40 street artistes à l'Espace Cardin pour l'Opus Délits Show

VLP / B Toy ( Daphne, détail) DR.

Du 17 au 20 Octobre, l'Espace Cardin accueille l'Opus Délits Show: un festival de courts métrages consacrés au Street Art, des conférences, une exposition. Un évènement qui se veut axé sur l'échange, l'hommage, la convivialité autour de la culture de l'Art Urbain Contemporain.   

Le Street Art est très tendance et les expositions se multiplient. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, presque aucun grand média ne s’intéressait au streets artistes. Ils étaient même assez mal vus. Aujourd’hui, tel monsieur Jourdain, tout le monde s’enthousiasment et surfent sur la vague. Une critique je ne ferais pas à la société Critères Editions qui, dès l’année 2003, a publié des monographies consacrées aux Streets artistes français (Jérôme Mesnager, Speeedy Graphito etc.). Aujourd’hui, cette société organise ce festival avec anciens et modernes. " Le premier Street Art Film Festival" : au niveau Com, ils assurent...Au programme des conférences : le statut de la femme dans le Street Art, la bombe et ses dangers... je décide d' aller voir ça sur place.

Btoy : Daphne, 2012. Pochoir, bombe aérosol, et aquarelle sur papier. 100 cm x 70. BToy / DR.

Btoy : Daphne, 2012. Pochoir, bombe aérosol, et aquarelle sur papier. 100 cm x 70. BToy / DR.

 Défense de l’art urbain

 Comme toujours à l’Espace Cardin, l’exposition se déroule dans les salles un peu tristounettes du sous sol... Depuis quelques années, l’artiste  Psychose milite pour la reconnaissance de l’art urbain. Il est considéré comme un élément fédérateur sur la planète Street Art. Il est influencé par quelques maîtres : Goya pour son expressivité et sa force, Miro pour sa liberté, Kandinsky pour ses compositions baroques très construites. L’artiste propose une foule qui n’existe que grâce au graphisme. J' observe comment, avec peu d'effets, il parvient à signifier les couples, la fragilité d'une foule mais aussi sa masse, capable de s' emparer d'un espace et de représenter un danger.

Psychose : Full red. Acrylique sur toile, 2011. 61 cm x 50. DR.

Psychose : Full red. Acrylique sur toile, 2011. 61 cm x 50. Psychose / DR.

Jana et JS parlent eux aussi de la ville aux urbains. Ils peignent des villes bétonnées dans des usines ou des immeubles désaffectés. Je ressens de la nostalgie en regardant leur oeuvre.

Jana et JS : We will always be together (blue greeen), 2013. Acrylique, encre, aérosol, et pochoir sur toile. 80 cm x 80.

Jana et JS : We will always be together (blue greeen), 2013. Acrylique, encre, aérosol, et pochoir sur toile. 80 cm x 80. Jana et JS / DR.

 Mailles et émotions

 CFT, autre collectif, aime également provoquer une réaction chez le passant. Ce «Collectif France Tricot » ne tricote pas des écharpes mais des souris, des crottes de chien ou habille les poteaux urbains de Nice, Lyon, Paris. Le tricot sort de son carcan et devient soudain objet de provocation. On est loin des chaussons de mémé pour le dernier venu de la famille, même si le vélo que présente le collectif me semble un peu trop sage.

CFT : Bike, 2013. Tricot (jacqart), broderie, laine, acrylique. 43 cm x 43. DR.

CFT : Bike, 2013. Tricot (jacqart), broderie, laine, acrylique. 43 cm x 43. DR.

 Dans les personnages de FKDL, il y a toujours une partie de vieux papiers, de vieilles photos de célébrités, vielles publicités d'autrefois, qui donne à l'oeuvre un aspect très nostalgique. L 'artiste devenant un pont entre passé et présent.

FKDL : Miss Métromonde. Collage et peinture sur bois.

FKDL : Miss Métromonde. Collage et peinture sur bois.FKDL / DR.

Musique en spray

Jef Aérosol pratique les pochoirs depuis des dizaines d’années. Avec Mesnager et Bleck le rat il est considéré comme un des pionniers du Street Art. Ses œuvres couvrent les murs de Paris, Londres, Lisbonne, New York, Pékin. Depuis longtemps il se passionne pour l'univers du rock n roll mais ce que je vois est plutôt influencé par le tango. La force du lien entre la femme et l'homme est signifié par les ombres.

