Exposition Mestrovic: dans les pas de Rodin au musée Rodin.

Ivan Mestrovic: Femme saisie par la convulsion, cour d'honneur de l'hôtel Biron, musée Rodin. 2012. © Zagreb, Atelier Mestrovic - Photo Jérôme Manoukian.

Le musée Rodin présente jusqu'au 6 janvier 2013 un sculpteur Croate proche de Rodin dans les idées comme dans la forme. Très connu en Croatie, Ivan Mestrovic a eu des expostions à Londres, New York, Détroit, Chicago, Philadelphie, Baltimore, Boston, Washington, Los Angles. Malgré tout, il reste inconnu en France. Cette exposition est donc l' occasion de le découvrir.

Faut-il parler d’une exposition Mestrovic? En fait, le musée Rodin a placé quelques sculptures de Mestrovic dans sa cour pavée et trois autres dans une chapelle. Mais cela n’est pas dérangeant car le musée Rodin est un des lieux les plus agréables de la capitale et cela permet de faire une comparaison entre Rodin et Mestrovic, qui s’est longtemps inscrit dans le sillage du maître français. Inconnu du grand public en France, Mestrovic est considéré en Croatie comme le plus grand sculpteur national. Ivan Mestrovic est né en Slavonie en 1883, il étudie la sculpture aux beaux- arts de Vienne avant de s’installer à Paris en 1908. Là, il fréquente le milieu parisien et notamment Rodin, qui remarque ses œuvres au salon d’Automne. Mestrovic est aussi membre de la Sécession viennoise depuis 1906, dont Gustav Klimt est l’un des fondateurs. En 1922, il repart en Croatie où il réalise de nombreux monuments, mais la seconde guerre l’oblige à quitter son pays en 1942. Cinq ans plus tard il part aux Etats Unis où il passe la fin de sa vie. Après la deuxième guerre mondiale, il évolue vers des thèmes mystiques et spirituels. Aujourd’hui, le musée Rodin expose Mestrovic dans le cadre du festival de la Croatie en France : «Croatie la voici ». Me voici donc devant la porte du musée Rodin, où je découvre, coincé entre la billetterie et la porte du jardin, un plâtre de "La Fontaine de la vie". L’influence de Rodin est évidente dans le jeu des volumes des corps. C’est une composition circulaire qui présente quatre couples liés et séparés dans l’extase amoureuse. C’est une œuvre importante du symbolisme européen.

Ivan Mestrovic: Fontaine de la vie. 1905. © Zagreb, Atelier Mestrovic - Photo Filip Beusan.

Ivan Mestrovic: Fontaine de la vie. 1905. © Zagreb, Atelier Mestrovic - Photo Filip Beusan.

Dehors, une œuvre de la même époque me confirme la proximité avec Rodin dans la forme mais aussi ans le fond: l’enchevêtrement violent des corps exprime la volonté de salut face à la menace divinne. Je retrouve cela dans cette sculptrure de Mestrovic.

Ivan Mestrovic: Laocoon de mes jours, Vienne 1905.

Ivan Mestrovic: Laocoon de mes jours, Vienne 1905.

 Dans cette cour pavée, trois sculptures sont un peu tassées dans un coin, sous des arbres, et auraient mérité mieux. Mais c’est surtout la différence entre Rodin et Mestrovic qui me saute aux yeux. Rodin met les corps en tension, parfois les visages sont crispés mais la théâtralisation est retenue. Chez Mestrovic, on retrouve les mêmes chairs vivantes et tourmentées mais je remarque un goût prononcé pour l’effet théâtral. Il y a même parfois un petit côté «too much » qui me porterait à sourire et qui m’éloigne parfois de l’œuvre. Je me retrouve nez à nez avec Job, un vieillard jambes écartées, les bourses posées sur le sol, une main et le visage totalement crispés dans une expression de souffrance intense.

Ivan Mestrovic: Job. Rome, 1946.

Ivan Mestrovic: Job. Rome, 1946.

