Foé sera-t-il la révélation chanson 2018 ?

© Louis Canadas

Avec un premier EP sorti en novembre 2017, Foé creuse les fondations de son chantier artistique. Tantôt "chanson classique", tantôt hip-hop, son premier album, prévu le 20 avril est attendu pour confirmer l’essai. Rencontre avec un artiste pas si lisse qui n'en finit pas de se révèler.

 

Vingt ans et une voix profonde. Posé sur une suite d’accords enivrants, son timbre s’illumine. Le regard fuyant, Foé n’a d’yeux que pour son piano, posté devant lui. Ses doigts s’y étalent machinalement et donnent naissance à une rengaine frénétique. Comme une gerbe florale, c’est ici un « Bouquet de pleurs » que sert l’artiste du fond de ses entrailles.

Les concerts s’enchaînent pour ce Toulousain. Depuis plusieurs mois, il assure les premières parties des artistes du label Tôt ou tard : Cats on Trees, Eugénie , Vianney... Il accompagne également  ce dernier sur sa tournée. À la découverte de "son" public, Foé se galvanise de chaque expérience. Son temps est précieux, ses paroles légères. Au détour d’un concert, il se confie : « J’ai peur de prendre la grosse tête. » Il insiste : Foé - à la scène - et Nicolas - avec ses proches - sont les deux faces d’une même personne. En hommage à Daniel Defoe, célèbre auteur de Robinson Crusoé, son pseudo fait référence à son côté solitaire. Pour ses amis, il reste « l’artiste », simplement. Un surnom qui lui va bien : sweat assorti à ses baskets, il arbore une tignasse bouclée et domptée en haut de son crâne qui lui donne un air faussement négligé. Sans filtre, il se raconte, « comme à un pote ».

Trouver sa voix

C’est une route de touches noires et blanches qui l’a mené au chant : il n’a alors que sept ans quand son père l’inscrit au conservatoire de Toulouse. Huit ans durant, il persiste, moins par passion que pour susciter la fierté de ses parents. Sa persévérance paye : il décroche son diplôme de musique. Une délivrance pour le jeune homme : « À la fin, je saturais, le conservatoire, c’était trop lourd », se souvient-il. Nicolas ne se résigne pas pour autant à tourner le dos à la musique. Il lance un groupe avec une poignée d’amis. Celui qui deviendra Foé se retrouve alors derrière le micro : « J’étais celui qui chantais le moins faux, mais en vrai, j’avais une voix horrible ». La puberté sonne comme une révélation pour l’artiste. « Je pense que chaque chanteur doit trouver sa voix. »

Des morceaux façonnés main

« Nos morceaux, c’est moi qui me chargeais de les composer », témoigne Foé. Avec ses comparses, il aiguise sa plume. Une appétence pour l'écriture acquise au collège, à coups de poésie. Son groupe dissout, il n’arrête pas pour autant d’écrire textes et mélodies. « En fait, je n’arrête jamais vraiment de composer », observe celui qui estime à six cents le nombre de projets en cours sur son ordinateur.

À chaque moment disponible, le jeune homme s’adonne à un vrai travail de poterie. Ses projets, qu’il compare à de petits tas de terres glaises éparpillés, ne demandent qu’à être modelés. Avec son piano et son ordinateur, il donne du rythme à ses mots. Tantôt électro, tantôt plus classique, une fois en anglais, l'autre en français. Seul point commun entre ses morceaux : une touche mélancolique qui navigue entre l'univers de Woodkid et Stromae.

Un style souvent "hybride" pour la presse. Cet univers, Foé le revendique, l'assume et le cultive. Avec pour ciment son talent, il avance pas à pas dans cet univers qu'il affectionne. Le chantier n'est qu'à ses balbutiements, reste à savoir quelle architecture prévoit Foé pour sa carrière.

Maxime Fettweis