Salon de Montrouge 2013 : à la découverte des jeunes artistes français

Du 15 mai au 12 juin 2013, le Salon de Montrouge présente plus de 70 jeunes artistes français: objets, obsession, originalité. La designer Matali Crasset a réalisée la scénographie en s' inspirant d'un jardin à la française et l' association ANdEA qui fédère 46 écoles supérieures d'art publiques est partenaire. Découvertes.

Le salon de Montrouge est toujours un événement, il s’est donné du temps et a su parier sur la qualité. Aujourd’hui il est devenu un lieu incontournable pour découvrir les jeunes artistes français. L’édition 2013 est déjà la cinquante-huitième édition; le commissaire de l’exposition Stéphane Corréard,a reçu2700 dossiers qu’il a réduit à 400. Il les a soumis à un collège critique composé de critiques et d’art, d’historiens, de commissaires d’expositions. Cette année la présidente du jury est Bice Curiger, co-fondatrice et  rédactrice en chef de la très sérieuse revue artistique Parkett. Elle a également été directrice de la Biennale de Venise en 2011. Bref, du beau monde pour aider et juger les jeunes créateurs nationaux. En général, 70% des œuvres exposées sont vendues et 78% des artistes exposés sont approchés par une galerie pendant le salon. J’arrive devant le grand bâtiment imposant en brique. Je décide de faire un premier tour global.

Peinture, cinéma et vidéo

J’ai un premier coup de cœur au stand du jeune peintre Pierre Seinturier. Trois collectionneurs sont déjà là et se «battent pour acheter». Ils ne savent pas encore que l’artiste obtiendra le prix spécial de jury. Les toiles sont aussi pâles que la peau de l’artiste, un grand jeune homme  timide au regard un peu délavé. Il aime le cinéma et ça se voit. Ses toiles sépia  m’évoquent les films de Cassavetes  et de David Lynch : beaucoup de végétation, de vielles Buick dans une ambiance aussi mystérieuse que nostalgique.

Pierre Seinturier : Thrila in Manila. 2013. Huile sur toile, 50cm x 35. Courtesy de l'artiste.

Pierre Seinturier : Thrila in Manila. 2013. Huile sur toile, 50cm x 35. Courtesy de l'artiste.

Les personnages sont à peine esquissés dans ces peintures étranges. L’ambiance de fait divers se précise avec cette toile au titre sans ambigüité: «Crevez-tous ». Un désir ou le titre d’unvieux film que le peintre nous donne à voir toile après toile?

Pierre Seinturier : Crevez tous, 2012. Huile sur toile, 197cm x 95.

Pierre Seinturier : Crevez tous, 2012. Huile sur toile, 197cm x 95.

Retour à la réalité avec les images de Julie Pluvimage. Elle place devant sa caméra ou son appareil photo des personnes qui se révèlent : difficultés d’être, fantasmes, secrets. Elle a obtenu le prix du salon. En ce qui me concerne, je suis un peu plus réservé...

Justine Pluvinage :

Justine Pluvinage : JO, 2012. Vidéo: 5min 49 sec. Courtesy de l'artiste.

Je continue ma visite et découvre que je peux classer les artistes en trois catégories : les montreurs d’objets, les chercheurs, les obsédés du motif.

Les montreurs d’objets 

Beaucoup de jeunes artistes proposent des objets déplacés de leur contexte habituel pour mieux nous faire réfléchir sur notre rapport à l'objet et sur sa fonction. Le duo None Futbol Club utilise le retournement pour nous troubler, à partir d’objets connus. je me retrouve devant une voiture de police retournée, comme on le ferait avec une vielle chaussette. Tout a été inversé : tout ce qui devrait être à l’intérieur est  passé à l’extérieur et vice versa. Le retournement est total: troublant. L’image de la police en prend un sacré coup avec cette création loufoque, digne des surréalistes et des situationnistes. Le même duo  propose un fer forgé comme on en utilise pour marquer les chevaux, mais grand format: «Keep warm burnout the rich».

Non Futbol Club : work 054-2 : Keep warm burnout the rich, 2011. Fer forgé, 206 x 178 X 305 cm. Photo Anais Nieto.

Non Futbol Club : work 054-2 : Keep warm burnout the rich, 2011. Fer forgé, 206 x 178 X 305 cm. Photo Anais Nieto.

François Chaillou est passé du marbre à la cire. Il expose des bustes dans lesquels il joue sur le mélange entre solidité et disparition possible. Avec le temps...

François Chaillou : Introspection, 2012. Technique mixte, 57cm x 22 X 22.

François Chaillou : Introspection, 2012. Technique mixte, 57cm x 22 X 22.

La cravate, accessoire masculin préféré des cadres, sert à suggérer la stature sociale d’un homme. Discrètement en forme de phallus, elle évoque aussi une certaine autorité. Sandra D Lecoq s’en amuse et propose un autre regard sur la cravate. C’est avec du fil et des ciseaux qu’elle dénonce, à travers ses créations, une certaine misogynie quotidienne. Elle utilise donc la cravate comme un simple élément décoratif dans une composition aux formes féminines.

Sandra D. Lecoq : Peinture en forme de rose, 2012. Tissus.  Photo François Fernandez.