 Et que dire de cette Perséphone les bras tendus comme un dessin de Cocteau et la bouche ouverte. Un peu « too much » pour moi...

Ivan Mestrovic: Perséphone. Rome, 1946.

Ivan Mestrovic: Perséphone. Rome, 1946.

 Je préfère cette "Femme saisie par la convulsion", un sein qui part d’un côté et l’autre de l’ autre mais une souplesse du corps qui donne un équilibre et une unité à l’ œuvre.

Ivan Mestrovic: Femme saisie par la convulsion. Zagreb, 1928.

Ivan Mestrovic: Femme saisie par la convulsion. Zagreb, 1928.

Face à elle « Les accords lointains »: un femme de profil, au nez grec très marqué, joue d’ un instrument de musique. Je remarque l’arrondi de la hanche et le joli drapé de la robe moulante. Ici, Mestrovic a recherché avant tout l’harmonie. Elle date de 1918 et son style est différent des œuvres des débuts.

Ivan Mestrovic: Les accords lointains. 1918.

Ivan Mestrovic: Les accords lointains. 1918.

 «L’artiste au travail » me fait penser aux sculptures soviétiques de propagande. Pourtant, Mestrovic indique ici son admiration pour Rodin car c’est bien lui que représente l’artiste croate. Pour marquer l’importance du moment créatif, il joue sur la rupture du plissé: vertical puis en arc de cercle en bas.

Ivan Mestrovic: Artiste au travail- Auguste Rodin. Rome, 1914.

Ivan Mestrovic: Artiste au travail- Auguste Rodin. Rome, 1914.

 La «Vestale » réalisée à Cannes en 1917 est une sculpture étonnante qui pourrait se résumer à deux losanges, un horizontal et un vertical superposés. Une femme, prêtresse virginale, à haute chevelure et visage allongé est assise jambes écartées dans une robe moulante, les mains et les pieds dans le même axe, devant elle. Elle semble en méditation comme un bouddha et elle en impose. Il y a une grande liberté et une grande modernité dans cette sculpture.

Ivan Mestrovic: Vestale, Cannes 1917.

Ivan Mestrovic: Vestale, Cannes 1917.

 De 1914 à 1921, Mestrovic change souvent de domicile, de Rome, Londres à Zagreb où il s’installe dans ce royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes qui vient d’être formé. Je remarque une étrange sculpture : cette main d’Antée ou un bras sert de socle symbolique à un torse masculin. L’idée de puissance et de force est renforcée par la spirale des muscles du bras.

Ivan Mestrovic: La main droite d'Antée.

Ivan Mestrovic: La main droite d'Antée.

 Dans les années 30, Mestrovic est actif en tant qu’architecte mais il est également peintre et écrivain. Avant de partir, j’observe les rosiers qui offrent un écrin de douceur à toutes ces sculptures, mais aussi ce «Jean le baptiste » debout datant de 1954, donc de la période américaine. Il est conçu de manière très réaliste et pourrait presque faire penser à un joueur de football. Mais son visage témoigne d’une grande sensibilité.

Ivan Mestrovic : Jean le Baptiste. Syracuse, NY, 1954.

Ivan Mestrovic : Jean le Baptiste. Syracuse, NY, 1954.

 Il y a un point commun entre toutes ces sculptures de Mestrovic: l’envie de réunir l’intime et l’historique, voir le mythologique avec en plus le souci d’exprimer la monumentalité indépendamment des dimensions réelles de la sculpture, ce qui n’est pas chose facile. Mestrovic précisait lui-même: «L’artiste est par la nature même de son métier un étranger, qu’il vive à l’étranger ou dans son pays natal, et il doit accepter son destin et trouver son chez soi à l’intérieur de lui-même ». En tout cas, au musée Rodin, Mestrovic est chez lui, même si la scénographie laisse un peu à désirer.

http://www.musee-rodin.fr

Musée Rodin: 79 rue de Varenne. 75007 Paris.

Tous les jours sauf lundi de 10h à 17h 45.

Entrée: 9 euros.

Jardin uniquement : 1 euro.