Jef Aérosol : Tango. DR.

Jef Aérosol : Tango.jef Aérosol/ DR.

Gigantisme et BD

 Santoléri a une passion pour le gigantisme : façades d’immeubles, ponts. Malgré la grandeur de ses œuvres, ils n’oublient pas le sens du détail et lance souvent un petit clin d’œil graphique au surréalisme. Je regarde une grande toile verte, ni vraiment figurative, ni vraiment abstraite : ailleurs. Santoleri projette l'observateur dans un autre monde.

Paul Santoleri : Glofor. Acrylique sur toile, 2010. 114 cm x 120. DR.

Paul Santoleri : Glofor. Acrylique sur toile, 2010. 114 cm x 120. Santoléri /DR.

Speedy Graphito est bien connu. Il s’inspire de la société de consommation et de l’univers de la BD. Chez lui, le plaisir du décoratif et du dynamique l’emporte sur la critique sociale. Il est un des piliers des années 80. Visiblement, l'univers de Disney l' inspire. Le fond bleu est aussi intéressant que Blanche neige et sa pomme qui me dit quelque chose...

Speedy Graphito : Love One  Anothe, 2013. DR.

Speedy Graphito : Love One Anothe, 2013. DR.

 Courts métrages

 Les parisiens connaissent bien MissTic et ses pochoirs à tendance littéraire ou poétique. Ils illustrent la vie de couple, l’amour et peuvent apparaître comme les scènes d’un film à venir. Elle est là, devant moi, dans une jupe plissée rose année 50 et porte des lunettes noires pour entretenir le mystère. Elle aime ça. Face à une jeune journaliste, elle parle d' elle, elle aime ça aussi. Elle présente un pochoir, typique de son style reconnaissable à dix mètres. Sa signature est comme un serpent qui conduit le regard vers le personnage central.

Miss.Tic : Correspondante de guerre lasse, 2012. Encre aérosol sur bois. 125 cm x 87.DR.

Miss.Tic : Correspondante de guerre lasse, 2012. Encre aérosol sur bois. 125 cm x 87. Miss Tic /DR.

Guerriers

 Da Cruz travaille presque uniquement dans les quartiers populaires. Il se dit en lutte et peint des civilisations disparues à Paris, Ramallah mais aussi au Burkina Faso. Malheureusement,  je suis un peu déçu par cette tête, en relief mais un peu plate à mon goût, même si j'ai l' impression qu' à tout moment la bouche va s'ouvrir, comme dans un Tintin. Si vous voulez voir de belles oeuvres de Da Cruz, allez dans le XIX arrondissement.

Da Cruz : re-père, 2012. Acrylique et spray sur bois de cageot.100 cm x 80. DR.

Da Cruz : re-père, 2012. Acrylique et spray sur bois de cageot.100 cm x 80. Da Cruz / DR.

Kouka peint des guerriers ou plus exactement des sentinelles qui surveillent notre monde, partout, car il travaille aussi bien au Brésil que dans la République Démocratique du Congo. Mais il laisse chaque pays donner son interprétation de son soldat sentinelle et n’en impose aucune.

Kouka de dos en train de peindre, photo Raslane Razlake.

Kouka de dos en train de peindre, photo Raslane Razlake.

 Shaka dont j’ai admiré une magnifique tête dans la Tour Paris 13 travaille souvent sur le thème de l’homme et de la foule. j'admire dans un coin une peinture en relief représentant, comme souvent, une tête. Ses graffs sont très expressifs, aigus. celui ci  est d'un dynamisme incroyable.

Shaka : Cassical Riot, 2013. Huile sur toile.DR.

Shaka : Cassical Riot, 2013. Huile sur toile. Shaka /DR.

Connexions

Fred le Chevalier, qui a beaucoup oeuvré sur les murs parisiens, invente des personnages dont on ne sait plus s’ils pourraient s’inscrire dans un comte de fée pour enfants ou pour adultes.

Fred le Chevalier. DR.

Fred le Chevalier. DR.

 Seize utilise un maximum de traits géométriques pour illustrer les réseaux, les connexions qui jouent de plus en plus d' importance dans notre société. Il y a beaucoup de dynamisme mécanique dans ses oeuvres.

Seize . DR.

Seize happywallmaker : Triangolus, 2011. Acrylique sur toile., 80 cm x 65. Seize /  DR.

