Portraits de maisons de Philippe Cognée à la galerie Daniel Templon

La galerie Daniel Templon expose jusqu'au 21 février les dernière toiles de Philippe Cognée: de vrais portraits de maisons originaux et mélancoliques réalisés en grande partie en Amérique du Sud, au moyen d'une technique très particulière.

La première fois que j’ai vu les œuvres de Philippe Cognée, c’était à la Fiac il y a de nombreuses années. Le stand grouillait de monde et deux choses m’ont surpris: les toiles semblaient floues et la plus part des tableaux affichaient une petite pastille rouge, autrement dit ils étaient vendus. Et puis j’ai fréquemment retrouvé au fil des expositions les œuvres de cet artiste technicien. Aujourd’hui, le musée de Grenoble lui consacre une rétrospective jusqu’au 3 février 2013 et à Paris la galerie Daniel Templon expose ses dernières toiles jusqu’au 21 février. L’occasion de mieux découvrir ce peintre à part, qui réalise des tableaux tremblotants et lumineux. Philippe Cognée présente des maisons, un sujet anodin comme il les aime. Quoi de plus commun que cette petite maison blanche à Saint Denis, à côté de Paris:

Philippe Cognée: Saint Denis1. 2012. Peinture à la cire sur toile. 73cm x 60. Courtesy galerie Daniel Templon, Paris. / Philippe Cognée.

Plus le sujet est banal, plus c’est la technique picturale qui fait l’œuvre. Et dans le cas de Cognée, la technique est primordiale. Première étape: l’artiste capture une vue de Google Street View ou prend une photo dans la rue. Deuxième étape, il projette l’image sur une toile.Troisième étape, il réalise un dessin à partir de la projection et parfois sur la photographie elle même. Quatrième étape: il mélange pigments de couleurs et cire, puis il chauffe le tout. Cinquième étape: il place un film plastique Rhodoïd sur le tableau. Sixième étape: il va chercher son fer à repasser et repasse sa toile comme on repasserait une chemise. En fondant la cire déforme les contours. Septième étape: il arrache le film et découvre son œuvre. Si l’alchimie picturale rate, il doit tout recommencer. A l’arrivée, il obtient, grâce à la cire qui a fondue, des formes moins lisibles; obligeant l’observateur à parcourir une partie du chemin figuratif. Ce flou artistique, cette peinture de tremblement de terre est la spécificité de Cognée et a fait son succès. Cette maison avec un graffiti en est un exemple.

Philippe Cognée: Mexico. 2012. Peinture à la cire sur toile. Courtesy galerie Daniel Templon, Paris / Philippe Cognée.

Au début, cette peinture au fer à repasser a eu du mal à passer chez les critiques. Mais ces formes, un peu fantomatiques, parlent bel et bien de notre monde urbain et froid. Comme le dit Guy Tosato, conservateur du musée de Grenoble: «C’est une œuvre mélancolique». Philippe Cognée est né en 1957 à Nantes où il a encore un atelier. De taille moyenne, mince, une barbe de quatre jours, des petites lunettes, il est face à moi en ce soir de vernissage. Je remarque la fixité de son regard. Pas de doute, cet homme observe le monde et le ressent. Je passe d’une salle à l’autre, le public a l’air conquis et déjà quelques collectionneurs et admirateurs se renseignent sur les prix. Je regarde un tableau concernant une maison de Brasilia, en détail. Philippe Cognée n’a pas son pareil pour exprimer le rendu des briques .Avec lui, c’est vraiment la peau des murs et l' effet briques est réussi:

Philippe Cognée: Brasilia (détail). 2012. Peinture à la cire sur toile. Photo Thierry Hay.

 Qu’il travaille sur une barre d’immeuble, une cabane, Philippe Cognée propose toujours un regard distancié qui interroge le visiteur et souligne la fragilité de toute chose sur cette terre: une peinture de passage, donc terriblement humaine finalement. Comme l’artiste le dit lui-même, ce sont «des portraits de maisons ». Cette maison bleue et blanche a eu un passé, une histoire, une vie.....

Philippe Cognée: Sao Polo. 2012. Peinture à la cire sur toile. 250cm x 153. Courtesy galerie Daniel Templon / Philippe Cognée.

Ces bâtiments tremblotants sont sensibles, d’autant que ce technicien- peintre et vice versa, irradie ses toiles d’une lumière blanche qui semble venue d’ ailleurs. Alors ces maisons, je les ai vues ou je les ai rêvées ? Avec Cognée, on ne sait jamais...

site de la galerie Daniel Templon.

site du musée de Grenoble.

Galerie Daniel Templon: 30 rue Beaubourg. 75003 Paris.

Lundi - Samedi: 10h - 19h.