Barbara Carlotti renaît de ses rêves magnétiques

La chanteuse s'est inspirée de ses rêves pour l'écriture de ce cinquième album. © Cassandre Dumain

La chanteuse sort un cinquième album, Magnétique, le premier sous son propre label. Une plongée inédite dans ses rêves aussi fantaisiste qu’osée.

 

Barbara Carlotti a le rire facile, des cheveux blonds cendrés, une élégance sobre. La chanteuse de 43 ans sort le 30 mars, son cinquième opus, Magnétique, sur le thème des rêves. Le premier en tant qu’artiste indépendante, produit entièrement grâce à une campagne de financement participatif (ou crowdfunding). Un gage de liberté pour l’artiste-compositrice aux dix ans de carrière. La chanteuse n'en démord pas : "Emprunter les grandes voies usuelles dictées par la société", ce n’est toujours pas son truc.

Barbara Carlotti a fait de sa distinction artistique sa marque de fabrique. L’artiste aux nombreux prix musicaux préfère "les chemins de traverse", comme elle le fredonne dans son morceau Voir les étoiles tomber. Après une période compliquée, la chanteuse a fait le choix de l’indépendance et ne le regrette pas. "Quand j’ai écrit ce titre, c’était un moment où je ne trouvais pas de maison de disques après avoir signé avec un label durant dix ans. Je me disais : cela m’est égal." Avant d’ajouter, les yeux d'azur brillant : "J’ai choisi la voie de l’indépendance et c’est la bonne."

Sommeil paradoxal

Pour réaliser cet album, Barbara Carlotti a puisé dans ses nuits. Les carnets dans lesquels elle consignait ses rêves depuis plusieurs années constituent la matière première de Magnétique. Écrire sur l’onirisme, l’élégante blonde en rêvait depuis longtemps. "J’ai toujours été fascinée par les rêves", confie l’artiste, habituée des démarches musicales osées, comme ce clip tourné dans une piscine  en 2012avec l'auteur-compositeur Philippe Katerine. "J’avais des crampes énormes après", rit-elle.

Cette fois, elle a surtout dormi, beaucoup dormi. "J’ai appliqué la méthode de l’auteur AE. Van Vogt, un écrivain de science-fiction. Il avait une technique pour écrire ses bouquins. Il se réveillait toutes les heures et demie en sommeil paradoxal car les rêves durant cette période sont plus intenses." La chanteuse s’est enfermée un mois en Bretagne en se réveillant régulièrement pour raconter les histoires de ses rêves. "Cela donnait des nuits très bizarres", plaisante-t-elle. Difficile d’en douter.

Automatisme et inconscient

Magnétique, c’est l’activité électrique que le cerveau émet toute sa vie. Barbara Carlotti s’y est intéressée lors de son émission Laboratoires oniriques sur France Culture. Une expérience hors-scène qui a nourri cet album. "J’avais rencontré Claude Delpuech [Ndlr : chercheur spécialiste du magnétisme cérébral]. Il m’a donné des sons de cerveaux que j’ai utilisés dans mes morceaux ", explique la chanteuse, réputée pour son côté touche-à-tout.

Férue de culture, Barbara Carlotti s’est aussi inspirée de la veine surréaliste. "Cela recoupait Les Champs magnétiques de Breton et Soupeau", un recueil de textes en prose, composé à l'écriture automatique en 1919. Et de l’artiste britannique Kevin Ayers : "J’avais défriché son album, Confessions of Doctor Dream, pour mon émission Planète Rêve. Ses chansons m’avaient beaucoup impressionnée."

Ce cinquième opus est la symbiose d’univers singuliers. À l’instar, des poètes surréalistes ou de la Beat Generation, Barbara Carlotti a voulu s’immerger dans son inconscient. Cela donne une écriture "plus fantasque et fantaisiste que les précédents albums", à l’image de leur interprète. "J’ai prélevé une matière qui venait de moi la nuit. Cela m’a permis d’explorer des dimensions inédites de moi-même et de créer musicalement sans auto-contrôle." Une Barbara Carlotti plus authentique que jamais.

Renaissance du phénix

La chanteuse livre ses rêves mais aussi ses cauchemars. "J’en faisais un récurrent depuis plus de vingt ans. Je me voyais en train de dormir et un phénix se posait sur moi. Avec ce récit, j’ai composé le morceau Vampire et figurez-vous que je n’ai pas refait ce rêve depuis", affirme-t-elle en souriant. Justement… Telle un phénix, Barbara Carlotti renaît… de ses rêves. "Cet album, c’est aussi une forme de catharsis", analyse la chanteuse.

Les travaux de Tobie Nathan l’ont aidée à interpréter certaines histoires. L’ethnopsychiatre français a fait une synthèse très vaste des rêves depuis l’Antiquité*. "Il spécifiait de les confier uniquement à des personnes bienveillantes car les interprétations peuvent être importantes pour soi", ajoute l'artiste. Bienveillantes, à l’image des personnes qui ont participé au crowdfunding et permis à cet album d’émerger. Barbara Carlotti maintient son cap : " Je pense que les rêves sont faits pour être exprimés." Au public de se plonger dans ses nuits agitées.

Marie Briand-Locu

*La nouvelle interprétation des rêves, Tobie Nathan, Editions Odile Jacob