Un metteur en scène

 L’américain Jenkins joue sur la sensation. Il invente des mises en scènes provocatrices et déroutantes. Il affirme créer « Une expérience sociale ».  Quiconque s’est retrouvé en face de ses sculptures à l’échelle humaines n’est pas près de les oublier. Ce personnage nous renvoie au phénomène de l' exclusion, à la difficulté pour la jeunesse à se faire comprendre et accepter. Au fait, que fait cet homme sur le chemin de notre regard?

Mark Jenkins : Mole-Broken leg, 2013. Moulage réalisé au Scoth ( tape Art), vêtements , chaussures, ciment , bois, mousse expansive. 127 cm x 72 X 90. DR.

Mark Jenkins : Mole-Broken leg, 2013. Moulage réalisé au Scoth ( tape Art), vêtements , chaussures, ciment , bois, mousse expansive. 127 cm x 72 X 90. DR.

  Les pionniers

Un des grands intérêts de cette exposition est de balayer toute l' histoire du Street Art en présentant pionniers et suiveurs. Je l’avais oublié et je pense que je ne suis pas le seul, mais l’artiste Ben a commencé sa carrière en écrivant sur des murs. Il a donc bien  sa place là.

Ben : Dans la rue de la vie, 2011. Bombage sur carton, 120 cm x 80. DR.

Ben : Dans la rue de la vie, 2011. Bombage sur carton, 120 cm x 80. Ben/ DR.

L'homme blanc de Mesnager intrigue les parisiens et les médias depuis 30 ans. Il ne cesse de courir sur les murs, tellement reconnaissable.

Jerôme Mesnager: Danse à trois, 2012. 120 cm x 80.Acrylique et matière sur toile. Jerôme Mesnager.

Jerôme Mesnager: Danse à trois, 2012. 120 cm x 80.Acrylique et matière sur toile. Jerôme Mesnager/ DR.

 Mais celui qui est le grand frère des jeunes graffeurs, c’est Ernest Pignon Ernest, artiste engagé et rigoureux. Dans les années 60, il est le premier à avoir utilisé le pochoir in situ. Je me souviens l’avoir rencontré dans son atelier caché  près de la porte d’Ivry. J’avais observé comment il atténuait son trait de crayon avec la caresse d’une gomme, donnant ainsi tout son relief au dessin. Il m’avait dit combien il admirait Picasso mais aussi le dessinateur de presse de Hara Kiri, Reiser. Je me souviens  de ses dessins d’après Caravage collés sur les murs des mauvais quartiers de Naples, de son Rimbaud devenu culte, de ses cabines téléphoniques, de ses grandes figures magiques dans la chapelle des Beaux Arts, de ses dessins préparatoires empilés dans son atelier. Il a été l’un des premiers a placé l’art sur les murs extérieurs. Si certains critiques le trouvent trop classique et le boudent un peu, c’est un grand artiste et un pionnier. A chaque fois, il sait  choisir la bonne place pour coller un dessin.

Ernest Pignon Ernest : parcours Jean genet, Docks de Brest. 2006. 134 cm x 97. Ernest Pigon Ernest.

Ernest Pignon Ernest : parcours Jean genet, Docks de Brest. 2006. 134 cm x 97. Ernest Pigon Ernest.

 Villeglé, lui, fait l'inverse, il n’apporte rien dans la rue mais il prend sur les façades. Il arrache des affiches, signes de leur temps, et en fait des compositions qu’il maroufle sur toile. Ses œuvres sont mondialement connues. C‘est une bonne idée d’avoir donné une place à ces innovateurs prestigieux.

Jacques Villeglé : Rue Poinsot, 1987. Affiches lacérées marouflées sur toile, 92 cm x 73.

Jacques Villeglé : Rue Poinsot, 1987. Affiches lacérées marouflées sur toile, 92 cm x 73.

Cette exposition Opus Délits Show n'a ni le charme ni la fulgurance de la Tour Paris 13, mais elle constitue une très bonne entrée en matière pour les non initiés et les curieux. Et l' idée d'un festival de films sur le Street Art mérite attention. A suivre. J' ai remarqué aussi que la Fondation Abbé Pierre est partenaire de cet événement, la Fondation venant de la rue, elle ne pouvait pas ignorer l'Art de la rue...

 

Espace Cardin : 1 - 3 avenue Gabriel. 75008 Paris