Sandra D. Lecoq : Peinture en forme de rose, 2012. Tissus. Photo François Fernandez.

En 2009 Théo Mercier était exposant, il revient cette année en temps qu’invité d’honneur. Ce jeune pensionnaire de la villa Médicis qui exposera bientôt au centre Beaubourg, présente de très nombreuses pierres d’aquarium récoltées dans le monde entier. Elles sont posées sur des étagères sur toute la hauteur du bâtiment. Tous ceux qui possèdent un aquarium ont la volonté d’inviter chez eux un morceau de nature sauvage et pure. Mais ces pierres sont fausses, plus chimiques que beaucoup d’autres choses. Théo Mercier nous pousse à réfléchir sur la notion d’écologie et sur l’invasion du faux. Chaque pierre est une petite sculpture. J’ai apprécié cette immense installation aussi poétique que chimique. Avec Juliette Goiffonet Charles Beauté, Internet prend ses lettres de noblesse et devient réalité. Ils ont réalisé une série de gravure en laiton des sites internet les plus visités dans le monde en 2012. Avec eux, le monde d’Internet frôle l’éternité.

Juliette Goiffon et Charles Beauté :  Gravure sur laiton (sérieTop 100). 2012.

Juliette Goiffon et Charles Beauté : Gravure sur laiton (sérieTop 100). 2012.

Les chercheurs

Je grimpe au premier étage, pour fuir quelques temps la foule d’en bas. Tout au fond d’une grande pièce, je découvre les œuvres de Léa Barbazanges et ses recherches poétiques sur la fragilité des choses. Léa Barbazanges est une jeune brunette à l’œil vif et au large sourire. Elle s’amuse comme si elle venait de jouer un bon tour. Et c’est le cas. Dans un grand cadre de bois clair, une petite feuille d’or se balance retenue par deux fils d’araignée.  A côté des fils de cristal ultra fins s’étirent. Un peu plus loin, dans un demi-cylindre de bois, de nombreuses fleurs de pissenlit affichent leur fragilité. Bien évidement elles symbolisent la nature dans son ensemble.

Léa Barbazanzes :

Léa Barbazanges : Intérieur d' aigrettes, 2012 (détail). Pissenlits en graines, plaque de bois percée. 97cm x 210 x 45. Courtesy de l'artiste.

Barbazanges sculpte aussi avec des ailes de mouches, des feuilles d’arbustes, des plaques de cuivre. C’est très beau. Ce n’est pas la fragilité qui intéresse Sylvain Couzinet – Jacques mais la vérité, à condition que celle-ci passe par le flou. Sylvain Couzinet préfère les images sombres, trop exposées ou floues. Mais pour lui, elles conduisent autant au réel que les autres. Je me retrouve face à des images de police d’émeutiers anglais que l’artiste a volontairement agrandi. En faisant cela, le photographe nous pose la question de la signification d’une image. La suggestion est- elle aussi forte que la réalité? Oui semble nous dire Couzinet.

Sylvain Couzinet - Jacques : Oustanding nominals, 2012. Tirage jet d'encre, dimensions variables. Courtesy de l' artiste.

Sylvain Couzinet - Jacques : Oustanding nominals, 2012. Tirage jet d'encre, dimensions variables. Courtesy de l' artiste.

J’ai bien aimé aussi la recherche de Jean Benoit  Lallemand, né en 1981. Avec l’aide d’un logiciel numérique, il analyse toutes les combinaisons pour qu’une image passe du blanc au noir.

Les obsédés  du motif 

J’ai aussi remarqué que certains jeunes artistes français multiplient le même motif comme si il tenait absolument, par cette répétition, à nous faire découvrir un nouveau langage. Marta Caradec entoure les O et 0. Ils se développent comme un virus sur des listes ou des cartes. Quand j’arrive devant son stand, deux collectionneurs et non des moindres prennent des œuvres. Les ornementations de Marta Caradec ne détourne pas totalement  la carte de sa première fonction, mais l’enrichissent d’un décor énigmatique.

Marta Caradec :

Marta Caradec : Amérique du sud, 2009. Carte marouflée sur lin, gouache. 70cm x 53. Photo Florian Tiedje.

Ido Park glisse des images dans des structures façon bois qui ressemblent à des pièces d’échec. Laetitia Paviani, membre du collège critique résume bien son travail avec cette phrase : «Comment dessiner les humains avec d’autres formes que celle des humains». Je pars à la découverte des visages cachés et je découvre entre  chaque balustre un profil humain.

Ido Park : Human-pattern (détail), 2012. Crayon, huile sur gesso classique.

Ido Park : Human-pattern (détail), 2012. Crayon, huile sur gesso classique.

Une bonne nouvelle pour finir, cette année la ville de Montrouge bénéficie de l’arrivée du métro, une station toute neuve: mairie de Montrouge. Raison de plus pour se rendre à ce salon  qui en perturbera peut-être certains mais qui est sans aucun doute le bon endroit pour découvrir la création émergente en France.

Salon de Montrouge: le beffroi, 2 place mile Cresp. 92120 Montrouge.

Tous les jours de 12h à 19h. Entrée libre.