Crowdfunding : les 8 ratages les plus spectaculaires

Air Umbrella

Le financement participatif ou « crowdfunding » a permis à certains des projets les plus étonnants et populaires de ces dernières années de voir le jour. Mais tous ne sont pas couronnés de succès... et parfois on se dit que c'est tant mieux.

Ils s'appellent Ulule, Kickstarter ou Patreon. Les sites de financement participatif court-circuitent les majors en permettant à des artistes ou des entrepreneurs-euses de faire appel directement à leur audience. En France, c'est la déclinaison en film et en jeu vidéo de la web-série Noob qui est la plus spectaculaire réussite de ce système, avec respectivement 680 000 euros (atteints en 2013) et 1 248 000 euros réunis fin 2017. Un record absolu à l'échelle de l'Europe auquel il faut ajouter les 2000 euros collectés chaque mois auprès de 372 donateurs sur la plateforme Tipeee. Mais le crowdfunding, c'est aussi des projets fous, avortés, voire de franches arnaques, comme l'ont démontré cet Américain et sa salade de pommes de terre. Alors que certains projets s'effondrent faute de financement, ou au contraire sous le poids des sacs de billets virtuels, revenons sur le meilleur du pire du financement participatif.

iBackPack : le sac à dos fantôme

Ce sac connecté avait tout pour séduire les jeunes urbains accros à leur portable. Il les mettait d'ailleurs en scène dans des vidéos soignées montrant les possibilités de ce projet Indiegogo. Le concept : pouvoir ranger votre smartphone, le recharger, et même fournir un relai wifi. Le tout en gardant suffisamment de place pour ranger les affaires du quotidien. En 2015, le projet amasse 720 000 dollars sur Indiegogo, et plus encore sur Kickstarter.

En plus il a une capuche intégrée, pour rester classe en toutes circonstances

En plus il a une capuche intégrée, pour rester classe en toutes circonstances

Et puis il disparut. Sans un mot, comme votre ex qui s'est mis à vous ghoster du jour au lendemain, iBackPack ne donna plus signe de vie. Les vidéos sur Youtube ont été retirées, les mises à jour du projet sur internet ont cessé et l'équipe de cette start-up semble s'être évanouie dans la nature. Difficile à dire si ce petit ange parti trop tôt relevait d'une arnaque ou s'est simplement révélé l'une de ces très nombreuses startups qui font faillite dès leur première année. Restent des millenials désemparés et orphelins.

Star Citizen : le jeu vidéo victime de son succès

L'espace, l'ultime frontière. Si le genre du simulateur spatial est revenu en grâce ces dernières années avec No Man's Sky et Elite : Dangerous, aucun n'a autant cristallisé les attentes que Star Citizen. Produit par Chris Roberts, créateur de la franchise Wing Commander dans les années 90, ce chantier se propose rien de moins que d'explorer librement la Voie Lactée, 930 ans dans le futur. Un projet ambitieux, mais solide sur le papier, un dirigeant reconnu et sûr de lui, Star Citizen avait tout pour réussir.

Embarquement immédiat, décollage dans... quelques années. Peut-être.

Embarquement immédiat, décollage dans... quelques années. Peut-être.

Et dire que le crowdfunding fut une réussite est une litote. Avec 2 millions de dollars amassées rien qu'en 2012 (pour un objectif de « seulement » 500 000 dollars), le projet Star Citizen s'approche désormais des 175 millions de dollars d'après ses développeurs, dont 35 millions en 2017. Mais bien qu'il ait battu tous les records du financement participatif, les donateurs ont eu bien peu à se mettre sous la dents depuis six ans. Prévu initialement pour 2014, l'arlésienne Star Citizen accumule les promesses mais n'a pas réalisé beaucoup de ses objectifs, bien qu'une version incomplète ait été dévoilée. Plus grave, plusieurs donateurs ont entamé une procédure de remboursement, dont l'une atteint 25 000 dollars. Si beaucoup veulent encore y croire, la supernova Star Citizen pourrait devenir un véritable trou noir financier.

Ant Simulator : le développeur "trahi" par ses associés

C'est l'histoire qui tourne mal de trois vieux amis. Eric Tereshinski, Tyler Monce et Devon Stanley se connaissent depuis plus de dix ans et rêvent de monter leur propre studio de création de jeux vidéo. Leur projet phare sera Ant Simulator, un jeu de survie qui vous met dans la carapace d'une fourmi livrée à tous les dangers de la nature. Ils lancent plusieurs campagnes de financement participatif, notamment un Kickstarter qui atteint timidement les 4000 dollars. C'est peu, mais on a déjà vu des studios se lancer avec des jeux plus fauchés que cela, d'autant qu'on ignore combien d'argent les trois compères sont parvenus à réunir à côté. L'ambition, l'ingéniosité et l'originalité du projet séduisent en tout cas.

