Jean François Heim.

Anne Louis Girodet : Portrait de Mardochée, 1790 - 1800. Huile sur toile, 61 cm x 49. Courtesy galerie Jean François Heim.

 Un roi rare en Italie

Clovis n’est vraiment pas un sujet fréquent un Italie, ce tableau d’Orazio Riminaldi correspondrait donc à la commande d’un français présent à Rome durant la seconde décennie du XVII siècle. C’est une belle représentation du roi Clovis avec ses « outils » : hache et surtout le fameux vase de Soissons, symbole du rapprochement mérovingien sérieusement païen et du clergé sérieusement catholique. Le visage du roi est éclairé par quelques rehauts de lumière, sa tête est penchée alors que sa couronne semble à peine posée sur sa tête.

Orazio Riminaldi : Le roi Clovis, 1625. Huile sur toile, 134 cm x 98 .Courtesy galerie G. Sarti.

Orazio Riminaldi : Le roi Clovis, 1625. Huile sur toile, 134 cm x 98 .Courtesy galerie G. Sarti.

Comment concilier plaisir et générosité...

Sur une idée de Guillaume Kientz, conservateur au département de Peintures du Musée du Louvre, Paris Tableau 2013 met à l’honneur les collectionneurs qui font des dons aux musées, via une exposition intitulée "Sous réserve de l’usufruit".

Cette tradition ancienne de donations envers le Louvre, perpétuée par des grands collectionneurs comme les Rothschild, les Camondo ou les David-Weill, s’ouvre aujourd’hui à des amateurs moins fortunés, encouragés par des dispositions fiscales favorables. Si vous avez 56 ans, un revenu imposable de 40 000 euros et l’âme généreuse, vous pouvez avoir envie de donner un tableau d’une valeur de 10 000 euros. Compte tenu de votre âge, la valeur de la nue-propriété du tableau est de 5 000 euros. Vous pouvez donc en déduire 66%, soit 3 300 euros.

Au fil des années, le profil des donateurs du Louvre s’est élargi et des particuliers, pas forcément fortunés, participent aussi à l’enrichissement des collections nationales. Grâce à leurs dons en argent ou en nature, les musées nationaux peuvent ainsi élargir ou restaurer leurs collections. Ce tableau de Jean- François Millet est un don. Il est superbe même si je préfère encore un Poussin.

Jean François Millet dit Francisque Millet (1642 - 1679). Mercure découvrant Hersé de retour de la fête de Minerve, huile sur toile. 120,6 cm x 75. RMN- Grand Palais ( musée du Louvre) / Franck Raux.

Jean François Millet dit Francisque Millet (1642 - 1679). Mercure découvrant Hersé de retour de la fête de Minerve, huile sur toile. 120,6 cm x 75. RMN- Grand Palais ( musée du Louvre) / Franck Raux.

Et ce jeune Gaston, de l’artiste lyonnais Claudius Jacquand, ne connaîtrait pas les honneurs du Louvre si la famille de l’artiste n’en avait fait don en 1960 à l’Œuvre des Dames du Calvaire. Lors de la vente des biens de cette maison de bienfaisance, le marchand Michel Descours acquiert le tableau. Aujourd’hui, son propriétaire le donne au Louvre sous réserve d’usufruit. C’est un grand tableau aux couleurs douces. Ce turquoise est vraiment inattendu et devrait trouver sa place au Louvre.

Claudius Jacquand :Le jeune Gaston, dit l'Ange de Foix, 1838. Huile sur toile, 205 cm x 162. Courtesy galerie Michel Descours.

Claudius Jacquand :Le jeune Gaston, dit l'Ange de Foix, 1838. Huile sur toile, 205 cm x 162. Courtesy galerie Michel Descours.

 Le 13

Paris-tableau 2013 prouve une fois de plus qu’il faut encore compter sur les classiques. Amateurs de portraits, de paysages, de natures mortes et de cadres dorés devraient largement y trouver leur compte. Je suis heureux de la montée en puissance de cet événement de poids, et pas seulement monétaire... Le 13, un bon numéro.

Paris Tableau au Palais Brongniart, place de la Bourse. 75002 Paris.

11h - 20h.

Nocturne jusqu'à 22h le vendredi 15 novembre.
Fermeture à 17h le dimanche 17 novembre.
Entrée : 15 euros ( catalogue compris).