Hey: la nébuleuse bouillonnante de l'art alternatif à la Halle Saint Pierre

La Halle Saint Pierre et la revue Hey s' associent pour présenter jusqu' au 23 08 2013 l'exposition "Modern Art et Pop Culture". 61 artistes internationaux pour illustrer l'art populaire, rebelle et marginal. Décoiffant.

Hey: AIEEE ! Attention les secousses: ambiance underground et parfois provocatrice. Hey, c’est d’ abord une revue d’art qui a l’ambition de relayer les marges artistiques. Hey c’est aussi une exposition. Avec un nom pareil, je me devais d’y aller. Je suis donc devant le bâtiment en briques de la Halle Saint Pierre qui accueille pour la deuxième fois les artistes choisis par Hey. Il est situé juste en dessous du sacré cœur.

Halle Saint Pierre. Photo Thierry Hay.

J’entre, une cafétéria très sympa avec des tables carrelées d’un côté, la billetterie de l’autre. Il est 3h de l’après midi et il y a beaucoup d’adolescents. Je passe un rideau, je me retrouve dans un cabinet de curiosité gigantesque ou dans un train fantôme artistique: au choix. L’exposition Hey II, c’est un peu comme si Bécassine avait rencontrée André Breton, Moebius et Alice Cooper lors d’une soirée arrosée. Mais comme le disait Saint Exupery: «ta différence m’ enrichie ». Très vite, je me rends compte que tout cela ne manque pas d’intérêt, y compris artistique. Je passe devant une momie morbide de Louis Pons, un mouton égorgé en peinture de Martin Wilford et découvre le travail de John Brophy qui me rappelle les affiches religieuses que l’on vend en Inde sur les marchés. L’œuvre représente un curieux animal. Ce thème" Animalité-Humanité" est très fréquent dans cette exposition singulière. Brophy est un  américain né en 1963 qui se sert de Photoshop pour son concept de départ et à l' arrivée, voilà ce que ça donne:

John Brophy: Animism Regions. Courtesy Halle Saint Pierre.

L’exposition est un curieux mélange de science fiction, de culture pop, de BD, de graphismes de tatouages, d’art naïf, de subcultures, d’ambiance de jeux vidéo avec souvent une connaissance évidente de peintres comme Bosch, Breughel ou Goya. Jim Woodring, lui, est plutôt influencé par les comics américains mais sa forêt est un peu angoissante, d'où la perpléxité du matou:

Jim Woodring: Wraparound cover for Congress of the Animals

La palme de la surprise, et il y en a beaucoup ans cette exposition, revient sans aucun doute au français Gilbert Peyre avec son automate qui tourne en rond et ne cesse de dire «j’ai froid ». Mais je ne vous en dit pas plus, allez le découvrir... Je passe devant une peau d’homme en cuir façon carpette de tigre ou tapis ours de Rénato Corza : un «joli» détournement. Joe Coleman est un américain né en 1955. Peintre, musicien, performeur, il réalise des compositions très colorées dans lesquelles il mêle des textes. L’ensemble est intéressant et kitchounet à souhait:

Joe Coleman: Devil Anse Hatfield. Courtesy Ann Nathan Gallery.

C’est aussi le cas le cas de Mike Davis, ex décorateur de théâtre qui a connu le succès, devenu tatoueur à San Francisco et dont les œuvres évoquent Van Eyck ou Breughel. J' aime beaucoup les oreilles sur l' arbre à gauche. Ce tableau m' évoque les Monty Pythons:

Mike Davis: A Secret Best Kept. Courtesy Halle Saint Pierre.

Je grimpe l’escalier et parvient au premier étage. En bas le décor était tout noir, ici tout est tout blanc. Herbert Hoffmann est un allemand né en 1919. Envoyé au front par le IIIe Reich, il rentre chez lui totalement traumatisé. Il explore alors l’univers du tatouage en photographiant des hommes tatoués. En fait, il montre surtout l’âme de celui qui le porte. J‘aime beaucoup la photo de cette homme, un pied sur une table basse aussi chargée en décorations que lui même. Il y a une grande sincérité dans ce cliché:

Herbert Hoffmann: Wilhelm Wedekaêmper. Courtesy Halle Saint Pierre.

J’arrive devant les "hommes-antilopes" de l’américaine Kate Clark: saisissant, très tendance aussi. Le visage androgyne en peau de bête fait son effet:

Kate Clark: sans titre. (Male Bust)

 Surprenant également, cette main en bois façon skateboard de Haroshi. La déchirure au niveau du poignet et le jeu de couleurs confère à l'oeuvre toute son originalité.

Haroshi: Screaming Hand. Courtesy Halle Saint Pierre.

 Jim Scull propose de très beaux totems en ficelles: souvenirs d’une civilisation perdue? Le français Paul Toupet expose une grande scène macabre en papier mâché et résine. Je lève la tête, la scène continue avec d’étranges anges au plafond. Plusieurs fois, j' ai entendu lors de cette visite des jeunes prononcer cette phrase «Tu mets ça dans ta chambre, oh putain... ». C ‘est vrai que à force de voir des squelettes, des têtes de morts, des personnages ou des animaux  étranges, l’esprit commence à tanguer. Mais je crois que c’est un des buts de cette présentation étrange. Ted Shorr est un américain fasciné par les films fantastiques et Walt Disney. Diplômé du Philadelphia Art College, il a travaillé pour les pochettes d’albums d’ACDC et pour des affiches de films, notamment celles de Georges Lucas ou Francis Ford Coppola. Je me retrouve face à son écureuil qui aurait pu avoir sa place dans le film Bambi, ou presque... Mariel Clayton utilise des jouets d’enfants très connus pour les détourner vers un autre univers, beaucoup plus cru. Face à Barbie, Ken n' en croit pas ses yeux...

Mariel Clayton: Déforestation. Courtesy Halle Saint Pierre.

Ne boudez pas cette exposition à la Halle Saint Pierre où des artistes, plus ou moins marginaux, contestent avec force et parfois mauvais goût, les frontières hiérarchiques qui séparent le Grand Art de la culture populaire. Il y a à prendre et à laisser mais cette exposition ne manque pas d’intérêt et ce sont Anne et Julien, commissaires de l’exposition et créateurs de la revue Hey qui la résume le mieux: «zone d’autonomie artistique où sa réflexion et son désir ne soient ni guidés, ni conditionnés par un tiers ». La pop culture ne respecte rien, détourne tout, fait tout voler en éclat. Hélas, parfois elle cultive la provocation comme on cultive les artichauts en Bretagne, mais je suis heureux d’avoir vu ce méli mélo vraiment créatif. Je sors. Aucun exorciste en vue sous le Sacré Cœur, pour un peu j’en serais surpris. Pendant ce temps là, l’automate tourne toujours...

Halle saint Pierre: 2 rue Ronsard. 75018 Paris.

Ouvert en semaine de 10h à 18h / Samedi: 10h - 19h / Dimanche: 11h - 18h.

Entrée: 8 euros.

 

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    Superbe! vous avez le bon regard à suivre. Merci