Fiac 2013 : tentaculaire, spectaculaire, déjantée

Tadashi Kawamata : Place Vendôme, 2013. Galerie Kamel Mennour / Mathias Bitzer : Le pierrot absurde, 2013. Courtesy Kadel Willborn, Düsseldorf.

Quarantième édition de la Fiac au Grand palais et développement de la Fiac hors les murs. Une foire de l'art contemporain aussi éclectique que dynamique. Visite.

40 ans et un bol d’air

A quarante ans la Fiac ne marque aucun signe de fatigue et son squelette a encore fière allure avec cette année 184 galeries venues de 25 pays, sous la verrière du Grand Palais. Pour fêter son anniversaire, la Fiac s’est emparée de Paris. Sculptures et installations investissent le jardin des Tuileries où Sam Falls, américain bien connu des collectionneurs a installé une monumentale structure qui joue avec le soleil puisqu’elle est anti UV à l’extérieur et sensible aux UV à l’intérieur. Un vrai travail d’ingénieur qui permet au soleil d’inscrire sa marque au fil de la journée.

Sam Falls : sans titre, jardin des Tuileries. Parois extérieures enduites de peintures aluminium UV. Parois intérieures thermolaquée enduites de peintures anti UV. 2,43 m x 3,65 x 9,14. Marc Domage / galerie Balice Heitling (Paris). Eva Presenhuber ( Zûrich).

Sam Falls : sans titre, jardin des Tuileries. Parois extérieures enduites de peintures aluminium UV. Parois intérieures thermolaquées, enduites de peintures anti UV. 2,43 m x 3,65 x 9,14. Marc Domage / galerie Balice Heitling (Paris). Eva Presenhuber ( Zûrich).

La place Vendôme  accueille les petites cabanes poétiques et effrontées du japonais Tadashi Kawamata. Une petite hutte type sans abris prend place en haut de la colonne Vendôme et même en haut d’un immeuble cossu. J’aime beaucoup ces petites structures de bois très insolentes, chargées de nous faire réfléchir sur le problème du logement et de la petitesse. En face du Ritz, il fallait oser.

Tadash iKawamata : Tree Huts at Place Vendôme, 2013. Tadashi Kawamata / Galerie Kamel Mennour.

Tadash iKawamata : Tree Huts at Place Vendôme, 2013. Tadashi Kawamata / Galerie Kamel Mennour.

Quand j’approche du palais de verre, les drapeaux imaginaires et colorés du collectif Société Réaliste claquent au vent comme une nouvelle société des Nations Unies créative et optimiste.

Société réaliste : drapeaux. Fiac hors les murs,2013.

SociétéRéaliste : passerelle Léopold - Sédar - Senghor. 193 drapeaux. Fiac hors les murs, 2013. DR.

Pas de doute, quarante ans est un bel âge et ça se fête, d’autant que cette année les Etats-Unis renforcent leur présence avec 33 galeries, 30 en 2012. En plus, les professionnels français du marché de l’art viennent d’obtenir gain de cause sur un sujet qui les intéresse : la TVA à l’importation d’œuvres d’art. Son taux est réduit à 5,5%  alors qu’il était de 7%  et que le gouvernement a envisagé une hausse à 10%.  Si avec tout ça, ce n’est pas la fête sous la nef du grand Palais.

 Visiteurs et arbre de vie 

 Mais le cœur, le moteur de la Fiac se situe toujours sous la verrière du Grand Palais. J’arrive devant le monument, cette année le contrôle presse ressemble à un Check Point militaire. Je passe grâce à mon badge et j’entre. Face à moi, 9000 m2 de création artistique. Il est 14h, dix minutes plus tard il est déjà difficile de circuler dans certains stands. Journalistes, pseudo-journalistes, collectionneurs, femmes du monde, hommes de l’art, spéculateurs, vrais passionnés, connaissances, amis, artistes : tout le monde est là. Comme beaucoup, je suis attiré par la plus grande œuvre : un arbre en fer de 7m de haut de l’artiste chinois Ai Wei Wei, star de la dissidence chinoise. Je suis face à cet arbre dont les branches sont tenues par des gros boulons, comme si il fallait désormais reconstituer la nature. Ce travail est très surprenant.

Ai Wei Wei : Iron tree, 2013. Ai Wei Wei / Neurriemschneider, Berlin.

Ai Wei Wei : Iron tree, 2013. Ai Wei Wei / Neurriemschneider, Berlin.

 Sombres histoires

 Marina Abramovic, artiste serbe très connue pour s’être mise plusieurs fois en danger, frôlant l’asphyxie lors de ses performances, parfois sous produits psycho actifs. Elle apparaît dans une très belle photo à la galerie Krinzinger. Je vois dans ce visage de femme, sobre comme un Zurbaran, un mélange de souffrance et de résignation.

Marina Abramovic : Photo, 2012. ADAGP, Paris 2013. Courtesy de l'artiste et de Krinzinger, Vienne.

Marina Abramovic : Photo, 2012. ADAGP, Paris 2013. Courtesy de l'artiste et de Krinzinger, Vienne.

 L’artiste  Robert Longo propose des magnifiques photographies dont une femme voilée et une tête de cheval stupéfiante de réalisme et de force. Il est présent dans plusieurs galeries dont Thaddaeus Ropac.