L'annonce de Tereshinski tombe donc comme un coup de tonnerre. A travers une vidéo, le programmeur annonce l'annulation du projet. Le motif : ses deux associés ont secrètement dépensé la majeure partie de l'argent rassemblé dans « de l'alcool, des restaurants, des bars et même des prostituées. » La déception du programmeur est d'autant plus grande que, selon lui, ses deux anciens amis se sont couverts : « ils se sont désignés comme consultants, ce qui signifie qu'ils n'avaient aucune obligation légale de travailler sur quoi que ce soit mais avaient le droit de dépenser l'argent de l'entreprise. » D'après le jeune homme, qui a effectué l'essentiel du travail de développement sur le jeu, il n'avait aucune idée de ce qui se tramait dans son dos jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Triste fin d'un rêve et d'une amitié.

Skarp Laser Razor : l'arnaque un peu trop évidente

Vous utilisez un rasoir électrique, cette vieillerie ? Passez au laser ! Le Skarp Laser Razor émet une onde lumineuse dont la longueur est spécifiquement conçue pour découper le follicule pileux avec précision (et sans vous faire ressembler à Darth Vader.) Bien que la vidéo de démonsration du « prototype » de Skarp se soit révélée assez peu convaincante, près de 20 000 donateurs se sont tout de même précipités pour financer le projet, à hauteur de 4 millions de dollars.

C'est finalement l'entreprise Kickstarter elle-même qui est intervenue en mettant fin au financement participatif, au motif que celui-ci ne respectait pas les règles. En effet, le prototype supposément fonctionnel offert en récompense aux donateurs n'a jamais existé. Depuis, Skarp s'est replié sur Indiegogo, où l'entreprise a tout de même rassemblé 500 000 dollars. La légende dit qu'elle continue à publier des vidéos de salles de réunions vides, de temps à autre.

Le cancer de Jennifer Flynn Cataldo : l'escroc pathologique

Il y a les projets qui échouent, et il y a les arnaques tellement éhontées qu'elles font mal au cœur. Dans un système où certains malades sont obligés de demander de l'argent à des inconnus pour payer leur traitement, il est facile pour certains escrocs sans scrupule de se faire quelques billets sur le dos de donateurs crédules. Des gens comme Jennifer Flynn Cataldo, qui a tout de même récupéré, à travers plusieurs levées de fonds, entre 38 000 et 200 000 dollars avant de se faire pincer. Ses propriétés ont depuis été saisies. Aux États-Unis, les arnaques de ce genre sont extrêmement fréquentes, et profitent des insuffisances du système de santé qui laisse de nombreuses personnes atteintes de maladies graves sur le carreau.

Ouya : la console pas chère mais de mauvaise qualité

S'il y a un projet qui incarne les espoirs et les déceptions démesurés du financement participatif, c'est bien l'Ouya. En 2012, ce projet de console indépendante est parvenu à réunir plus de 8 millions de dollars. L'idée : pouvoir jouer à n'importe quel jeu du marché sur une console de salon peu onéreuse (de l'ordre de 99 dollars) et modifiable à volonté. Le concept a séduit rapidement les joueurs épris de liberté et manquant de ressources.

La micro-console a été vendue à 99$ aux Etats-Unis et 129€ en Europe

La micro-console a été vendue à 99$ aux Etats-Unis et 129€ en Europe

Malheureusement, l'éclatant crowdfunding a vite tourné à la catastrophe commerciale. Console instable, manettes qui tombent en miettes au bout d'une semaine, jeux complètement inutilisables, la première édition de la Ouya fut un échec retentissant, et les suivantes n'ont guère amélioré la situation. En 2015, pour éviter la faillite, Ouya Inc. est rachetée par le fabricant informatique Razer. C'est la fin d'une belle et tragique histoire.

Air Umbrella : celui qui ne manque pas d'air

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Parapluie innovant et disruptif, Air Umbrella n'est malheureusement pas parvenu à aller jusqu'au bout de ses promesses. Ce parapluie alimenté par une batterie au lithium se promettait de vous protéger des colères de la météo avec classe. Le concept reposait non pas sur un vulgaire bout de tissu, mais sur la génération de courants d'air. Vous avez bien lu. Le sommet de l'engin devait en effet contenir un moteur, censé générer une sorte de dôme invisible formé par de puissants courants d'air au-dessus de l'utilisateur. Le projet a séduit 825 donateurs et réuni plus de 100 000 dollars, mais les livraisons, prévues fin 2014, se font toujours attendre. Étonnant.

Bertrand Mallen