 Corde, bois et autres accessoires

 Au bout d’une allée une œuvre attire mon attention dans la galerie allemande Hans Mayer. C’est une immense sculpture en corde de Markus Ohlen.

Markus Ohlen : Free fidelity camp, 2011. Styropopor, corde, radio, micro, bois. Courtesy galerie Hans Mayer, Düsseldorf.

Markus Ohlen : Free fidelity camp, 2011. Styropopor, corde, radio, micro, bois. Courtesy galerie Hans Mayer, Düsseldorf.

 Chez Yvan Lambert, j’observe la Ferrari Dino accidentée de Lavier qui a été longuement exposée au Centre Pompidou pour son exposition (article sur ce blog). Je poursuis ma visite mais je reste dans la tôle de voiture avec cette petite statuette colorée et joyeuse de John Chamberlain.

John Chamberlain : Chromium plated steel, 2009. 26 cm x 31,1 x 18,4. Courtesy galerie Karsten Greve Paris, Cologne, St Moritz. ADAGP, Paris 2013.

John Chamberlain : Chromium plated steel, 2009. 26 cm x 31,1 x 18,4. Courtesy galerie Karsten Greve Paris, Cologne, St Moritz. ADAGP, Paris 2013.

 Je vois de nombreuses peintures accessoirisées, comme si après avoir essayé tous les genres de peintures, quelques artistes souhaitent maintenant les agrémenter de tous les accessoires possible : tissus, verres, pierres, paillettes, vieux T-shirts pourris, petits personnages en plastique etc. La célèbre galerie parisienne Perrotin propose un oeuvre phare avec ce grand personnage accroupi en bois, qui évoque les mangas et la BD.

Kaws : Better knowing, bois Afromosia. 326 cm x 223 x 304. Courtesy galerie Perrotin.

Kaws : Better knowing, bois Afromosia. 326 cm x 223 x 304. Courtesy galerie Perrotin.

 Le temps passe

 Laurent Grasso peint comme un primitif italien, mais il court circuite le temps avec un élément  moderne, peut-être même de science-fiction ou de jeu vidéo qui vient dynamiter toute tentative de repérage dans le temps. C'est un tableau sans époque mais dont on est sûr qu' il appartient à l' histoire : magique.

Laurent Grasso : Studies into the past, 2013. Huile sur panneau de chêne encadré. 112,5 cm x 89. Courtesy Valentin, Paris.

Laurent Grasso : Studies into the past, 2013. Huile sur panneau de chêne encadré. 112,5 cm x 89. Courtesy Valentin, Paris.

Ce visage du sculpteur Alexandre Singh, lui aussi, relie passé et présent. Il évoque à la fois le moyen âge, mais aussi Daumier ou notre époque. Il est grotesque mais tellement humain...

Alexander Singh : Hag, 2013. Bronze, 38 cm x 23 x 35. Courtesy de l'artiste et  galerie Sprüth Magers, Berlin / Londres.

Alexander Singh : Hag, 2013. Bronze, 38 cm x 23 x 35. Courtesy de l'artiste et galerie Sprüth Magers, Berlin / Londres.

 Korakrit Arunanondchai est un jeune artiste, il expose chez CLEARING cette photo ou chaque personnage semble engluer dans sa propre histoire.

Korakrit Arunanondchai : Painting with history in a room filled with men with funny names, 2013. Tirage numérique sur Dibond. 152,4 cm x 101,6. Courtesy CLEARING, Brooklyn / Bruxelles.

Korakrit Arunanondchai : Painting with history in a room filled with men with funny names, 2013. Tirage numérique sur Dibond. 152,4 cm x 101,6. Courtesy CLEARING, Brooklyn / Bruxelles.

Un coup d'oeil chez Anne de Villepoix à cette grande peinture d’Omar Ba, qui, elle aussi (décidément) mélange passé et présent...

Omar Ba : Greenland - 15° Benghazi 45°, huile sur toile, acrylique,gouache, crayon, encre de Chine sur carton ondulé 200 cm x 200.. Courtesy Anne de Villepoix, Paris.

Omar Ba : Greenland - 15° Benghazi 45°, huile sur toile, acrylique,gouache, crayon, encre de Chine sur carton ondulé 200 cm x 200.. Courtesy Anne de Villepoix, Paris.

Petits nouveaux

 Je grimpe au premier étage, c’est là que sont les galeries émergentes et quelques nouveaux venus issus de Belgique. Le public n’est pas le même qu’en bas : plus jeune, plus intello, plus cérébral, plus branché. Mais si vous allez visiter la Fiac, n’oubliez pas le premier étage. Là aussi, on peut faire quelques découvertes. Chez The Appoach je remarque un très joli mobile de Germaine Kruip et chez Compoli Presti une céramique-peinture de Nick Mauss. Je redescends, l’arbre d’Ai Wi Wei dépasse tous les stands. A part cet arbre chinois, j’ai été étonné souvent, amusé parfois, mais jamais touché, jamais ému. Si il y a du dynamisme et de l'internationalisme dans cette Fiac, cela part dans tous les sens : un grand fourre tout légèrement exhibitionniste. C’est peut-être un signe des temps : le paraître avant tout...

 

Grand Palais : avenue Winston Churchill, 75008 Paris.

DU 24 au 27 octobre.